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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101725

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101725

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBUNGARTZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2021, la société Starmooving Déménagement, représentée par Me Bungartz, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 08 octobre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé de lui appliquer la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour l'emploi d'un travailleur dépourvu d'autorisation de travail pour un montant de 18 100 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile représentative de frais d'acheminement pour un montant de 2 124 euros, ensemble la décision du 28 décembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2) de la décharger de l'obligation de payer ces contributions ;

3) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'employeur n'est pas tenu de vérifier les autorisations de travail de salariés ressortissants de l'Union européenne et qu'elle n'était pas en mesure de déceler que la carte d'identité belge présentée par son salarié était falsifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique,

- les observations de Me Bungartz, représentant la société Starmooving Déménagement.

Considérant ce qui suit :

1. Lors d'un contrôle sur une opération de déménagement réalisée par la société Starmooving Déménagement à Saint-Germain-en-Laye (78), le 1er octobre 2019, les services de la direction générale des entreprises, de la consommation, de la concurrence et du travail d'Ile-de-France ont constaté la présence d'un ressortissant algérien dépourvu de titre de séjour. Par une décision du 8 octobre 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de la société Starmooving Déménagement la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 18 100 euros, ainsi que la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, pour un montant de 2 124 euros. La société Starmooving Déménagement a formé un recours gracieux contre cette décision le 8 octobre 2020, qui a été rejeté par le directeur général de l'OFII le 28 décembre 2020. Elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France (). ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. () ". L'article R. 8251-2 du même code dispose : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / IV.- Le montant de la contribution spéciale est porté à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsqu'une méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 8251-1 a donné lieu à l'application de la contribution spéciale à l'encontre de l'employeur au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction. " Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

3. Les contributions prévues par le code du travail et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français et / ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

4. En l'espèce, les contributions en litiges ont été mises à la charge de la société Starmooving Déménagement en raison de la présence sur le chantier de M. A, se présentant comme de nationalité belge, mais en réalité ressortissant algérien démuni de titre de séjour et dont la carte d'identité s'est révélée contrefaite. La société requérante fait valoir, sans être contredite, avoir embauché une première fois ce salarié pour la période du 13 septembre 2019 au 30 septembre 2019 sur présentation de l'original de sa pièce d'identité, dont elle a conservé une copie et dont elle ne pouvait déceler le caractère contrefait. Il est constant qu'elle avait alors effectué la déclaration préalable à l'embauche, ce qu'en revanche, elle n'avait pas encore fait pour le second contrat à durée déterminée de ce salarié pour la période du 1er octobre 2019, jour du contrôle, au 31 octobre 2019. Contrairement à ce que soutient l'OFII en défense, il n'apparait pas que le caractère frauduleux de la carte d'identité belge présentée par le candidat à l'embauche, dont une copie a été versée au dossier, ait été décelable par un œil non averti. Dans ces conditions, la société Starmooving Déménagement est fondée à soutenir qu'elle n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité. Elle ne saurait, dès lors, être sanctionnée pour avoir employé M. A.

5. Il résulte de ce qui précède que les décisions du directeur général de l'OFII du 8 octobre 2020 et du 28 décembre 2020 doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer les sommes demandées :

6. Il résulte de ce qui précède que la société Starmooving Déménagement est fondée à demander, par voie conséquence, la décharge de l'obligation de payer les contribution litigieuses.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 octobre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de la société Starmooving Déménagement la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-2 du code du travail pour l'emploi d'un travailleur irrégulier et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ensemble la décision du 28 décembre 2020 de rejet de son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : La société Starmooving Déménagement est déchargée de l'obligation de payer les sommes de 18 100 euros et de 2 124 euros.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à la société Starmooving Déménagement une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Starmooving Déménagement et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Blanc, président,

M. Jauffret, premier conseiller,

Mme Degorce, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

signé

E. B

Le président,

signé

P. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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