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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102093

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102093

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Gibelin
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2021, M. C A, représenté par Me Dehan, demande au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire un point pour chaque infraction au code de la route commises les 26 août 2017, 7 octobre 2017, 13 mars 2018, 13 juillet 2018, 4 mai 2019, 15 mai 2019, quatre points le 28 avril 2019 et trois points le 29 juin 2019, ensemble la décision du 13 novembre 2020 référencée " 48 SI " par laquelle le ministre l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 222-3 du code de la route préalablement au retrait de ses points ;

- la réalité des infractions contestées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à l'irrecevabilité des conclusions de la requête portant sur de la décision 48 SI du 13 novembre 2020 et les décisions de retraits de points pour les infractions commises les 7 octobre 2017, 13 mars et 13 juillet 2018, 15 mai et 29 juin 2019 et au rejet du surplus.

Il fait valoir que :

- la décision " 48 SI " du 13 novembre 2020 et la décision du 29 juin 2019 portant retrait de point n'ont jamais existé ;

- les conclusions portant sur les décisions de retraits de points pour les infractions commises les, 7 octobre 2017, 13 mars et 13 juillet 2018 et 15 mai sont sans objet dès lors que les points retirés ont été restitués au requérant avant l'introduction de la présente requête ;

- le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par lettre du 28 mars 2023, les parties ont été informées sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que les conclusions dirigées contre les décisions de retraits de points pour les infractions commises les 7 octobre 2017, 13 mars et 13 juillet 2018 et 15 mai 2019 sont irrecevables, le ministre ayant restitué les points afférents à ces infractions avant l'introduction de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a commis les 26 août 2017, 7 octobre 2017, 13 mars 2018, 13 juillet 2018, 4 mai 2019, 15 mai 2019, 28 avril 2019 à 9h55 et 14h55 et, selon ses allégations, le 29 juin 2019, des infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plusieurs points affectés à son permis de conduire. Par une décision " 48 SI " du 13 novembre 2020, le ministre de l'intérieur aurait constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision " 48 SI " et des décisions portant retrait de points afférentes aux infractions commises aux dates précitées.

Sur l'étendue du litige :

2. Le ministre de l'intérieur a produit en défense le relevé d'information intégral relatif à la situation de M. A, extrait du système national du permis de conduire, édité à la date du 12 juillet 2021. Il en résulte qu'aucune décision " 48 SI " du 13 novembre 2020 n'y figure ainsi qu'aucune décision du 29 juin 2019 par laquelle trois points lui auraient été retirés. Par conséquent, ces décisions doivent être considérées comme inexistantes. Par suite, les conclusions du requérant, en tant qu'elles sont dirigées contre la " 48 SI " du 13 novembre 2020 et la décision du 29 juin 2019 portant retrait de trois points, sont irrecevables, et doivent être rejetées.

3. Il résulte du relevé intégral d'information de M. A édité le 12 juillet 2021 que les points retirés pour les infractions relevées les 7 octobre 2017, 13 mars 2018, 13 juillet 2018 et 15 mai 2019 ont été restituées respectivement les 14 mai 2018, 17 janvier 2018, 6 mai 2019 et 26 février 2020 antérieurement à l'introduction de la requête du requérant. Il s'ensuit que les conclusions dirigées à l'encontre de ces conclusions, dès lors dépourvues d'objet, doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation restant en litige :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

4. En application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

5. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. A soutient que les informations préalables mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission de l'ensemble des infractions contestées.

6. En premier lieu, le ministre de l'intérieur produit les procès-verbaux électroniques établis les 28 avril 2019 non signés du contrevenant. Toutefois, il résulte des mentions du bordereau de situation relatif aux amendes et condamnations pécuniaires de M. A produit au dossier que le requérant a partiellement payé les amendes afférentes à ces infractions. Or, le paiement par l'intéressé des amendes forfaitaires majorées implique nécessairement qu'il a reçu préalablement l'avis d'amende forfaitaire majorée lequel comporte les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Faute pour M. A de démontrer que cet avis était incomplet ou inexact, ce dernier n'établit pas que les avis reçus n'auraient pas comporté cette information. Il suit de là le moyen tiré du défaut d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A que les infractions commises le 26 août 2017 et le 4 mai 2109 ont été relevées au moyen d'un radar automatique, ainsi qu'en témoigne la mention " tribunal d'instance de police de CNT-CSA ", et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée.

8. Concernant l'infraction du 26 août 2017, le ministre produit à l'instance l'avis d'amende forfaitaire majorée du 23 février 2018 correspondant à l'infraction en cause qui comportent les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et qui a été adressé à M. A par lettre recommandée. Dans ces conditions, et alors que ce pli a été adressé à l'adresse qui figure sur le relevé intégral d'information et a été retourné à l'autorité administrative avec la mention " pli avisé non réclamé ", l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information préalable prévues par les dispositions précitées. Le moyen doit donc être écarté.

9. Concernant l'infraction commise le 4 mai 2019 relevée par radar automatique qui a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, les mentions portées au relevé d'information ne permettent pas d'établir que le requérant aurait reçu l'avis de contravention important les informations exigées par l'article L. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte du relevé d'information intégral que l'intéressé a bénéficié, à l'occasion de nombreuses précédentes infractions de même nature, de l'ensemble des informations légalement admissibles. Dans ces circonstances, l'omission de ces informations lors de la constatation des infractions susvisées, à la supposer établie, n'a pas eu pour effet de le priver d'une garantie liée à l'information relative à l'existence d'un traitement automatisé des points et à la possibilité d'y accéder. Par suite, la décision n'est pas entachée d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

10. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points dont est affecté le permis de conduire est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. Il résulte du même article que la réalité d'une infraction entraînant le retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive.

11. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, et suivants du code de procédure pénale conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ainsi, l'émission d'un titre exécutoire établit la réalité d'une infraction, sans que le juge ne doive rechercher si l'intéressé a reçu notification d'un avis d'amende forfaitaire majorée.

12. Il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A, que les infractions relevées le 28 avril 2019 ont donné lieu, en l'absence du paiement des amendes forfaitaires afférentes dans le délai de quarante-cinq jours, au paiement partiel de l'amende majorée et que les décisions relatives aux infractions des 26 août 2017 et 4 mai 2019 sont devenues définitives et ont donc donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire. De plus, M. A qui se borne à contester sans précision la réalité des infractions, n'allègue pas avoir formé, devant le ministère public, une réclamation ayant été regardée recevable contre les amendes forfaitaires majorées. Le moyen tiré du défaut de réalité de ces infractions doit être écarté.

D E C I D E:

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. B La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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