jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2102938 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Président Ouardes |
| Avocat requérant | LE BLAYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 avril et 4 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Le Blaye, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire burkinabé contre un permis de conduire français ;
2°) d'annuler la décision 10 décembre 2017 par laquelle le préfet a implicitement rejeté sa demande d'échange de ce permis de conduire ;
3°) d'annuler la décision du 10 avril 2012 par laquelle le préfet a implicitement rejeté sa demande d'échange de ce permis de conduire ;
4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à l'échange de son permis de conduire burkinabé contre un titre de conduite français, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de l'indemnisation du préjudice moral et financier ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'arrêté du 12 janvier 2012 ;
- elles sont illégales dès lors que le préfet s'est fondé sur l'absence d'accord bilatéral d'échange de permis de conduire entre le Burkina-Faso et la France alors qu'un tel accord existait le 10 février 2012, lorsqu'il a présenté sa demande ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a subi la perte de son dossier et qu'il est désormais père de famille, et contraint, à ce titre, de se rendre chaque trimestre à l'hôpital afin d'assurer un suivi de la pathologie dont souffre son fils.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre les décisions implicites de rejet de ses demandes
nées les 10 février 2012 et 19 septembre 2019 sont tardives ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Ouardes, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Ouardes a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions du 10 avril 2012 et 10 décembre 2017 :
1. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. " Et aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
2. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a initialement demandé l'échange de son permis de conduire burkinabé contre un permis de conduire français, le 10 février 2012. En l'absence de réponse de la part du préfet de l'Eure, une décision implicite de rejet est née le 10 avril 2012. Par ailleurs, le 10 octobre 2017, M. A a formulé une nouvelle demande en ce sens ayant fait naître une décision implicite de rejet le 10 décembre 2017. Or la requête présentée par M. A tendant à l'annulation de ces décisions n'a été enregistrée au greffe que le 8 avril 2021, soit après l'expiration du délai du recours contentieux, et en tout état de cause après l'expiration d'un délai raisonnable. Par suite, les conclusions dirigées contre les décisions implicites de rejet en date du 10 avril 2012 et du 10 décembre 2017 sont tardives et doivent donc être rejetées comme irrecevables.
En ce qui concerne la décision du 11 octobre 2020 :
4. M. B A, ressortissant burkinabé, a initialement sollicité l'échange de son permis de conduire burkinabé contre un permis de conduire français le 10 février 2012 auprès des services du préfet de l'Eure. Le 10 octobre 2017, M. A a déposé une nouvelle demande. Le 3 décembre 2018, le préfet de la Loire Atlantique l'informait de l'incomplétude de son dossier. Le 11 octobre 2020, M. A a renouvelé sa demande d'échange de permis de conduire en ligne. Par une décision du 11 octobre 2020, le préfet a rejeté sa demande au motif qu'aucun accord de réciprocité ne prévoyait d'échange de titres de conduite entre la France et le Burkina-Faso. Par un courrier du 9 décembre 2020, M. A a formé, par l'intermédiaire de son conseil, un recours hiérarchique à l'encontre de cette même décision. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du 11 octobre 2020.
5. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes :/ A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange () ".
6. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point précédent.
7. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant la mise à jour de la liste des Etats et autorités dont les permis de conduire nationaux sont susceptibles de faire l'objet d'un échange contre un permis de conduire français, en vertu d'accords bilatéraux et de pratiques réciproques d'échange des permis de conduire, ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.
8. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 31 mars 2020, c'est-à-dire après la mise à jour de la liste, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris pour les demandes qui ont été déposées avant le 31 mars 2020.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a demandé l'échange de son permis de conduire burkinabé le 11 octobre 2020. Par une décision du même jour, le préfet de la Loire Atlantique a rejeté sa demande, dès lors qu'à cette date le Burkina Faso ne figurait plus au nombre des pays ayant conclu un accord de réciprocité avec la France concernant l'échange des titres de conduite. Par ailleurs, la circonstance que M. A soit désormais père d'un enfant souffrant d'une pathologie chronique n'est pas de nature à influer sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, c'est sans entacher sa décision d'erreur de fait, ou de droit, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a refusé de procéder à l'échange sollicité par l'intéressé.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision en date du 11 octobre 2020 du préfet de la Loire-Atlantique, les conclusions d'astreinte, celles à fin d'indemnisation ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
Le magistrat désigné,
signé
P. OuardesLa greffière,
signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026