mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2103168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI SCOTTI-PIQUET AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 avril 2021 et 20 avril 2022, M. et Mme A et C B, représentés par Me Piquet, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Grosrouvre leur a refusé la délivrance d'un permis de construire portant sur la modification d'une habitation existante ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Grosrouvre de réinstruire leur demande et de leur délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Grosrouvre la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article N. 2 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut leur être opposé dès lors que le maire de la commune ne pouvait pas déduire des plans de masse, correspondant au nu extérieur des façades, la surface de plancher créée par l'aménagement ; la surface de plancher créée figurant dans la demande de permis de construire n'est pas frauduleuse ;
- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article N. 13 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut leur être opposé dès lors que d'une part, la haie n'a pas été supprimée mais déplacée, et d'autre part, que les dispositions relatives à la composition des haies ne s'appliquent qu'aux plantations nouvelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2021, la commune de Grosrouvre, représentée par Me Marceau, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, l'arrêté attaqué peut se fonder sur un motif tiré de la fraude à avoir indiqué 29 m2 de surface de plancher créés, une telle sous-évaluation ayant pour objet de régulariser les travaux ayant fait l'objet d'un procès-verbal d'infraction du 16 juillet 2020.
Par une ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 novembre 2022 à 12 heures.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boukheloua, présidente-rapporteure,
- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,
- et les observations orales de Me Piquet, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 mars 2021, dont M. et Mme B demandent l'annulation, le maire de la commune de Grosrouvre a refusé de leur délivrer un permis de construire en vue de la régularisation de travaux effectués sur leur maison d'habitation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de dispositions de l'article N2 du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Grosrouvre : " L'aménagement et l'extension des bâtiments d'habitation existants, avec une possibilité d'extension de 25% de la surface de plancher, limitée à 70 m² supplémentaires à la date d'approbation du présent PLU (cette possibilité d'extension n'étant autorisée qu'une seule fois), dès lors que ces extensions ou annexes ne compromettent pas la qualité paysagère du site, uniquement dans la zone N. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme : " La surface de plancher de la construction est égale à la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades après déduction : / 1° Des surfaces correspondant à l'épaisseur des murs entourant les embrasures des portes et fenêtres donnant sur l'extérieur () ".
3. Il ressort des pièces du dossier, notamment du tableau 4.4 du formulaire de demande de permis de construire de M. et Mme B, tel que modifié par les intéressés le 19 janvier 2021, que leur projet consiste à ajouter à une habitation présentant, avant travaux, une surface de plancher de 116 mètres carrés, 29 mètres carrés de surface de plancher d'habitation supplémentaire. Pour contester cette dernière mention, l'arrêté attaqué retient que le plan de masse et le plan de façade sud-est joints au même dossier de demande, font apparaitre une extension de l'habitation litigieuse présentant une largeur de 6,5 mètres et une longueur de 6,3 mètres, pour en déduire une surface de plancher créée de 40,95 mètres carrés. Une telle évaluation ne repose toutefois pas sur le nu intérieur des façades après déduction des surfaces correspondant à l'épaisseur des murs entourant les embrasures des portes et fenêtres donnant sur l'extérieur, et ce en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme. Du reste, les requérants justifient, par les pièces produites à l'instance, d'une largeur importante des murs de façade de leur habitation. Par suite, c'est à bon droit que les requérants soutiennent que le premier motif de l'arrêté attaqué, tenant à la méconnaissance par le projet litigieux de l'article N2 du plan local d'urbanisme, est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.
4. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article N13 du PLU de la commune de Grosrouvre : " 13.2. Obligation de planter / Les plantations existantes doivent être maintenues ou remplacées par des plantations d'essences équivalentes. () / Les haies seront constituées d'essences locales à caractère champêtre. Le thuya, le laurier sont interdits ainsi que les espèces invasives (bambou, renouées du Japon,) () ".
5. D'une part, il ressort du reportage photographique joint au dossier de demande de permis de construire et du plan de masse de l'état projeté déposé par les requérants le 19 janvier 2021, que le projet consiste en la suppression de la haie de troènes existante qui traverse le jardin de l'habitation des pétitionnaires et à son remplacement par une haie située en bordure de limite séparative. A cet égard, les dispositions du premier alinéa de l'article N13.2. citées au point 4 ne font pas obstacle à ce que le remplacement des plantations existantes puisse s'accompagner d'un déplacement de celles-ci sur l'unité foncière du projet.
6. D'autre part, la lecture combinée des premier et troisième alinéas de l'article N13.2. cités au point 4, conduit à retenir que l'exigence des essences locales à caractère champêtre ne s'imposent pas aux plantations " maintenues ou remplacées ", pour lesquelles il est exigé des " essences équivalentes " à celles des plantations remplacées.
7. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le maire de Grosrouvre a commis une erreur d'appréciation et une erreur de droit en retenant, comme second motif de son arrêté attaqué, que la haie végétale existante n'est pas remplacée et qu'il n'est pas justifié que la haie de remplacement soit constituée d'essences locales à caractère champêtre.
8. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Dans son mémoire en défense communiqué aux requérants, la commune de Grosrouvre fait valoir que l'arrêté attaqué peut être légalement justifié par un autre motif tiré de la fraude commise par les pétitionnaires dans leur demande de permis de construire en ce qui concerne la mention des 29 mètres carrés de surface de plancher créée.
10. Toutefois, la caractérisation d'une fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Or, compte tenu de ce qui est dit aux points 2 et 3, la commune, qui se borne à reprendre son argumentation relative aux modalités de calcul de la surface de plancher, n'établit aucune circonstance de nature à caractériser une fraude. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée par la commune en défense.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucun des motifs du refus de permis de construire n'est fondé. Par suite, M. et Mme B sont fondés à soutenir que l'arrêté du 3 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Grosrouvre a refusé de leur délivrer un permis de construire est illégal et à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
13. Le présent jugement accueille les conclusions à fin d'annulation après censure de l'ensemble des motifs énoncés dans la décision attaquée et après avoir écarté la demande de substitution de motif invoquée en cours d'instance par la commune. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent d'accueillir les conclusions à fin d'injonction de délivrer le permis de construire sollicité présentées par les requérants pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ni qu'un changement des circonstances de fait y fasse obstacle. Par suite, le présent jugement implique nécessairement la délivrance de l'autorisation d'urbanisme sollicitée. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Grosrouvre de délivrer à M. et Mme B le permis de construire qu'ils ont sollicité dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Grosrouvre la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font également obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Grosrouvre leur demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° PC 78289 20 Y 0010 du 3 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Grosrouvre a refusé de délivrer un permis de construire à M. et Mme B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Grosrouvre de délivrer à M. et Mme B le permis de construire sollicité dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Grosrouvre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme C B et à la commune de Grosrouvre.
Délibéré après l'audience du 15 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente-rapporteur,
Mme Benoit, première conseillère,
M. Maljevic, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
N. Boukheloua
L'assesseure la plus ancienne,
signé
C. Benoit
La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026