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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103023

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103023

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE SAGALOVITSCH EGLIE RICHTERS & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2021, la SCI Mongidier, représentée par Me Piton, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 février 2021 par laquelle la communauté d'agglomération Grand Paris Sud a refusé de rétablir son entrée charretière, située 3, avenue Ambroise Croizat, à Ris-Orangis, ou, à titre subsidiaire, d'annuler la décision implicite par laquelle l'établissement public Ile-de-France Mobilités a refusé de rétablir ladite entrée ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Grand Paris Sud, ou, à titre subsidiaire, à l'établissement public Ile-de-France Mobilités, de rétablir son entrée charretière dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud, ou, à titre subsidiaire, de l'établissement public Ile-de-France Mobilités, une somme de 3 000 au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération est gestionnaire de la rue Ambroise Croizat ;

- elle a porté atteinte à son droit d'accéder librement à sa propriété ;

- elle ne justifie d'aucun motif tiré des nécessités de la circulation et du stationnement pour refuser le rétablissement de cette entrée ;

- le comportement de la collectivité traduit une animosité particulière à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, l'établissement public Ile-de-France Mobilités, représenté par Me Lubac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Mongidier une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2022, la communauté d'agglomération Grand Paris Sud, représentée par Me Jobelot, conclut, à titre principal, à sa mise hors de cause et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Mongidier une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle n'intervient pas dans l'exécution des travaux d'aménagement de la ligne de tramway, qui relèvent de la seule compétence d'Ile-de-France Mobilités. Elle n'est donc pas compétente pour répondre à la demande de la société requérante qui est, en tout état de cause, irrecevable à agir contre sa décision du 25 février 2021, à défaut d'intérêt à agir. Sa demande est en outre infondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lutz,

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique,

- les observations de Me Blanquinque, représentant l'établissement public Ile-de-France Mobilités, et de Me Laffont, représentant la communauté d'agglomération Grand Paris Sud.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Mongidier est propriétaire d'un immeuble à usage industriel et commercial à Ris-Orangis. Dans le cadre de la réalisation du projet " Tram-Train T12 ", reliant la commune de Massy à celle d'Evry, l'accès à l'entrée charretière de cette société, située 3, avenue Ambroise Croizat a été supprimé. La SCI Mongidier a alors sollicité auprès de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud le rétablissement de cet accès. Par courrier du 25 février 2021, cette collectivité l'a invitée à adresser sa demande à l'établissement public Ile-de-France Mobilités, maître d'ouvrage des travaux de réalisation de la section urbaine du T12. Par la présente requête, la SCI Mongidier demande l'annulation de cette décision et, à titre subsidiaire, de la décision implicite de rejet de sa demande de rétablissement de son entrée charretière par l'établissement public Ile-de-France Mobilités, et à ce qu'il soit enjoint à ces collectivités de rétablir l'accès dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

2. Sauf dispositions législatives contraires, les riverains d'une voie publique ont le droit d'accéder librement à leur propriété et, notamment, d'entrer et de sortir des immeubles à pied ou avec un véhicule. Dans le cas d'une voie communale, l'autorité compétente ne peut refuser d'accorder un tel accès, qui constitue un accessoire du droit de propriété, que pour des motifs tirés de la conservation et de la protection du domaine public ou de la sécurité de la circulation sur la voie publique. Lorsque l'accès à la voie publique avec un véhicule est de nature à mettre en cause la sécurité de la circulation, l'autorité compétente n'est pas tenue de permettre l'accès en modifiant l'emprise de la voie publique. Toutefois, elle ne peut refuser un tel accès sans rechercher si un aménagement léger sur le domaine public, qui serait légalement possible, ne serait pas de nature à permettre de faire droit à la demande dans de bonnes conditions de sécurité.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la réalisation du projet de tramway reliant Massy à Evry prévoit l'aménagement, à Ris-Orangis, d'une plate-forme supportant les voies du tramway du côté des numéros impairs de l'avenue Ambroise Croizat ainsi que le maintien d'une voie de circulation routière, à double sens, du côté des numéros pairs de l'avenue. En raison des travaux de construction des voies du tramway, la parcelle appartenant à la SCI Mongidier est devenue inaccessible aux véhicules à partir de l'entrée située 3, avenue Ambroise Croizat, bien que cette entrée reste accessible aux piétons. Toutefois, il ne ressort pas des pièces versées aux débats que cet accès, encombré notamment par la végétation, était utilisé par les véhicules antérieurement à la réalisation la ligne du tramway. De plus, la SCI Mongidier a conservé un autre accès desservant sa parcelle, situé 8 avenue du Front Populaire, qui peut être utilisé tant par les piétons que par les véhicules. Outre la présence de cette autre entrée, la fermeture aux véhicules de l'accès à la parcelle de la SCI requérante à partir de l'avenue Ambroise Croizat est justifiée tant par la mise en circulation du tramway, dont le projet a été reconnu d'utilité publique par un arrêté du préfet de l'Essonne du 22 août 2013, que par des exigences tenant à la sécurité et à la fluidité de la circulation routière.

4. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un aménagement léger de la voie publique pourrait permettre le rétablissement de l'accès aux véhicules de la parcelle de la société requérante à partir de l'avenue Ambroise Croizat, dès lors qu'un tel rétablissement nécessiterait l'aménagement d'un carrefour comprenant l'installation de plusieurs feux de circulation, similaire à celui mis en place sur la même avenue pour la parcelle voisine, qui, contrairement à la SCI Mongidier, ne dispose d'aucun autre accès sur la voie publique. Ainsi, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus opposé à sa demande méconnaîtrait le droit dont elle dispose, en tant que riverain de la voie publique, d'accéder à sa propriété.

5. Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment, eu égard à l'utilité publique du tramway, aux exigences tenant à la sécurité et à la fluidité de la circulation routière, ainsi qu'à l'existence d'un autre accès des véhicules à la parcelle de la SCI Mongidier, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les conclusions de la communauté d'agglomération tendant à ce qu'elle soit mise hors de cause et sur la fin de non-recevoir, que la requête de la SCI Mongidier doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI Mongidier une somme de 1 000 euros à verser à chacun des défendeurs sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Mongidier est rejetée.

Article 2 : La SCI Mongidier versera tant à la communauté d'agglomération Grand Paris Sud qu'à l'établissement public Île-de-France Mobilité, la somme de 1 000 euros chacun en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Mongidier, à la communauté d'agglomération Grand Paris Sud et à l'établissement public Île-de-France Mobilité.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

signé

F. Lutz Le président,

signé

P. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2103023

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