jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2102899 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | GOEAU-BRISSONNIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2021 et le 3 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Goeau-Brissonnière, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 7 avril 2021 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale à l'expiration du délai de transfert de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, dès lors que le préfet de l'Essonne n'a pas informé les autorités italiennes, avant l'expiration du délai de transfert de six mois, de la prolongation de ce délai ;
- elle méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il ne peut être regardé comme étant en fuite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2021, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2022.
Vu :
- le jugement n° 2003322 du 16 décembre 2020 du tribunal administratif de Versailles ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Connin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant guinéen né le 10 janvier 1990, a déposé une demande d'asile au guichet unique de la préfecture de l'Essonne. La consultation du fichier " Eurodac " ayant révélé qu'il avait précédemment sollicité l'asile auprès des autorités italiennes, ces dernières ont été saisies, le 7 avril 2020, d'une demande de reprise en charge de l'intéressé sur le fondement des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'elles ont implicitement acceptée le 22 avril 2020. Par un arrêté du 25 mai 2020, le préfet de l'Essonne a décidé le transfert de M. B vers l'Italie, responsable de l'examen de sa demande d'asile. Le 6 avril 2021, M. B, par l'intermédiaire de son avocat, a demandé au préfet de l'Essonne de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Par une décision du 7 avril 2021, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande au motif que, ne s'étant pas rendu à des convocations, le délai de transfert, prolongé en raison de sa fuite en application de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013, n'était pas expiré. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ".
3. Aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) no 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) no 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. ".
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, combinées avec celles de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'État membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'État membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'État membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la prise en charge ou de la reprise en charge, dont dispose l'État membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.
5. La notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.
6. Aux termes du second alinéa de l'article L. 742-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " La décision de transfert ne peut faire l'objet d'une exécution d'office ni avant l'expiration d'un délai de quinze jours ou, si une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 551-1 ou d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 561-2 a été notifiée avec la décision de transfert ou si celle-ci a été notifiée alors que l'étranger fait déjà l'objet d'une telle décision de placement en rétention ou d'assignation à résidence, avant l'expiration d'un délai de quarante-huit heures, ni avant que le tribunal administratif ait statué, s'il a été saisi. ".
7. Le préfet de l'Essonne fait valoir que M. B ne s'est pas présenté les 23 juillet et 4 août 2020 aux convocations en vue de l'exécution de son transfert vers l'Italie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a formé le 6 juin 2020 un recours contre l'arrêté de transfert du 25 mai 2020, qui a été rejeté par un jugement du 16 septembre 2020 du tribunal administratif de Versailles, notifié le 28 septembre 2020. Ainsi, le transfert du requérant ne pouvait être exécuté entre le 6 juin 2020, date à laquelle son recours a été introduit, et le 28 septembre 2020, date de notification du jugement du tribunal administratif de Versailles du 16 septembre 2020, de sorte qu'il ne saurait être reproché à l'intéressé de ne pas s'être rendu aux convocations des 23 juillet et 4 août 2020. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme ayant pris la fuite au sens des dispositions précitées de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013. Il s'ensuit que le préfet de l'Essonne a fait une inexacte application de ces dispositions en portant le délai du transfert de l'intéressé vers l'Italie à dix-huit mois et que, le délai normal de transfert de six mois étant expiré à la date de la décision attaquée, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale de M. B incombait à la France.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 avril 2021 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs et sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, l'examen par la France de la demande d'asile de M. B. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à l'enregistrement de la demande d'asile de M. B en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de dépôt de cette demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Goeau-Brissonnière, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Goeau-Brissonnière d'une somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 7 avril 2021 du préfet de l'Essonne est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de procéder à l'enregistrement de la demande d'asile de M. B en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de dépôt de cette demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Goeau-Brissonnière une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Goeau-Brissonnière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Goeau-Brissonnière et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience publique du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Christine Grenier, présidente,
Mme Virginie Caron, première conseillère,
M. Nicolas Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
N. Connin
La présidente,
signé
C. Grenier
La greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
N° 1901371
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026