jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2103222 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 avril et 7 mai 2021 et 5 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de le rétablir au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis sa demande de rétablissement, dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'État la même somme à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'a pas été précédée d'un entretien sur sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations préalablement à la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a pris la fuite ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du 3 décembre 2021, le bureau de l'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande de M. A au titre de l'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- et les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1991, est entré en France en 2017 aux fins de solliciter la reconnaissance de la qualité de réfugié. Il s'est vu délivrer le 3 octobre 2017 une attestation de demande d'asile " procédure Dublin ", et a accepté l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil qui lui a été proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). M. A ne s'étant pas présenté à deux convocations des services de la préfecture, l'OFII l'a informé, par courrier du 19 décembre 2017, de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Par une décision du 10 janvier 2018, l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A. Par un arrêté du 9 février 2018, le préfet de l'Essonne a ordonné son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le délai de transfert ayant expiré sans que l'arrêté ait pu être exécuté, M. A s'est vu remettre, le 26 novembre 2020 une attestation de demande d'asile en procédure normale. Il a sollicité le 20 décembre 2020 le rétablissement des conditions matérielles dont il bénéficiait. M. A demande l'annulation de la décision par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a implicitement rejeté cette demande.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 3 décembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. A. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
4. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 30 mars 2021, le directeur de l'OFII a explicitement refusé de faire droit à la demande de M. A tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de l'OFII a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 30 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu la décision attaquée vise le premier paragraphe de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, les articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le paragraphe 18 de la décision n° 428530 du 31 juillet 2019 du Conseil d'État, statuant au contentieux. Elle indique, d'une part, que les explications fournies par M. A à l'appui de sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dont le bénéfice a été suspendu par une décision du 10 janvier 2018 en raison de son manquement à l'obligation de se présenter aux autorités, ne justifient pas le non-respect des obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale de ces conditions et, d'autre part, que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obligation à l'OFII de procéder, à la suite d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil, elles n'imposent pas la tenue d'un nouvel entretien préalablement à la décision portant suspension du bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil ou à la décision statuant sur une demande de rétablissement de ce bénéfice. Dès lors, M. A, qui a bénéficié d'un tel entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 3 octobre 2017, ne saurait utilement soutenir avoir été privé d'un nouvel entretien avant l'intervention de la décision lui refusant le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été précédemment consenties. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a procédé, le 13 janvier 2021, à une nouvelle évaluation de la vulnérabilité de l'intéressé.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article D. 744-38 de ce code, dans sa version alors en vigueur : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / Lorsque le bénéfice de l'allocation a été suspendu, l'allocataire peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / La reprise du versement intervient à compter de la date de la décision de réouverture. ".
8. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'aile, que l'obligation de mise en mesure de présenter des observations écrites avant toute décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ne s'applique pas aux décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. A, qui, en tout état de cause, a pu fait valoir ses observations à la suite du courrier du 19 décembre 2017, ne saurait utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 744-8 et D. 774-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
9. En dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 7 que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui ne s'est pas présenté à plusieurs convocations, a été déclaré en fuite par le préfet de l'Essonne le 16 novembre 2017. Il ne fait valoir aucune justification pour ne pas avoir respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil. En outre, le requérant, qui ne verse aucune pièce relative à sa situation personnelle, ne justifie pas d'une situation particulière de vulnérabilité à la date de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
M. Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure,
signé
V. B
La présidente,
signé
C. GrenierLa greffière,
signé
A. Esteves
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026