lundi 6 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2102697 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CONCORDE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2021, Mme B A, représentée par Me Gauthier, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye (CHIPS) à lui verser la somme de 27 909,16 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge du CHIPS le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa prise en charge aux urgences du CHIPS a été inadaptée et non conforme aux règles de l'art, constituant une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier ;
- cette faute lui a fait perdre une chance de ne pas subir un second accident vasculaire cérébral, dont le taux doit être fixé à 74% ;
- elle a subi des préjudices directement liés à cette faute, qu'elle évalue compte tenu du taux de perte de chance à 3 244,16 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à 20 105,80 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, à 1 500 euros au titre des souffrances endurées, et à 3 000 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par deux mémoires enregistrés les 22 décembre 2021 et 11 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Yvelines, représentée par Me Legrandgerard, a fait valoir sa créance et conclut dans le dernier état de ses écritures :
1°) à la condamnation du CHIPS à lui payer la somme de 4 046,44 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir ;
2°) à la condamnation du centre hospitalier à lui payer l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) à ce que soit mis à la charge de l'établissement le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la responsabilité du centre hospitalier est engagée en raison des fautes commises dans la prise en charge de Mme A ;
- sa créance est constituée des frais d'hospitalisation et médicaux.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 septembre et 21 octobre 2022, le CHIPS, représenté par Me Fabre, conclut à ce que les sommes mises à sa charge soient ramenées à de plus justes proportions.
Il fait valoir qu'il n'est responsable que d'une perte de chance de 67% d'éviter le dommage et doit ainsi être condamné à payer les sommes de 14 236,16 euros à Mme A et 3 663,67 euros à la CPAM, outre l'indemnité forfaitaire de gestion, toutes autres demandes, et notamment celle présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la CPAM, devant être rejetées.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2019 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.
Vu :
- l'ordonnance n° 1908618 du 17 avril 2020 de désignation d'un expert ;
- le rapport d'expertise déposé le 8 septembre 2020 ;
- l'ordonnance du 2 juin 2020 d'allocation d'une provision à l'expert ;
- l'ordonnance de taxation des dépens du 16 septembre 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif à l'indemnité forfaitaire de gestion ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,
- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,
- les observations de Me Gauthier représentant Mme A et de Me Laseraz représentant le centre hospitalier.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 23 janvier 1981, s'est présentée le 12 novembre 2012 au service des urgences du CHIPS, en raison d'une faiblesse de sa main droite associée à des parasthésies et une sensation de lourdeur de la jambe droite ainsi qu'une dysarthrie associée à une baisse de sensibilité de la joue droite. A la suite d'un examen clinique, le médecin a conclu à des " parasthésies non étiquetées ". Elle a alors quitté les urgences avec un traitement anxiolitique. En raison de la persistance d'une partie des troubles, des examens ont, par la suite, été réalisés, notamment une IRM le 23 avril 2013 révélant l'existence d'un accident ischémique cérébral. Le 28 décembre 2013, Mme A a été transportée au service des urgences du CHIPS, en raison d'un déficit du membre inférieur droit accompagné de troubles sensitifs. Le compte-rendu des urgences conclut à un " AVC chez une jeune femme ayant déjà eu un AVC en 2012 ". Elle est alors hospitalisée jusqu'au 31 décembre 2013 et un syndrome des antiphospholipides est diagnostiqué. Le 15 novembre 2019, Mme A a saisi le tribunal administratif de Versailles d'une requête en référé aux fins de voir ordonner une mesure d'expertise. Par ordonnance du 17 avril 2020, le juge des référés a ordonné une mesure d'expertise judiciaire et désigné pour y procéder un expert spécialisé en neurologie. L'expert a réalisé et déposé son rapport le 8 septembre 2020. Par un courrier du 7 décembre 2020 réceptionné le 10 décembre suivant, Mme A a présenté une demande préalable indemnitaire, implicitement rejetée. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner le CHIPS à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité du centre hospitalier :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I.- Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté par le CHIPS, que la prise en charge de Mme A le 12 novembre 2012 a été inadaptée et non conforme aux règles de l'art, dès lors que les symptômes qu'elle présentait auraient dû conduire à réaliser une IRM cérébrale qui aurait permis d'identifier l'accident ischémique cérébral et conduit à mener une enquête étiologique. Par ailleurs, l'expert précise que tant la durée d'attente au service des urgences que le refus de donner un rendez-vous en service neurologie par la suite ont présenté un caractère anormal.
4. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que sa prise en charge par le CHIPS est constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité et à solliciter sa condamnation à l'indemniser des préjudices subis en lien direct et certain avec ces manquements.
Sur les préjudices subis par Mme A :
En ce qui concerne la fraction du préjudice indemnisable :
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel, déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que les manquements du CHIPS sont à l'origine d'une perte de chance relative de 60 à 74% d'éviter le deuxième AVC subi par Mme A. Dans ces conditions, la réparation qui incombe au CHIPS et doit être fixée à 67% des différents chefs de préjudice.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
7. L'expert désigné par le tribunal a retenu un déficit fonctionnel temporaire (DFT) total pour la période d'hospitalisation du 28 au 31 décembre 2013 et de 20% du 1er janvier 2014 au 1er janvier 2017, date de consolidation. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à l'intéressée, après application du taux de perte de chance, la somme de 1 965 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
8. L'expert a évalué ce préjudice à 1 sur une échelle de 1 à 7. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à l'intéressée la somme de 700 euros compte tenu du taux de perte de chance.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
9. Il résulte de l'instruction qu'à la date de consolidation du dommage, l'intéressée était âgé de trente-cinq ans. Le déficit fonctionnel permanent a été fixé à 13% par l'expert désigné par le tribunal en raison des séquelles du deuxième AVC, soit le trouble proprioceptif du membre inférieur droit responsable d'une instabilité. Il y a lieu d'allouer à ce titre à Mme A la somme de 14 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
10. Mme A soutient qu'elle pratiquait la course à pied et a été gênée pour les promenades avec son enfant. Elle sollicite à ce titre une indemnité d'un montant de 3 000 euros. Elle ne produit toutefois aucun justificatif permettant d'en attester. Par suite, elle n'est pas fondée à solliciter une indemnité au titre de ce poste de préjudice.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le CHIPS à payer à Mme A la somme totale de 16 665 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement.
Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :
12. Il résulte de l'instruction que la CPAM des Yvelines a versé au bénéfice de Mme A, son assurée, la somme de 5 468,16 euros au titre des frais d'hospitalisation et médicaux.
13. Elle produit une attestation d'imputabilité qui établit la réalité de ces dépenses et leur imputabilité à la faute médicale en cause.
14. Par suite, la CPAM des Yvelines est fondée à obtenir du CHIPS, après application du taux de perte de chance, le remboursement de la somme totale de 3 663,67 euros en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
15. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM des Yvelines est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 162 euros. Il y a lieu de mettre le versement de cette indemnité à la charge du CHIPS.
Sur les dépens :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 2 580 euros par une ordonnance du 16 septembre 2020, à la charge définitive du CHIPS, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHIPS, d'une part, la somme de 2 000 euros à verser à Me Gauthier en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, d'autre part, la somme de 1 000 euros à verser à la CPAM des Yvelines, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Le CHIPS est condamné à payer à Mme A la somme de 16 665 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement.
Article 2 : Le CHIPS est condamné à verser à la CPAM des Yvelines la somme de 3 663,67 euros en remboursement de ses frais et débours, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement.
Article 3 : Le CHIPS versera à la CPAM du Val-d'Oise la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à hauteur de la somme globale de 2 580 euros par l'ordonnance du 16 septembre 2020, sont mis à la charge définitive du CHIPS.
Article 5 : Le CHIPS versera à Me Gauthier la somme de 2 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 6 : Le CHIPS versera à la CPAM des Yvelines la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Gauthier, au centre hospitalier intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.
Le rapporteur,
signé
F. GibelinLa présidente,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026