vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2102557 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | OUGHCHA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mars 2021, M. B A, représenté par Me Oughcha, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la commune d'Elancourt à lui verser la somme de 4 503,69 euros au titre du préjudice qu'il estime avoir subi pour renouvellement abusif de contrats à durée déterminée ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Elancourt la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de non-renouvellement de son contrat est illégale en l'absence de motivation en droit et en fait ;
- elle n'est pas justifiée par l'intérêt du service ou par l'insuffisance de ses qualités professionnelles ;
- elle méconnaît les articles 3 et 3-2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il a subi un préjudice financier d'un montant de 4 503,69 euros pour renouvellement abusif de ses contrats à durée déterminée, calculé au regard de l'indemnité à laquelle il aurait pu prétendre en cas de licenciement, s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2021, la commune d'Elancourt, représentée par Me Gaffodio, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- dans l'hypothèse où le requérant serait regardé comme ayant demandé l'annulation de la décision de non-renouvellement de son contrat du 23 mai 2019, sa requête est tardive et dès lors irrecevable ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,
- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gaffodio, représentant la commune d'Elancourt.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 2 août 1966, a été recruté en qualité d'agent de gardiennage et de surveillance par la commune d'Elancourt, sous contrat unique d'insertion à durée déterminée d'une durée de six mois du 2 février 2012 au 1er août 2012. Par un arrêté du 16 juillet 2012, il a ensuite été nommé en qualité d'adjoint administratif de 2ème classe, non titulaire, dans les fonctions d'agent de la surveillance de la voie publique (ASVP) à temps complet, du 2 août 2012 au 31 juillet 2013. Son contrat a ensuite été renouvelé annuellement jusqu'au 31 juillet 2019. Le 23 mai 2019, il a été informé que son contrat ne serait pas renouvelé à son terme. Le 26 novembre 2020, il a adressé une demande indemnitaire préalable en réparation des préjudices subis du fait du non-renouvellement de son contrat de travail. Le silence gardé par la commune d'Elancourt sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner la commune d'Elancourt à lui verser la somme de 4 503,69 euros au titre du préjudice qu'il estime avoir subi.
Sur la responsabilité de la commune d'Elancourt :
En ce qui concerne le non-renouvellement du contrat de travail de M. A :
2. En premier lieu, une décision de non renouvellement à son terme d'un contrat à durée déterminée d'un agent public, même prise pour des raisons tirées de la manière de servir de l'intéressé, n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées.
3. Ainsi, la décision du 23 mai 2019 refusant de renouveler le contrat de M. A au terme de celui-ci n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées. En tout état de cause, la décision est motivée en fait. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
5. Il résulte de l'instruction que, pour décider de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée conclu avec M. A, la commune s'est fondée sur sa manière de servir depuis 2016. A cet égard, ses évaluations pour les années 2016, 2017 et 2018 font apparaître une dégradation au regard des années 2012 à 2015, caractérisée par des difficultés croissantes à faire face à ses responsabilités, à s'investir et à communiquer notamment avec ses collègues. M. A est ainsi passé du niveau global évalué à B correspondant à " bonne adéquation au poste" en 2015 au niveau D en 2018, soit un niveau insuffisant avec neuf compétences évaluées comme insuffisantes, huit à consolider et une seule maîtrisée. Le requérant ne saurait utilement invoquer, pour estimer que la décision du 23 mai 2019 est fautive, ses évaluations en 2014 et 2015 avec un niveau global noté en B. Par suite, en refusant, le 23 mai 2019, pour un motif tiré de l'intérêt du service, lequel peut s'apprécier au regard de considérations tenant à la personne de l'agent, de renouveler le contrat à durée déterminée dont M. A bénéficiait jusqu'alors, la commune d'Elancourt n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En dernier lieu, le requérant ne saurait utilement faire valoir que la commune a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision de non-renouvellement de son contrat de travail sur sa situation personnelle, étant père d'un jeune enfant. En tout état de cause, la décision attaquée l'informe qu'il sera rendu destinataire de l'attestation de Pôle Emploi ainsi que d'un certificat de travail, documents nécessaires pour lui permettre d'exercer ses droits à prestations.
En ce qui concerne le renouvellement abusif des contrats de travail à durée déterminée de M. A :
7. Aux termes de l'article L. 311-1 du code général de la fonction publique, qui reprend les dispositions de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents () des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont () occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent code () ". En outre, aux termes de l'article L. 332-23 du même code, qui reprend les dispositions de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les collectivités et établissements mentionnés aux articles L. 4 et L. 5 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois ; / 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois. / Le contrat peut être renouvelé dans la limite de sa durée maximale au cours d'une période de dix-huit mois consécutifs s'il est conclu au titre du 1° et de douze mois consécutifs s'il est conclu au titre du 2° ". De plus, selon l'article L. 332-14 du même code, qui reprend les dispositions de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 : " Par dérogation à la règle énoncée à l'article L. 311-1, pour des besoins de continuité du service, des agents contractuels territoriaux peuvent être recrutés pour occuper des emplois permanents des collectivités et établissements afin de faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire territorial, sous réserve que cette vacance ait donné lieu aux formalités prévues à l'article L. 313-4. / Le contrat de ces agents est conclu pour une durée déterminée dans la limite d'un an. / Le contrat peut être prolongé dans la limite d'une durée totale de deux ans si, au terme de la durée mentionnée au deuxième alinéa, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi concerné par un fonctionnaire n'a pu aboutir. ".
8. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours, en application des dispositions mentionnées au point précédent, à des contrats à durée déterminée successifs, présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
9. Il résulte de l'instruction que le contrat du requérant a été renouvelé à compter du 1er août 2012 et jusqu'au 31 juillet 2016 afin d'assurer la continuité du service et de faire face temporairement à la vacance d'un emploi d'adjoint administratif non titulaire à temps complet, faisant fonction d'agent de la surveillance de la voie publique puis, à partir du 1er août 2016 et jusqu'au 31 juillet 2019, pour les mêmes motifs mais explicitement sur le fondement de l'article 3-2 de la loi la loi du 26 janvier 1984, désormais repris par l'article L. 332-14 du code général de la fonction publique, dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire territorial. Or ces dispositions n'ouvrent pas droit à un contrat à durée indéterminée. Cependant, il résulte de ces dispositions que le recrutement d'un agent contractuel sur un emploi permanent, pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire territorial, ne peut se faire que par des contrats à durée déterminée conclus pour une durée d'un an prolongée dans la limite maximale de deux ans si la procédure de recrutement d'un fonctionnaire territorial n'a pu aboutir. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commune d'Elancourt n'a engagé de procédure de recrutement d'un fonctionnaire territorial pour le poste d'agent de surveillance des voies publiques que le 1er février 2016, plus de trois ans et demi après le recrutement de M. A, alors qu'elle aurait dû effectuer de telles démarches dès son recrutement en application des dispositions citées au point 7. Il ne résulte pas de l'instruction que la commune d'Elancourt aurait vainement recherché à recruter un agent titulaire. Il s'ensuit que l'engagement du requérant par contrats à durée déterminée d'un an pour une durée de sept ans entre le 16 juillet 2012 et le 31 août 2019 a méconnu les dispositions citées au point 7 et présente, dans les circonstances de l'espèce, un caractère abusif.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que la commune a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en renouvelant de manière abusive ses contrats de travail à durée déterminée .
Sur l'indemnisation des préjudices subis :
11. Aux termes de l'article 45 de du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires (). ". De plus, aux termes de l'article 46 du même décret : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services () ".
12. En cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné peut se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de sa relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
13. Il résulte de l'instruction que le requérant bénéficiait d'une rémunération de 1 286,77 euros par mois, en juillet 2019. Il a ainsi droit à une indemnité calculée sur la base de la moitié de sa rémunération, soit 643,38 euros sur sept ans. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de son préjudice en l'évaluant à 4 503,69 euros (643,38 *7).
Sur les frais liés au litige :
14. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Oughcha, avocat de Me A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la commune d'Elancourt le versement à Me Oughcha de la somme de 1 500 euros.
15. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune d'Elancourt demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune d'Elancourt est condamnée à verser à M. A la somme de 4 503,69 euros au titre du préjudice subi au titre du renouvellement abusif de ses contrats de travail à durée déterminée.
Article 2 : La commune d'Elancourt versera à Me Oughcha une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Oughcha renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A et les conclusions présentées par la commune d'Elancourt au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune d'Elancourt et à Me Oughcha.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Grenier, présidente,
- Mme Vincent, première conseillère,
- Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
L. Vincent
La présidente,
Signé
C. GrenierLa greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2102257
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026