lundi 5 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2102701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Magistrat Gibelin |
| Avocat requérant | BOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er avril 2021, Mme D C, représentée par Me Bouard demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours hiérarchique formé le 10 juillet 2020 contre la décision du 14 mai 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire malgache contre un permis de conduire français, ensemble ladite décision;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à l'échange de son permis de conduire, sans délai à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.
Elle soutient que :
- ces décisions ont été prises une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'erreur de droit, Madagascar figurant sur la liste annexée à la circulaire du 3 août 2012, applicable à sa situation dès lors qu'elle est toujours affichée sur le site dédié à la règlementation relative à l'échange des permis de conduire ;
- elles méconnaissent les articles L. 221-4, L. 221-5 et L. 221-6 du code des relations entre le public et l'administration, Madagascar figurant sur la liste annexée à la circulaire du 3 août 2012 à la date de présentation de sa demande, de sorte qu'en faisant application des dispositions nouvelles en vigueur depuis le 31 mars 2020 à sa demande ;
- elle remplissait l'ensemble des conditions pour que son permis de conduire soit échangé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- l'arrêté du ministre de l'équipement, des transports et du logement en date du 8 février 1999 ;
- l'arrêté de la ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement et du ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration en date du 12 janvier 2012 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gibelin, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gibelin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C a sollicité l'échange de son permis de conduire malgache, délivré le 24 octobre 2007, contre un permis de conduire français. Par une décision du 14 mai 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande. Par une décision du 27 juillet 2020, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours hiérarchique contre cette décision. Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions.
Sur l'étendue du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours hiérarchique devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours hiérarchique a été rejeté. L'exercice du recours hiérarchique n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours hiérarchique doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours hiérarchique, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours hiérarchique, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 27 juillet 2020 du ministre de l'intérieur des outre-mer doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision initiale du préfet de la Loire-Atlantique du 14 mai 2020.
Sur le fond :
4. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que les moyens tirés de l'incompétence et de l'insuffisance de motivation de la décision rendue par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur son recours hiérarchique doivent être écartés comme inopérants.
5. En deuxième lieu, la décision du 14 mai 2020 a été signée par Mme A B, directrice du centre d'expertise et de ressources titres de la Loire-Atlantique, qui disposait d'une délégation de signature conférée par un arrêté préfectoral du 17 septembre 2019, régulièrement publiée au recueil n° 74 du 17 septembre 2019 des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
6. En troisième lieu, la décision attaquée mentionne les articles R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route, et l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'espace économique européen. Il s'ensuit qu'elle est suffisamment motivée en droit. Par ailleurs, elle rappelle le dépôt de la demande d'échange de l'intéressée le 12 septembre 2019 et précise qu'il n'existe pas d'accord de réciprocité entre la France et Madagascar et que la demande est rejetée pour ce motif. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 pris pour l'application de ces dispositions : " I. - Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route () ". Aux termes, enfin, de l'article 14 du même arrêté : " Une liste des Etats dont les permis de conduire nationaux sont échangés en France contre un permis français est établie conformément aux articles R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route. Cette liste précise pour chaque Etat la ou les catégories de permis de conduire concernée (s) par l'échange contre un permis français. Elle ne peut inclure que des Etats qui procèdent à l'échange des permis de conduire français de catégorie équivalente et dans lesquels les conditions effectives de délivrance des permis de conduire nationaux présentent un niveau d'exigence conforme aux normes françaises dans ce domaine. / Les demandes d'échange de permis introduites avant la date de publication au JORF de la liste prévue au premier alinéa du présent article sont traitées sur la base de la liste prévue à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ". L'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 dispose que le ministre chargé des transports établit, après consultation du ministre des affaires étrangères, la liste des Etats qui procèdent à l'échange des permis de conduire français.
8. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point précédent.
9. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt.
10. Il est constant, en l'espèce, que s'il existait un accord de réciprocité entre la France et la République de Madagascar pour procéder aux échanges de permis de conduire, il a été mis fin à cet accord à compter du 1er avril 2020. Dans ces conditions, et ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit des points précédents, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur de droit en fondant sa décision, qui est datée du 14 mai 2020, sur le motif tiré de l'absence d'accord de réciprocité entre la France et la République de Madagascar, ce qui faisait obstacle à ce qu'il soit procédé à l'échange du permis de conduire de l'intéressée. La circonstance que la circulaire NOR INTS1232024C du 3 août 2012, dont l'annexe 2 dresse la liste des accords d'échange réciproques des permis de conduire auxquels la France est partie, cette circulaire émanant du ministre de l'intérieur et non du ministre chargé des transports, n'a pu légalement avoir pour objet de fixer la liste prévue par l'article 14 de cet arrêté. Mme C ne peut donc utilement se prévaloir de cette circulaire à l'appui de sa demande d'échange de permis de conduire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées au points 7 et des articles L. 221-4, L. 221-5 et L. 221-6 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.
11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme C ne satisfaisait pas à la totalité des conditions prévues au I-A. de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, contrairement à ce qu'elle soutient. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. Gibelin
La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026