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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101740

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101740

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BECAM MONCALIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er mars 2021 et 2 mai 2022, Mme A, représentée par Me Moncalis, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au centre hospitalier Sud Essonne de modifier son attestation d'employeur dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de condamner le centre hospitalier Sud Essonne à lui verser la somme de 22 768,70 euros à titre de dommages et intérêts ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Sur Essonne une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- le centre hospitalier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité notamment en raison de la durée de ses contrats à durée déterminée qui contrevient aux dispositions de l'article 9 de la loi du 9 janvier 1986 et de ce qu'elle n'est pas à l'initiative de la rupture de son contrat de travail, le centre hospitalier ne lui ayant pas proposé de renouveler son contrat en méconnaissance des dispositions de l'article 41 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière et sans avoir respecté le délai de prévenance ;

- la faute du centre hospitalier lui a causé un préjudice dès lors qu'elle s'est vue refuser le paiement de ses indemnités par Pôle Emploi pour un montant de 22 768,70 euros soit une indemnisation journalière de 29,76 euros net, calculés sur la base des années 2014 à 2019.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 18 juin 2021 et 16 août 2022, le centre hospitalier Sud Essonne, représenté par Me Violette conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions en injonction de Mme A sont irrecevables dès lors que la requête est dépourvue de conclusions en excès de pouvoir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière,

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée ;

- le règlement général annexé à la convention du 6 mai 2011 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- et les observations de Me Moncalis, représentant Mme A, et de Me Violette, représentant le centre hospitalier Sud Essonne .

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A a été recrutée par le centre hospitalier Sud Essonne à compter du 30 juin 2012 jusqu'au 31 juillet 2019, en qualité d'agent des services hospitaliers (ASH) contractuel, dans le cadre de contrats à durée déterminée pour des remplacements ponctuels de personnel d'une durée allant de 1 à 6 mois. Son dernier contrat conclu pour la période du 1er février 2019 au 30 avril 2019, a été prolongé jusqu'au 31 juillet 2019. Par un courrier du 9 avril 2019, Mme A a demandé à son employeur de pouvoir engager une procédure de rupture conventionnelle. Sa demande a été rejetée le 27 mai 2019 et Mme A a poursuivi l'exécution de son contrat jusqu'à son terme. A la fin de son dernier contrat, le centre hospitalier Sud Essonne a remis à Mme A une attestation pôle emploi précisant comme motif de la rupture " rupture anticipée du contrat de travail à durée déterminée à l'initiative du salarié ". Mme A a sollicité la modification de cette attestation ne s'estimant pas à l'origine de la rupture. Le centre hospitalier Sud Essonne n'a pas fait droit à sa demande. Mme A a alors adressé à l'établissement une demande indemnitaire préalable le 3 novembre 2020, tendant à la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison du non versement des allocations par pôle emploi à hauteur de 22768,70 euros. Par la présente requête, Mme A sollicite la condamnation du centre hospitalier Sud Essonne à lui verser la somme de 22.768,70 euros correspondant à une indemnisation journalière de 29,76 euros net, calculés sur la base des années 2014 à 2019.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer. Il en va notamment ainsi en ce qui concerne les agents publics privés d'emploi.

3. Aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat et ceux mentionnés au 4° ainsi que les agents non statutaires des groupements d'intérêt public () ".

4. Aux termes de l'article 41 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : 1° Huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; 2° Un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; 3° Deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans. 4° Trois mois avant le terme de l'engagement pour le contrat susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée. La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans. Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux 1°, 2° et 3° sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. Lorsqu'il lui est proposé de renouveler son contrat, l'agent dispose d'un délai de huit jours pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. Faute de réponse dans ce délai, l'intéressé est présumé renoncer à l'emploi ".

5. En vertu de l'article 2 du règlement général annexé à la convention du 6 mai 2011 relative à l'indemnisation du chômage, conclue sur le fondement de l'article L. 5422-20 du code du travail et agréée par arrêté du ministre du travail, de l'emploi et de la santé du 15 juin 2011, applicable aux agents publics involontairement privés d'emploi, sont notamment regardés comme involontairement privés d'emploi ou assimilés les salariés dont la cessation du contrat de travail résulte d'une fin de contrat de travail à durée déterminée ou d'une démission considérée comme légitime. Si l'article 41 du décret du 6 février 1991, relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986, impose à l'établissement public de santé qui recrute un agent contractuel pour une période déterminée susceptible d'être reconduite de notifier à l'intéressé, dans un certain délai avant le terme du contrat, son intention de le renouveler ou non, l'agent contractuel qui fait connaître à son employeur, avant que ce dernier lui ait notifié son intention de renouveler ou non le contrat, qu'il refuse un tel renouvellement, sans que ce refus soit fondé sur un motif légitime, ne saurait, alors même qu'aucune proposition de renouvellement de son contrat ne lui aurait ensuite été faite, être regardé comme involontairement privé d'emploi à l'issue de son contrat de travail à durée déterminée.

6. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A a, tout d'abord, sollicité du centre hospitalier Sud Essonne, par un courrier du 9 avril 2019, la possibilité de bénéficier d'une rupture conventionnelle de son contrat qui arrivait à terme le 31 juillet 2019 et que cette demande a été refusée. Puis, à l'occasion de son entretien d'évaluation du 24 juillet 2019, Mme A a fait savoir à sa hiérarchie qu'elle ne souhaitait pas voir renouveler ce même contrat. Dans ces conditions et dès lors qu'elle avait explicitement fait état de sa volonté de ne pas renouveler son contrat, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que le centre hospitalier ne lui a pas fait connaître, dans les délais prescrits par l'article 41 du décret du 6 février 1991, son intention de reconduire son contrat. D'autre part, si Mme A fait valoir qu'elle ne souhaitait pas voir renouveler son contrat en raison de la précarité de ce dernier, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que le centre hospitalier Sud Essonne n'aurait pas décidé de lui proposer un contrat à durée indéterminée, ni qu'elle en aurait sollicité un. En tout état de cause, ce motif n'est pas, en principe, au nombre des motifs légitimes de refus d'une offre de renouvellement d'un contrat à durée déterminée. Par conséquent, la circonstance que la durée totale des contrats à durée déterminée qu'elle a conclus avec le centre hospitalier Sud Essonne excèderait la durée maximale prévue par l'article 9 de la loi du 9 janvier 1986 précité est sans incidence sur la qualification de rupture anticipée du contrat de travail à durée déterminée à l'initiative du salarié. Par suite, Mme A, qui a fait connaître à son employeur, avant que ce dernier lui ait notifié son intention de renouveler ou non le contrat, qu'elle refusait un tel renouvellement, sans que ce refus soit fondé sur un motif légitime, ne saurait, alors même qu'aucune proposition de renouvellement de son contrat ne lui a pas ensuite été faite, être regardée comme involontairement privée d'emploi à l'issue de son contrat de travail à durée déterminée. Au surplus, la requérante ne justifie pas de sa situation professionnelle postérieurement au 31 juillet 2019, ni de sa déclaration en tant que demandeur d'emploi, ni de ses démarches de recherche d'emploi, ni de ses éventuels revenus depuis cette date. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier, que les conclusions indemnitaires de Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du CJA : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Sud Essonne qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le centre hospitalier Sud Essonne au même titre.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Sud Essonne formulées au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier Sud Essonne.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 6 mars 2023.

La rapporteure,

signé

S. B

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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