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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102356

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102356

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Mathou
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2021, Mme A D, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite rejetant son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 28 novembre 2020 portant notification d'un trop-perçu d'aide au logement social (ALS) pour un montant de 11 375 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 11 375 euros ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Essonne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

Elle soutient que :

- l'auteur de l'acte contesté est incompétent ;

- la saisine de la commission de recours amiable est une formalité préalable obligatoire ;

- le conseil départemental a méconnu les droits de la défense en se fondant uniquement sur un contrôle, sans qu'elle puisse faire valoir ses observations ;

- la CAF n'apporte pas la preuve de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ;

- l'accusation de fraude est infondée, le seul fait de constater que l'administré aurait résidé plus de trois mois à l'étranger ne suffit pas à faire regarder les ALS comme indues ;

- en s'abstenant d'examiner la réalité de la situation de Mme D, la CAF de l'Essonne a commis une erreur de droit et d'appréciation ;

- elle est de bonne foi et est dans une situation de précarité justifiant l'octroi d'une remise totale de dette.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans le requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mathou, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 28 novembre 2020, la caisse d'allocations familiales de l'Essonne a notifié à Mme D un trop-perçu d'aide au logement social (ALS) pour un montant de 11 375 euros, pour la période de novembre 2017 à novembre 2020. Mme D a exercé un recours administratif préalable le 11 janvier 2021, qui a été rejeté explicitement par décision du 29 avril 2021, décision qui s'est substituée à la décision implicite de rejet née du silence de la CAF. Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation de cette dernière décision ainsi que la remise totale de la dette résultant du trop-perçu d'ALS.

Sur les conclusions en contestation de l'indu :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide personnelle au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation désormais applicable, " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; / b) L'allocation de logement sociale. ". Et aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation: " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : / 1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ou des primes de déménagement ; 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. () ". Et aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. () ".

En ce qui concerne la légalité externe :

4. En premier lieu, la décision attaquée du 29 avril 2021, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet, est signée par le directeur de la CAF de l'Essonne. Par suite Mme D n'est pas fondée à soutenir la décision du 29 avril 2021 a été prise par une personne incompétente.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que suite à la contestation effectuée par la requérante le 11 janvier 2021, la CAF a transmis le dossier de l'intéressée à la commission de recours amiable, qui, dans sa séance du 12 avril 2021, a décidé de rejeter le recours déposé par l'allocataire. Par suite, le moyen de la requérante tiré de ce que son recours préalable obligatoire n'a pas été soumis à la commission de recours amiable manque en fait et ne peut qu'être rejeté.

6. En troisième lieu, la requérante invoque la violation du principe du contradictoire et des droits de la défense résultant d'un défaut de communication du rapport d'enquête et des pièces sur lesquelles la CAF du l'Essonne a fondé sa décision, et la circonstance qu'elle n'aurait donc pu formuler d'observation préalablement à leur édiction. Toutefois, si le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales, le recours administratif préalable obligatoire institué par les dispositions précité est destiné à remédier à l'absence de procédure contradictoire en permettant à l'administré de faire valoir ses observations sur la décision défavorable qui lui est opposée. Au demeurant, il résulte de l'instruction que la requérante, qui n'a pas sollicité la transmission du rapport d'enquête, a été informée, par courrier du 1er octobre 2020, des conclusions rendues par l'agent de contrôle assermenté de la CAF et de sa possibilité de contester celles-ci, ce qu'elle n'a pas fait dans les délais impartis. Le moyen doit donc être écarté.

7. En dernier, lieu, aux termes de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés (), le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire () ".

8. Il résulte de l'instruction que Mme B, agent chargée du contrôle de la situation de Mme D ainsi que de l'enquête administrative concernant l'attribution de ses allocations, a été régulièrement assermentée par un procès-verbal de prestation de serment du tribunal d'instance de police d'Evry en date du 12 mai 2014 et régulièrement agréée en qualité d'agent de contrôle des prestations familiales à compter du 30 décembre 2013. Par suite, le moyen tiré de ce que l'agent n'était pas assermenté doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. Aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " I.-Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : / 1° Les personnes de nationalité française ;() / II.-Parmi les personnes mentionnées au I, peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement celles remplissant les conditions prévues par le présent livre pour son attribution qui sont locataires, résidents en logement-foyer ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale. ". L'article L. 822-4 du même code dispose : " Les aides personnelles au logement ne sont pas dues si le local est loué ou sous-loué en partie à des tiers ". Aux termes de l'article L. 823-1 : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; / 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; / 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, accédant à la propriété ou résident en logement-foyer. () ". Aux termes de l'article R. 822-23 : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. "

10. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de logement social, aide personnelle au logement, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de logement social a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation.

11. Il résulte du rapport d'enquête réalisé par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de l'Essonne que Mme D réside à l'étranger depuis le mois de juin 2017. Pour établir cette conclusion, l'agent s'est fondé sur la consultation de l'ensemble des relevés bancaires de Mme D. Si Mme D indique et s'il est constant qu'elle faisait de longs séjours en Belgique afin d'y suivre une formation à la fois théorique et pratique, il résulte de l'instruction, d'une part, qu'elle a gardé sa résidence principale en Belgique après la fin de sa formation, en 2019, d'autre part, qu'elle a sous-loué son appartement situé en France. Par conséquent, Mme D, qui ne faisait que de courts séjours en France, et alors que les moyens tirés de sa bonne foi et de la précarité de sa situation sont inopérants à l'appui d'un recours tendant à contester le bienfondé d'un indu d'ALS, n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplissait la condition de résidence posée par les dispositions précitées. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, dès lors, être écartés.

Sur la demande de remise de dette :

12. Si Mme D présente des conclusions à fin de remise totale de la dette, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait formulé une telle demande auprès de la caisse d'allocations familiales de l'Essonne, préalablement à la saisine du juge. Il n'appartient pas au juge administratif d'accorder directement une remise de dette, toutefois le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que Mme D présente une telle demande devant les services de la Caisse d'allocations familiales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 29 avril 2021 du président du conseil départemental de l'Essonne doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin de décharge, d'injonction, d'astreinte et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au département de l'Essonne et à la caisse d'allocation familiales de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. C La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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