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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101832

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101832

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantPEROT-CANNAROZZO -

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mars 2021 et 19 mai 2022, la SARL 2 M A, représentée par Me Perot-Cannarozzo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2020 par lequel le maire de la commune de Cerny a réglementé les horaires de fonctionnement de son activité, ainsi que la décision implicite acquise le 4 janvier 2021 par laquelle le recours gracieux qu'elle a formé contre cet arrêté a été rejeté ;

2°) de condamner la commune de Cerny à lui verser la somme de 300 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté municipal du 25 mai 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cerny la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne donne compétence au maire pour fixer les horaires d'ouverture et de fermeture d'une activité industrielle ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le maire a commis des erreurs de droit et d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 2212-2 et L. 2214-4 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 1311-2 du code de la santé publique ;

- l'arrêté attaqué est entaché de détournement de pouvoir ;

- l'illégalité de l'arrêté municipal lui a directement causé un préjudice financier, devant être évalué à la somme de 300 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2022, la commune de Cerny, représentée par la SELARL Reynaud avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SARL 2 M A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la requête sont irrecevables comme tardives ;

- les conclusions à fin d'indemnisation de la requête sont irrecevables, en application des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, faute de recours préalable à fin d'indemnisation ;

- les moyens soulevés par la SARL 2 M A ne sont, en tout état de cause, pas fondés.

Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juillet 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoit, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- et les observations de Me Porcherot, représentant la commune de Cerny.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 mai 2020, le maire de la commune de Cerny a réglementé les horaires de fonctionnement de l'activité de la SARL 2 M A. Le recours gracieux formé par la SARL 2 M A contre cet arrêté a été implicitement rejeté le 4 janvier 2021. Par la présente requête, la SARL 2 M A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 mai 2020 et la décision du 4 janvier 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Cerny aux conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification () de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

3. Si l'arrêté attaqué du 25 mai 2020 a été notifié le jour même à la SARL 2 M A, il indique qu'il peut faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif, sans d'ailleurs indiquer lequel, dans un délai de deux mois à compter de son affichage, et non de sa notification. Ainsi, cette notification ne mentionnant pas les voies et délais de recours ouverts à la société requérante n'a pas pu déclencher à son encontre le délai de recours contentieux. Le recours gracieux formé le 4 novembre 2020 par la SARL 2 M A contre cet arrêté, soit moins d'un an plus tard, a été implicitement rejeté par une décision acquise le 4 janvier 2021. La présente requête a été enregistrée le 3 mars 2021, soit moins de deux mois francs plus tard, et en tout état de cause moins d'un an après la notification de l'arrêté attaqué. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Cerny, qui n'est pas fondée, doit dans ces conditions être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale () ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer () la sécurité et la salubrité publiques. (). / () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les bruits, les troubles de voisinage () et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques () ". Aux termes de l'article L. 512-8 du même code : " Sont soumises à déclaration les installations qui, ne présentant pas de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts visés à l'article L. 511-1, doivent néanmoins respecter les prescriptions générales édictées par le préfet en vue d'assurer dans le département la protection des intérêts visés à l'article L. 511-1. / () ". Aux termes de l'article L. 512-9 de ce code : " Les prescriptions générales prévues à l'article L. 512-8, sont édictées par arrêtés préfectoraux (). Elles s'appliquent automatiquement à toute installation nouvelle ou soumise à nouvelle déclaration. / () ". Aux termes de l'article L. 512-12 du même code : " Si les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 ne sont pas garantis par l'exécution des prescriptions générales contre les inconvénients inhérents à l'exploitation d'une installation soumise à déclaration, le préfet, éventuellement à la demande des tiers intéressés et après avis de la commission départementale consultative compétente, peut imposer par arrêté toutes prescriptions spéciales nécessaires. / () ".

5. Le maire est responsable de la sécurité, de la tranquillité et de la salubrité publiques sur le territoire de sa commune, en vertu des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales. Il ne saurait toutefois s'immiscer sans excéder sa compétence, au titre de cette police générale et en l'absence de péril imminent, dans l'exercice de la police spéciale des installations classées pour la protection de l'environnement que les dispositions précitées du code de l'environnement attribuent au préfet.

6. Par l'arrêté attaqué, le maire de la commune de Cerny a interdit l'activité de la SARL 2 M A en dehors de la tranche horaire allant de 7 heures 30 à 18 heures, en ce compris la circulation des véhicules liés à cette activité, et a imposé le stationnement de ces derniers " dans l'enceinte du site ". Il a en outre interdit le fonctionnement de la centrale à béton, dont le déclenchement est annoncé par une sirène, en dehors de la tranche horaire allant de 8 heures à 17 heures. Il ressort toutefois des termes mêmes de cet arrêté que l'activité de la SARL 2 M A constitue une installation classée pour la protection de l'environnement qui a donné lieu à une déclaration effectuée le 5 septembre 2019, ce qui est confirmé tant par le rapport des mesures de bruit dans l'environnement établi au mois de février 2021 que par les échanges de courriels entre la société requérante et le sous-préfet d'Etampes. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les atteintes à la salubrité et à la tranquillité publiques, effectivement causées aux riverains par l'activité de la SARL 2 M A, caractériseraient l'existence d'un péril imminent. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, dès lors, être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la SARL 2 M A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de Cerny du 25 mai 2020.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

8. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au paiement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

9. Le recours gracieux formé par la société requérante le 4 novembre 2020 se borne à indiquer qu'elle se réserve la possibilité de saisir la juridiction compétente d'une demande d'indemnisation des préjudices qu'elle aurait subis, sans en définir ni le fait générateur ni la nature, ni en solliciter la réparation. Il ne résulte pas de l'instruction que la SARL 2 M A aurait, même en cours d'instance, adressé à la commune de Cerny un recours préalable à fin d'indemnisation. Au demeurant, la société requérante n'apporte aux débats aucun élément susceptible d'établir le caractère certain des préjudices qu'elle estime avoir subis. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Cerny doit être accueillie. Les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la SARL 2 M A doivent, par suite, être rejetées comme irrecevables.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL 2 M A est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Cerny du 25 mai 2020.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL 2 M A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Cerny au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cerny la somme que demande de la SARL 2 M A sur le fondement des mêmes dispositions.

12. La présente instance ne comporte pas de dépens. Les conclusions présentées par la SARL 2 M A et la commune de Cerny au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent, dès lors et en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Cerny du 25 mai 2020 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Cerny au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL 2 M A et à la commune de Cerny.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Benoit, présidente-rapporteure,

M. Maitre, premier conseiller,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

C. Benoit

L'assesseur le plus ancien,

signé

B. Maitre

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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