lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2102176 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL REYNAUD AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 mars 2021 et 11 octobre 2022, sous le n° 2102176, la société " B2M Préfa ", représentée par Me Labetoule, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2021 par lequel le maire de Cerny a règlementé la circulation des véhicules de type " poids lourds " sur le chemin aux Ânes ;
2°) d'enjoindre à la commune de Cerny de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cerny une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;
- son recours a été présenté dans le délai ;
- l'arrêté attaqué émane d'une autorité incompétente, la délégation consentie au signataire n'y étant pas visée ;
- il est entaché d'un vice de forme dès lors, d'une part, qu'il ne mentionne que la possibilité d'introduire un recours pour excès de pouvoir et non un recours gracieux ou encore une requête indemnitaire ; d'autre part, les visas des textes sont " laconiques ", " lacunaires " et rédigés de façon désordonnée ; enfin, la motivation en fait de la nécessité de renforcer la sécurité et la tranquillité du voisinage est inexistante et ne répond pas aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie instituée par l'article 7 de la loi des 2 et 17 mars 1791, confirmée par la loi des 14 et 17 juin 1791 et découlant de l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- il porte atteinte à la liberté d'entreprendre, également protégée par l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- il porte atteinte à la liberté d'aller et venir, protégée par l'article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen ;
- la mesure est plus sévère que les mesures de couvre-feu imposées par les décisions gouvernementales intervenues dans le contexte d'urgence sanitaire ;
- l'arrêté est entaché d'inexactitude matérielle des faits, la distance séparant l'entrée du site et l'accès à la route départementale étant limitée à 150 mètres et les chauffeurs étant invités par un panneau à rouler " au pas " pour limiter les nuisances ; la commune ne justifie par aucune preuve des prétendues plaintes de riverains quant aux nuisances provoquées par la circulation sur le chemin ;
- l'arrêté, pris sans concertation, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés les 14 septembre et 10 novembre 2022, la commune de Cerny, représentée par Me Porcherot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société B2M Préfa la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 22 mai 2023.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 juillet 2021 et 26 mai 2022, sous le n° 2106033, la société 2M Béton, représentée par Me Perot-Cannarozzo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2021 par lequel le maire de Cerny a règlementé la circulation des véhicules de type " poids lourds " sur le chemin aux Ânes ;
2°) de condamner la commune de Cerny à lui verser une indemnité de 300 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité entachant l'arrêté attaqué ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cerny une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;
- son recours a été présenté dans le délai requis, son recours gracieux ayant lui-même été présenté le 20 mars 2021 et implicitement rejeté ;
- l'arrêté attaqué n'est suffisamment motivé ni en droit ni en fait ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales ;
- il n'est pas justifié et les restrictions imposées sont disproportionnées ;
- l'illégalité entachant l'arrêté est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration ;
- cet arrêté lui cause un préjudice direct et certain dès lors que les restrictions de circulation la conduisent à renoncer à l'approvisionnement de certains chantiers ; eu égard à la perte de chiffre d'affaires subie, une indemnité de 300 000 euros doit lui être accordée.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2022, la commune de Cerny, représentée par Me Porcherot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société 2M Béton la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que celle-ci, d'une part, est tardive, le recours gracieux ayant été présenté au-delà du délai de recours contentieux ; d'autre part, la demande indemnitaire n'a pas été précédée d'une demande préalable ;
- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 juillet 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milon,
- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public.
- et les observations de Me Porcherot, représentant la commune de Cerny.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 20 janvier 2021, le maire de Cerny a règlementé, à compter du mercredi 20 janvier 2021, la circulation des véhicules poids lourds d'un poids total autorisé en charge (PTAC) supérieur à 3,5 tonnes, sur le chemin aux Ânes, à partir de la route départementale 191, autorisant la circulation de ces véhicules exclusivement du lundi au vendredi de 7H30 à 18H00, à l'exception des véhicules relevant des services publics. Par les deux requêtes visées ci-dessus, enregistrées sous le n° 2102176 et le n° 2106033, les sociétés B2M Préfa et 2M Béton demandent au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté. La société 2M Béton demande, en outre, l'annulation de la décision rejetant implicitement le recours gracieux qu'elle a présenté contre cet arrêté, et la condamnation de la commune de Cerny à lui verser une indemnité de 300 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette mesure. Ces deux requêtes étant dirigées contre le même arrêté, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée dans l'instance n° 2106033 :
2. La commune de Cerny fait valoir en défense que le pli contenant le recours gracieux présenté par la société 2M Béton contre l'arrêté attaqué aurait été distribué le 23 mars 2021, soit au-delà de délai de recours qui aurait commencé à courir à compter de la notification à la société de cet arrêté, intervenue le 21 janvier 2021. Toutefois, l'arrêté attaqué, qui a pour objet de règlementer la circulation des véhicules sur une voie communale, revêt un caractère règlementaire. Le délai de recours contre cet arrêté commence donc à courir le lendemain de l'accomplissement, par la commune, des mesures destinées à assurer la publicité de cet arrêté. Or, la commune de Cerny n'établit pas la date à laquelle ces formalités auraient été accomplies, ni, par suite, celle à laquelle le délai de recours contre cet arrêté aurait commencé à courir. La fin de non-recevoir opposée aux conclusions aux fins d'annulation présentées par la société 2M Béton doit donc être écartée.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué :
3. Aux termes de l'article L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, par arrêté motivé, interdire l'accès de certaines voies ou de certaines portions de voies ou de certains secteurs de la commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la qualité de l'air, soit la protection des espèces naturelles, des paysages ou des sites ou leur mise en valeur à des fins esthétiques, écologiques, agricoles, forestières ou touristiques. () ".
4. Il ressort des visas et des motifs de l'arrêté attaqué que celui-ci a été pris dans le cadre des pouvoirs de police conférés au maire par les dispositions précitées de l'article L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales. Pour justifier la restriction apportée aux conditions de circulation sur le chemin concerné, l'arrêté se borne à renvoyer à un relevé de décisions prises au cours d'une réunion en sous-préfecture, notamment celle de " réglementer la circulation des poids lourds Chemin aux ânes " et conclut à la " nécessité de renforcer la sécurité et d'assurer la tranquillité publique " sur ce chemin. Par une telle formulation, l'arrêté attaqué ne met pas à même les administrés d'en comprendre les motifs. Les sociétés requérantes sont, dès lors, fondées à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et, par suite, à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens des requêtes.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement que le maire procède à un nouvel examen de la situation de la société B2M Préfa. Les conclusions aux fins d'injonction présentées en ce sens par cette société doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification () de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au paiement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
7. Le recours gracieux formé par la société 2M Béton se borne à indiquer qu'elle se réserve la possibilité de saisir la juridiction compétente d'une demande d'indemnisation des préjudices qu'elle aurait subis, du fait des restrictions apportées par l'arrêté municipal aux conditions de circulation, sans toutefois en solliciter la réparation. Il ne résulte pas de l'instruction que la société 2M Béton aurait, en cours d'instance, adressé à la commune de Cerny un recours préalable aux fins d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis dont, au demeurant, le caractère certain n'est pas établi. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Cerny aux conclusions indemnitaires présentées par la société 2M Béton doit donc être accueillie et ces conclusions doivent être rejetées, pour ce motif.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cerny une somme de 1 000 euros à verser, respectivement d'une part, à la société B2M Préfa et, d'autre part, à la société 2M Béton, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 janvier 2021 du maire de Cerny règlementant la circulation des véhicules poids lourds sur le chemin aux Ânes est annulé.
Article 2 : La commune de Cerny versera une somme de 1 000 euros à la société B2M Préfa, d'une part, et à la société 2M Béton, d'autre part sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société B2M Préfa, à la société 2M Béton et à la commune de Cerny.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- Mme Amar-Cid, première conseillère,
- Mme Milon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
A. Milon
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°s 2102176 et 2106033
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026