vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2102638 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mars 2021 et 20 octobre 2022, M. C A, représenté par la Selafa cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 novembre 2020 par laquelle le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste, ensemble la décision du 11 février 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise de le réintégrer administrativement, avec effet au 12 novembre 2020, et de le placer dans une position régulière jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conséquences définitives de son inaptitude, et d'accomplir toutes les diligences nécessaires à la régularisation effective et rapide de sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dans la mesure où le courrier du 30 septembre 2020, qui ne peut être regardé comme lui ayant été valablement notifié, ne contenait pas les informations requises au sujet des risques encourus ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, méconnaissant ses droits statutaires, dès lors que, totalement inapte à l'exercice de ses anciennes fonctions, aucune proposition de reclassement ne lui a été réellement formulée, de sorte qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mise en demeure dans le cadre d'une procédure d'abandon de poste ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation dans la mesure où il n'a jamais voulu rompre le lien avec son service, dès lors qu'il s'est toujours présenté aux rendez-vous médicaux d'une part et a, d'autre part, immédiatement alerté les services de la communauté urbaine des difficultés rencontrées avec les services postaux qui ne lui ont pas permis de recevoir les courriers qu'elle lui avait adressés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 octobre et 23 novembre 2022, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture immédiate de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2023 par une ordonnance du même jour en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Vu :
- l'ordonnance n° 2102639 du 20 avril 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Versailles ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,
- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lefébure, pour la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, adjoint technique titulaire de la fonction publique territoriale exerçait les fonctions d'agent de déchetterie auprès de la commune de Conflans-Sainte-Honorine depuis le 8 octobre 2004, avant d'être transféré, à compter du 1er janvier 2016, à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise. Il a été victime d'un accident, sans lien avec le service, le 15 avril 2012, à la suite duquel la marche et la station prolongée debout sont devenues difficiles. Alors en congé de longue maladie, le comité médical interdépartemental l'a reconnu définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions le 17 octobre 2017. Cet avis a été confirmé par la suite. A compter du 1er juin 2018, M. A a été placé en disponibilité d'office pour raisons médicales. Il a alors sollicité un reclassement, le 30 janvier 2020, et le 3 juillet 2020, le médecin de prévention a émis un avis favorable à sa prise de fonction sur un poste d'agent d'accueil au sein du service " relations à l'usager " de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, en précisant toutefois que la conduite d'un véhicule était contre indiquée. Par une lettre recommandée avec accusé de réception du 10 juillet 2020, le président de la communauté urbaine l'a informé de son reclassement sur un poste d'agent d'accueil, dans le grade d'adjoint administratif, au 8ème échelon et l'a invité à prendre ses fonctions le 3 août 2020. M. A n'a pas retiré ce pli. Sans nouvelle de l'intéressé, le président de la communauté urbaine l'a mis en demeure, le 30 septembre 2020, de reprendre ses fonctions au plus tard le 12 octobre 2020, en l'informant qu'à défaut, il serait considéré en abandon de poste et radié des cadres de la fonction publique territoriale sans procédure disciplinaire. M. A n'a pas retiré ce pli. Par une décision du 12 novembre 2020, dont l'intéressé a accusé réception le 19 novembre 2020, le président de la communauté urbaine a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste. M. A a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été expressément rejeté le 11 février 2021. Il demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être légalement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier adressé sous forme de lettre recommandée avec accusé de réception du 10 juillet 2020, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise a informé M. A qu'il était réintégré, dans le cadre d'un reclassement, en tant qu'agent d'accueil au sein du service relations usagers situé à Carrières-sous-Poissy. Ce courrier l'invitait à se présenter à ce poste, le 3 août 2020. Puis, par un courrier du 30 septembre 2020, également adressé par lettre recommandée avec accusé de réception, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise a mis M. A en demeure de réintégrer ses fonctions, ou de fournir un justificatif d'absence, au plus tard le 12 octobre suivant. Cette lettre précise qu'à défaut, il sera regardé comme ayant abandonné son poste et radié des cadres sans procédure disciplinaire. Ces deux plis ont été régulièrement adressés à l'adresse principale de M. A à Hébécourt, seule adresse connue de la communauté urbaine. La communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise établit que ces deux plis, qui lui ont été retournés avec la mention " pli avisé et non réclamé ", ont fait l'objet d'une vaine présentation à l'adresse de M. A, respectivement les 10 juillet et 2 octobre 2020, ainsi que cela ressort des mentions des volets " avis de réception " produits par la communauté urbaine.
4. D'autre part, toutefois, M. A établit avoir conclu un contrat avec La Poste pour la réexpédition de son courrier du 2 juillet 2020 au 30 novembre 2020, vers sa résidence secondaire située en Bretagne. Ce séjour, même prolongé, dans sa résidence secondaire, ne pouvait être regardé comme un changement d'adresse, dont il aurait été tenu d'informer la communauté urbaine. M. A établit également qu'en raison d'un dysfonctionnement imputable à La Poste, le renvoi de son courrier n'a en réalité été instauré qu'à compter du 19 octobre 2020, soit postérieurement à l'envoi des courriers précités par la communauté urbaine. Ainsi, M. A établit avoir pris les dispositions nécessaires pour faire suivre son courrier et apporte une justification d'ordre matériel de nature à expliquer le retard à manifester un lien avec le service. Dès lors, M. A, qui établit ne pas avoir reçu la lettre recommandée du 30 septembre 2020 le mettant en demeure de prendre sa nouvelle affectation, ni même d'ailleurs celle du 10 juillet 2020 l'informant de son reclassement sur un poste d'agent d'accueil à compter du 3 août 2020, est fondé à soutenir que la décision prononçant sa radiation des cadres pour abandon de poste est irrégulière.
5. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant avait sollicité un reclassement et s'est présenté aux visites médicales organisées par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise et notamment à celle du 3 juillet 2020 avec le médecin de prévention afin d'examiner si son état de santé était compatible avec un poste d'agent d'accueil. Enfin, il est constant que M. A, après avoir constaté le dysfonctionnement de la réexpédition de son courrier et reçu la décision du 12 novembre 2020 le radiant des cadres pour abandon de poste, a pris attache avec la communauté urbaine, le 23 novembre 2020, pour contester toute volonté de rompre le lien avec le service et justifier des dysfonctionnements postaux qu'il a connus. Dès lors, il ne peut être regardé comme ayant voulu rompre le lien avec le service. Par suite, M. A est, dans les circonstances de l'espèce, fondé à soutenir que les décisions litigieuses sont entachées d'une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 novembre 2020 par laquelle le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste, ainsi que celle du 11 février 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Il résulte de l'instruction, qu'en exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 20 avril 2021, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise a réintégré M. A à compter du 1er mai 2021, alors que la décision le radiant des cadres pour abandon de poste prenait effet au 1er décembre 2020. Par suite, il résulte de ce qui précède, qu'en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il est enjoint à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise de réintégrer M. A à compter du 1er décembre 2020 et de le placer dans une position statutaire régulière dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. A, qui n'a pas la qualité de partie perdante. Il y a lieu, au contraire, de mettre à la charge de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise la somme de 1 500 euros à lui verser au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 novembre 2020 du président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise prononçant la radiation des cadres de M. A, ainsi que celle du 11 février 2021 rejetant son recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise de réintégrer M. A à compter du 1er décembre 2020 et de le placer dans une position statutaire régulière dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise versera à M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. A et les conclusions présentées par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Vincent, première conseillère,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
M. B La présidente,
Signé
C. Grenier
La greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2102638
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026