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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102767

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102767

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL GARCIA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 avril 2021, M. F A E, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, et méconnaît les dispositions du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, et méconnaît les dispositions du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît le droit de citoyen communautaire de son fils et son droit en qualité de parent d'un enfant ayant la nationalité d'un pays de l'Union européenne ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'illégalité, par voie d'exception ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.

Les parties ont été informées, le 6 avril 2021, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français dont aurait fait l'objet le requérant, dès lors que celui-ci s'est seulement vu refuser un certificat de résidence algérien non accompagné d'une mesure d'éloignement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A E, ressortissant algérien né le 19 décembre 1983, est entré en France, selon ses déclarations, en juillet 2018. Il a épousé, le 29 décembre 2018, Mme C, de nationalité française. M. A E a déposé, le 7 février 2020, une demande de certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 10 mars 2021, dont M. A E demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° PREF-DCPPAT-BCA-310 du 31 décembre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 210 de la préfecture de l'Essonne, M. G D, directeur de l'immigration et de l'intégration, a reçu du préfet de ce département délégation à l'effet de signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A E est marié avec une ressortissante française, avec laquelle il a eu un enfant, né le 11 mai 2020, de nationalité française. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant subviendrait effectivement aux besoins de cet enfant, l'attestation de son épouse étant, à cet égard, insuffisamment circonstanciée. Par suite, M. A E n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un certificat de résidence algérien, le préfet de l'Essonne aurait méconnu les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doit également être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A E, qui est entré en France en juillet 2018 selon ses déclarations, s'y est maintenu en situation irrégulière. Il est marié depuis le 29 décembre 2018 avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant, né le 11 mai 2020. A la date de la décision attaquée, la communauté de vie entre les époux était très récente. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 4, M. A E n'établit pas subvenir effectivement aux besoins de son enfant. En outre, s'il produit une inscription au registre du commerce et des sociétés, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale dans la société française et a déclaré être sans emploi dans sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A E n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et ses sœurs, et où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier de la procédure du regroupement familial. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 25 juin 2019 à la peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol commis en juin 2019, puis le 12 septembre 2019 à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol aggravé, recel de vol et escroquerie commis en août et septembre 2019. Par suite, en estimant que son comportement représentait une menace pour l'ordre public, et en refusant de lui délivrer un certificat de résidence, le préfet de l'Essonne n'a pas porté au droit de M. A E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Pour les mêmes motifs, il n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer M. A E de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

9. En dernier lieu, ainsi qu'il a été exposé, M. A E n'établit pas subvenir aux besoins de son enfant à la date de la décision attaquée. Il n'est ainsi, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait ses droits de parent d'un enfant ayant la qualité de citoyen de l'Union européenne.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que le préfet de l'Essonne n'a pas prononcé une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. A E. Par suite, les conclusions de ce dernier tendant à l'annulation d'une telle décision sont irrecevables et doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A E et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

V. B

La présidente,

signé

C. Grenier

La greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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