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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101723

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101723

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Connin
Avocat requérantHALIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2021, la société In'li, représentée par Me Halimi, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser, d'une part, une indemnité de 8 199,11 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 avril 2020, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait du refus du préfet des Yvelines de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant d'un local d'habitation sis rue Maurice Berteaux à Croissy-sur-Seine (78290), et, d'autre part, une somme de 500 euros par mois de retard à prêter le concours de la force publique depuis le 20 avril 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée, sur le fondement de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, à raison du refus du préfet des Yvelines de lui accorder le concours de la force publique à l'exécution du jugement du 5 novembre 2019 du tribunal d'instance de Saint-Germain-en-Laye ordonnant l'expulsion de l'occupant du local d'habitation sis rue Maurice Berteaux à Croissy-sur-Seine ;

- le refus de concours de la force publique a rendu possible la poursuite de l'occupation irrégulière de ce local d'habitation ;

- la période de responsabilité de l'État court à compter du 20 avril 2020, en dépit du prolongement de la trêve hivernale pour l'année 2020 ;

- elle a subi un préjudice grave et spécial, résultant des pertes de loyers et de charges d'un montant total de 8 199,11 euros sur la période comprise entre le 20 avril 2020 et le 12 novembre 2020, date de la reprise des lieux ;

- elle est fondée à réclamer, à titre de dommages et intérêts, une somme de 500 euros par mois de retard à prêter le concours de la force publique à partir du 20 avril 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2021, le préfet des Yvelines conclut à ce que l'indemnisation des pertes de loyers et de charges subies par la société In'li soit fixée à 4 483,34 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'État ne peut être engagée que pour la période comprise entre le 1er août 2020 et le 12 novembre 2020, compte tenu de la suspension des délais prévue par l'article 7 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- les dispositions de l'ordonnance n° 2021-141 du 10 février 2021 relatives à la prolongation de la trêve hivernale pour l'année 2021 ne sont pas applicables au présent litige ;

- la société In'li est seulement fondée à réclamer la somme de 4 483,34 euros correspondant au montant des loyers et des charges dus par l'occupant irrégulier pour la période du 1er août 2020 au 12 novembre 2020 ;

- la demande tendant au versement d'une somme de 500 euros par mois de retard à prêter le concours de la force publique à partir du 20 avril 2020 n'est pas justifiée.

Par une ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Connin, conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions du 2° de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, les observations de Mme C, représentant le préfet des Yvelines.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 5 novembre 2019, le tribunal d'instance de Saint-Germain-en-Laye a ordonné l'expulsion de M. B A d'un local d'habitation situé rue Maurice Berteaux à Croissy-sur-Seine (78290), donné à bail par la société In'li. L'huissier de justice mandaté par cette dernière, après avoir signifié en vain le 19 novembre 2019 à l'occupant un commandement de quitter les lieux dans un délai de deux mois, a requis le 19 février 2020 le concours de la force publique auprès du préfet des Yvelines pour procéder à l'expulsion. Face au silence gardé par le préfet sur cette réquisition, la société In'li a adressé à ce dernier le 10 décembre 2020 une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation du préjudice résultant des pertes de loyers et de charges subies pendant la période comprise entre le 20 avril 2020 et le 12 novembre 2020, date de la reprise des lieux faisant suite au départ volontaire de l'occupant irrégulier, en raison du refus de concours de la force publique à l'exécution du jugement du 5 novembre 2019 du tribunal d'instance de Saint-Germain-en-Laye. Par un courrier du 11 décembre 2020, reçu le 31 décembre 2020, le préfet des Yvelines a proposé à la société In'li un règlement amiable à hauteur de 4 707,73 euros représentant le montant des loyers et des charges dus pour la période du 1er août 2020 au 12 novembre 2020. La société In'li demande au tribunal de condamner l'État à réparer le préjudice résultant des pertes de loyers et de charges qu'elle prétend avoir subies du 20 avril 2020 au 12 novembre 2020, date de la reprise des lieux, en raison du refus du préfet des Yvelines de lui prêter le concours de la force publique à l'exécution du jugement du 5 novembre 2019 du tribunal d'instance de Saint-Germain-en-Laye.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'État :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. " L'article R. 153-1 du même code dispose que : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice. "

3. Aux termes du I de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. " L'article 6 de la même ordonnance prévoit que : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale. " Le premier alinéa de l'article 7 de la même ordonnance dispose que : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. "

4. Il résulte de l'instruction que l'huissier de justice mandaté par la société In'li a requis le 19 février 2020 le concours de la force publique auprès du préfet des Yvelines pour procéder à l'expulsion de l'occupant du local d'habitation situé rue Maurice Berteaux à Croissy-sur-Seine. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le délai de deux mois à l'issue duquel le défaut de réponse du préfet équivalait à un refus a été suspendu le 12 mars 2020, alors qu'il courait depuis vingt-deux jours, avant de reprendre, pour la durée restante, à compter du 24 juin 2020. Ainsi, le silence gardé par le préfet sur cette réquisition a fait naître une décision implicite de rejet le 1er août 2020, date à laquelle le jugement d'expulsion du 5 novembre 2019 du tribunal d'instance de Saint-Germain-en-Laye était exécutoire. Par suite, la société requérante n'est fondée à rechercher la responsabilité de l'État à raison du refus de concours de la force publique qu'à compter du 1er août 2020.

En ce qui concerne les préjudices :

5. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du décompte récapitulatif des échéances dues par M. A et des relevés de compte produits par la société In'li, que celle-ci est fondée à réclamer la somme de 4 529,52 euros correspondant aux loyers et aux charges impayés sur la période comprise entre le 1er août 2020 et le 12 novembre 2020, date de la reprise des lieux.

6. D'autre part, la société requérante n'établit pas l'existence d'un préjudice distinct de celui réparé par la somme allouée au point précédent justifiant le versement de la somme de 500 euros par mois de retard à compter du 20 avril 2020 qu'elle réclame à titre de " dommages et intérêts ".

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'État doit être condamné à verser à la société In'li une somme de 4 529,52 euros.

Sur les intérêts :

8. La société In'li a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 4 529,52 euros à compter de la date de réception par le préfet des Yvelines de sa demande indemnitaire préalable du 10 décembre 2020.

Sur la subrogation :

9. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité fixée par le présent jugement à la subrogation de l'État dans les droits que détiendrait la société In'li sur M. A pendant la période de responsabilité de l'État.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société In'li et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à la société In'li la somme de 4 529,52 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par le préfet des Yvelines de sa demande indemnitaire préalable du 10 décembre 2020.

Article 2 : Le paiement de la somme allouée par le présent jugement est subordonné à la subrogation de l'État dans les droits que détiendrait la société In'li sur M. B A pendant la période comprise entre le 1er août 2020 et le 12 novembre 2020.

Article 3 : L'État versera à la société In'li une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société In'li est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société In'li et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

N. Connin

La greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

6

N° 1908679

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