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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102514

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102514

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102514
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAMOUROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 mars 2021 et le 21 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Adeline-Delvolvé, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le maire de Saclay a refusé sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saclay de prendre une nouvelle décision reconnaissant sa maladie professionnelle dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saclay la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens au nombre desquels figurent les droits de plaidoirie à hauteur de 13 euros par audience.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 6 juillet 2021 et le 13 septembre 2022, la commune de Saclay, représentée par Me Lamouroux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens, y compris les droits de plaidoirie.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2022 par une ordonnance du même jour.

Des pièces ont été produites par Mme A les 7 févier et 18 mars 2024 et n'ont pas été communiquées.

II. Par une requête n°2105230 et un mémoire enregistrés le 22 juin 2021 et le 8 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Adeline-Delvolvé, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 avril 2021 par laquelle le maire de Saclay a refusé de reconnaitre sa maladie comme étant imputable au service ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saclay de reconnaitre sa maladie comme imputable au service dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saclay une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens au nombre desquels figurent les droits de plaidoirie, à hauteur de 13 euros par audience.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 15 juillet et 13 septembre 2022, la commune de Saclay, représentée par Me Lamouroux, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'il soit enjoint à Mme B A de produire sa pièce n°41 non caviardée ainsi que son relevé intégral de carrière de 1976 à ce jour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens incluant les droits de plaidoirie.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2022 par une ordonnance du même jour.

Des pièces ont été produites par Mme A le 7 février 2024 et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- les observations de Me Adeline-Delvolvé,

- et les observations de Me Lamouroux.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée par la commune de Saclay pour occuper l'emploi de directrice générale des services à compter du 15 juin 2020. Recrutée en tant qu'attaché territorial, elle a alors été détachée sur l'emploi fonctionnel correspondant par un arrêté du 30 juin 2020, pour une durée de cinq ans. Elle a ensuite bénéficié d'arrêts de travail à partir du 16 octobre 2020. Puis, par un arrêté du 23 novembre 2020, le maire de Saclay a mis fin à son détachement sur l'emploi fonctionnel de directrice générale des services. Par une demande du 3 décembre 2020, notifiée le 7, Mme A a demandé la reconnaissance de sa maladie comme imputable au service. Par une décision du 25 janvier 2021, dont elle demande l'annulation par la requête n°2102514, le maire de Saclay a refusé sa demande. Puis, à l'issue de l'avis favorable de la commission de réforme du 8 avril 2021, Mme A a effectué une nouvelle demande tendant à reconnaitre sa pathologie comme imputable au service. Par une nouvelle décision du 23 avril 2021, dont elle demande l'annulation par la requête n°2105230, le maire de Saclay a refusé.

2. Les requêtes émanent de la même requérante et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision du 25 janvier 2021 :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Par la décision attaquée du 25 janvier 2021, le maire mentionne les motifs justifiants, selon lui, le rejet de la demande de Mme A. Il explique ainsi, notamment, que l'intéressée ne fait pas l'objet d'un harcèlement moral, et fait valoir que son état de santé et la fatigue qu'elle invoque sont causés par le trekking intensif qu'elle a effectué lors de ses congés annuels, qui a généré des fractures de fatigue au talon. Ainsi, elle est suffisamment motivée en fait. Toutefois, elle ne cite pas les dispositions applicables de la loi du 13 juillet 1983, ni aucune autre disposition. Dès lors, en l'absence de motivation en droit, la requérante est fondée à soutenir que la décision du 25 janvier 2021 est entachée d'un vice de forme.

5. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée doit être annulée.

En ce qui concerne la décision du 23 avril 2021 :

6. Selon l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " () IV.-Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ".

7. En dehors des maladies désignées par les tableaux de maladies professionnelles, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, directrice générale des services de la commune de Saclay depuis le 15 juin 2020, a rapidement rencontré des difficultés dans le cadre de l'exercice de ses fonctions. Plusieurs correspondances avec le maire, essentiellement au mois d'octobre 2020, montrent que leur relation était délicate, et qu'elle s'est peu à peu tendue. Il ressort de ces échanges que le maire était insatisfait du travail réalisé par la requérante et lui a ainsi adressé plusieurs messages contenant des reproches factuels. De même, il ressort du ton employé par la requérante que celle-ci adoptait un point de vue différent, estimant qu'elle réalisait convenablement les missions confiées. La fréquence de ces messages semble avoir augmenté et le ton employé s'est durci, renforçant l'incompréhension entre les intéressés, tous deux évoquant des dysfonctionnements qu'ils s'imputent mutuellement. En outre, il ressort de ces pièces que la requérante a contacté le centre interdépartemental de gestion de la grande couronne, plus précisément son service prévention des risques professionnels, en lui faisant part de " difficultés relationnelles rencontrées " dans son service. Par ailleurs, le maire de Saclay a décidé d'engager, le 2 novembre 2020, la décharge de fonction de la requérante, afin de la démettre de ses fonctions de directrice générale des services. L'arrêté en ce sens a été pris le 23 novembre suivant. Et Mme A, s'estimant victime d'harcèlement, a sollicité la protection fonctionnelle, qui lui a été refusée. Enfin, il ressort de courriers de septembre 2020, émanant de deux agents de la collectivité mettant également en cause le maire pour des faits de harcèlement, que ceux-ci ont aussi visé la requérante au motif qu'elle appliquerait " de manière mécanique et stratégique " ce même harcèlement à leur égard.

9. En outre, dans un certificat du 27 octobre 2020, son médecin généraliste, agréé, a estimé que son état de santé était imputable au service, ainsi que son psychiatre, dans un certificat du 6 novembre 2020. Son généraliste, dans un certificat du 26 novembre suivant, fait aussi état de son " état dépressif sévère " et de son " épuisement moral ". Enfin, dans un avis du 8 avril 2021, la commission de réforme a émis un " avis favorable à la reconnaissance de la maladie professionnelle (état dépressif hors tableau) à compter du 16 octobre 2020 " de Mme A, ajoutant que son taux d'invalidité est au moins égal à 25%.

10. Il ressort ainsi des pièces produites que la pathologie dépressive dont a souffert Mme A, présente un lien direct avec l'exercice de ses fonctions.

11. La commune de Saclay soutient que l'état de santé de la requérante procède en réalité d'un élément extérieur. Elle fait ainsi valoir, sans être contredite, que l'intéressée à souffert de fractures de fatigue au talon à l'issue d'un trekking éprouvant, effectué pendant ses congés annuels. En outre, elle met en doute la sincérité de la requérante, estimant que celle-ci occulte volontairement des évènements survenus au cours de sa carrière, dans d'autres structures, qui seraient susceptibles d'expliquer la pathologie de l'intéressé. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que son état de santé procéderait d'une cause étrangère. En outre, et en l'absence d'arguments étayés, les pièces produites au dossier ne permettent pas de considérer que la requérante, par son propre comportement, serait à l'origine de ses troubles. Enfin, l'avis précité de la commission de réforme fait référence à l'expertise dont a fait l'objet l'intéressée le 16 février 2021, laquelle ne mentionnerait aucun état antérieur. Dès lors Mme A est fondée à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions du 25 janvier 2021 et du 23 avril 2021 par lesquelles le maire a refusé de reconnaitre sa maladie comme imputable au service, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

Sur les autres conclusions :

13. D'une part, le sens du présent jugement implique que le maire de Saclay reconnaisse la pathologie de Mme A comme imputable au service Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

14. D'autre part, il n'y a pas lieu d'enjoindre à Mme B A de produire sa pièce n°41 non caviardée ni son relevé intégral de carrière de 1976 à ce jour, comme le réclame la commune.

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme demandée par la commune de Saclay soit mise à la charge de Mme A. Il y a lieu, au contraire, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saclay la somme de 2 000 euros que réclame la requérante au titre des mêmes dispositions et des dépens, incluantles droits de plaidoirie réclamés.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 25 janvier 2021 et du 23 avril 2021 du maire de Saclay sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Saclay de prendre une nouvelle décision reconnaissant la pathologie de Mme A comme imputable au service, dans un délai de trois mois.

Article 3 : La commune de Saclay versera une somme de 2 000 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A ainsi qu'à la commune de Saclay.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M. Geismar

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2102514

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