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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103243

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103243

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOUSSOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2021, Mme B A, représentée par Me Boussoum, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 1er mars 2021 du maire de la commune de Fontenay-Lès-Briis l'excluant temporairement de ses fonctions pendant une durée d'une année assortie d'un sursis de six mois, la décision du 4 mars 2021 résiliant son contrat de location ainsi que la décision du 26 mars 2021 rejetant son recours gracieux formé le 20 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Fontenay-Lès-Briis de la réintégrer dans son logement dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fontenay-Lès-Briis la somme de 2 300 euros à verser au syndicat CFDT Interco Essonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure, le conseil de discipline ayant fait preuve de partialité et n'ayant pas pris en compte les témoignages en sa faveur ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la commune n'ayant pas recueilli les témoignages de manière loyale ;

- elle est entachée d'une inexacte appréciation des faits ; certains témoignages sont par ailleurs partiaux ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation : la sanction est disproportionnée au regard de la gravité des faits reprochés ;

- elle a été doublement sanctionnée par la décision résiliant son bail de location, en méconnaissance du principe non bis in idem ;

- la décision portant résiliation de son bail méconnaît les articles 2, 4 et 10 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 ; à titre subsidiaire, elle prévoit un préavis en contradiction avec l'article 15 de la même loi.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2021, la commune de Fontenay-Les-Briis, représentée par Me Blard, conclut au non-lieu partiel à statuer s'agissant des conclusions en annulation dirigées contre la décision du 4 mars 2021 lui demandant de quitter son logement à compter du 1er juin 2021, au rejet du surplus de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune a accordé un délai supplémentaire à la requérante pour quitter le logement qu'elle occupe dans le cadre d'un bail précaire, par décision du 19 avril 2021 : il y a donc lieu de prononcer un non-lieu partiel à statuer sur les conclusions en annulation dirigées contre la décision du 4 mars 2021 ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une intervention enregistrée le 30 août 2021, le syndicat CFDT Interco Essonne, représenté par Me Boussoum, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de Mme A et à ce que soit mise à la charge de la commune défenderesse la somme de 2 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ayant pris en charge les honoraires et les frais de ce contentieux.

Il se réfère aux moyens exposés dans la requête de Mme A.

Par ordonnance du 30 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2022.

Vu l'ordonnance n°2103621 du 3 mai 2021 du tribunal administratif de Versailles.

Vu l'ordonnance n°2103260 du 7 mai 2021 du tribunal administratif de Versailles.

Vu la décision n°452892 du Conseil d'Etat du 14 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lejars-Riccardi, substituant Me Boussoum.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, adjointe territoriale d'animation titulaire, exerce les fonctions d'agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM) au sein de l'école maternelle et élémentaire Georges Dortet de la commune de Fontenay-lès-Briis. A l'issue d'une enquête administrative et de l'avis rendu par le conseil de discipline, le maire de la commune de Fontenay-Lès-Briis lui a infligé une exclusion temporaire de ses fonctions d'une durée d'un an assortie d'un sursis de six mois par un arrêté en date du 1er mars 2021, avec effet à compter du 12 mars 2021.

2. La requérante avait parallèlement bénéficié d'une convention conclue le 6 mars 2019 avec la commune de Fontenay-les-Briis pour l'occupation d'un logement de la commune. Par courrier du 4 mars 2021, le maire de la commune l'a informée de la résiliation de cette convention, avec effet au 1er juin 2021. Le 20 mars 2021, elle a contesté cette décision par un recours gracieux, rejeté par courrier du maire de la commune du 26 mars 2021.

3. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2021 portant sanction disciplinaire ainsi que l'annulation des décisions des 4 et 26 mars 2021 relatives à la résiliation de la convention d'occupation du logement.

Sur l'intervention volontaire du syndicat CFDT Interco Essonne :

4. Le syndicat CFDT Interco Essonne justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par Mme A est recevable.

Sur l'étendue du litige :

5. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 26 avril 2021, le greffe du tribunal administratif de Versailles a demandé à la requérante de régulariser sa requête introductive d'instance, au motif que celle-ci était dirigée contre deux décisions distinctes ne présentant pas un lien suffisant entre elles. Le greffe du tribunal lui a ainsi précisé que la présente requête serait considérée comme dirigée uniquement contre l'arrêté du 1er mars 2021 portant exclusion temporaire de ses fonctions. La requérante a dès lors introduit une deuxième requête n°2103620 par laquelle elle demande l'annulation des décisions du 4 mars 2021 et du 26 mars 2021. Par suite, il n'y a lieu de statuer, dans ce jugement, que sur l'arrêté du 1er mars 2021 lui infligeant une sanction disciplinaire et les conclusions et moyens afférents.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, il ne ressort pas du procès-verbal de la réunion du conseil de discipline, qui s'est tenue le 4 février 2021, que celui aurait manqué à son obligation d'impartialité en privilégiant les témoignages produits par la commune et non ceux de la requérante. A cet égard, il ressort de ces mentions que tant les témoins cités par la commune que ceux cités par la requérante ont été entendus tandis qu'aucune autre mention ne fait apparaître un quelconque manquement au principe d'impartialité. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure entachant l'arrêté attaqué manque en fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors applicable : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". De plus, aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans sa version alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () Troisième groupe : la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; () ".

8. En l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. Toutefois, tout employeur public est tenu, vis-à-vis de ses agents, à une obligation de loyauté. Il ne saurait, par suite, fonder une sanction disciplinaire à l'encontre de l'un de ses agents sur des pièces ou documents qu'il a obtenus en méconnaissance de cette obligation, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Il appartient au juge administratif, saisi d'une sanction disciplinaire prononcée à l'encontre d'un agent public, d'en apprécier la légalité au regard des seuls pièces ou documents que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire pouvait ainsi retenir.

9. Si la requérante soutient que la commune n'a pas respecté son obligation de loyauté dans le recueil des témoignages, en ce qu'ils ont été d'emblée orientés et émanent d'agents qui n'avaient pas d'autre choix, en raison de leur statut d'agent contractuel, que de témoigner dans le sens imparti par la commune, elle ne l'établit par aucune pièce, alors même qu'il résulte de ce qui précède que la commune peut apporter la preuve des faits reprochés par tout moyen. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En troisième lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

11. Il n'est pas contesté qu'à la suite d'un signalement, début décembre 2020, d'un des agents exerçant au sein de l'école sur sa souffrance au travail, la commune a immédiatement diligenté une enquête administrative, le 4 décembre 2020, au cours de laquelle elle a recueilli des témoignages mettant en cause la requérante et deux autres de ses collègues. Il est également constant qu'à l'issue de cette enquête administrative, le 18 décembre 2020, la commune a engagé une procédure disciplinaire à l'encontre de la requérante et des deux autres collègues mises en cause, agents techniques, en saisissant le conseil de discipline. Il ressort ainsi de l'arrêté la sanctionnant à la suite de l'avis rendu par le conseil de discipline que lui ont été reprochés des actes de désobéissance, une agressivité avec les enfants et des relations dégradées avec certaines de ses collègues entraînant pour celles-ci une grave souffrance au travail, depuis plusieurs mois.

12. Si la requérante conteste l'ensemble de la matérialité des faits reprochés, il ressort des témoignages précis et concordants réunis par la commune que la requérante est en grande partie à l'origine, avec deux autres de ses collègues de travail, de l'ambiance délétère régnant au sein de l'école et plus particulièrement de la souffrance au travail de quatre agents exerçant leurs fonctions au sein de l'école, dont l'une atteinte d'un léger handicap, soit comme agents d'entretien polyvalent, soit comme ATSEM. Le témoignage de trois d'entre elles est corroboré par celui d'une autre ATSEM, témoin de ces agissements tandis que d'autres témoins relatent des évènements précis au cours desquels ils ont observé ou eux-mêmes subi mais dans une moindre mesure, le comportement colérique et cyclothymique de la requérante et des deux autres collègues sanctionnées, voire même ses commérages et calomnies, y compris vis-à-vis de ses supérieurs hiérarchiques.

13. Si la requérante produit néanmoins un certain nombre d'attestations en sa faveur d'animateurs, d'ATSEM, de professeurs des écoles, de l'ancienne directrice d'école voire même d'un parent d'élève, ces témoignages, qui démontrent pour certains de ses bonnes relations avec d'autres membres de l'équipe notamment lors de périodes antérieures aux faits reprochés, pour d'autres de ses qualités professionnelles, ne sont pas de nature à remettre en cause les autres témoignages produits en sa défaveur. Si la requérante soutient par ailleurs que les témoignages de la responsable du service scolaire, de la directrice générale des services et du brigadier-chef principal de la police municipale sont nécessairement partiaux car émanant de personnes qui ont elles-mêmes conduit les auditions des agents ou ont un lien de parenté avec elles, cette circonstance est sans incidence sur la matérialité des faits relatés, établis au demeurant par les autres pièces du dossier. Dans ces conditions, ces faits doivent être considérés comme matériellement établis.

14. En revanche, si la sanction disciplinaire fait également état de désobéissance hiérarchique et de ton inapproprié utilisé avec les enfants, comme relatés par certains témoignages, la commune, sur laquelle repose la charge de la preuve, n'établit pas d'acte de désobéissance caractérisé ni de propos ou de comportement inapproprié à leur égard, comme l'a relevé le conseil de discipline dans son avis. Ces faits ne peuvent donc être considérés comme matériellement établis.

15. Si la requérante fait valoir le caractère disproportionné de la sanction eu égard à ses qualités professionnelles avérées dans un contexte de tensions en partie imputable à son employeur, elle n'apporte aucun élément circonstancié au débat sur ce point, alors même qu'il ressort des pièces du dossier que la commune a tenté, dès juin 2020, de trouver des solutions en organisant une réunion de recadrage à destination de l'ensemble des agents puis des entretiens individuels avec chacun, cette situation ayant des répercussions sur les usagers de l'école ainsi que sur l'ensemble des agents y exerçant leurs fonctions. Au contraire, il ressort des pièces du dossier que ces tensions se sont exacerbées à l'automne 2020 en raison du versement du complément indemnitaire annuel à seulement certains agents, comme la requérante le fait valoir elle-même dans ses écritures, en indiquant qu'elle a subi une perte salariale de 93 euros par mois. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la commune, qui avait initialement proposé une exclusion temporaire de ses fonctions d'une durée de deux ans, a repris à son compte le niveau de sanction proposé par le conseil de discipline qui a pris en compte ses états de service et l'absence de sanction antérieurement prononcée. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requérante dirigées contre l'arrêté litigieux doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Fontenay-lès-Briis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande, en tout état de cause, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

18. De plus, le syndicat CFDT Interco Essonne, qui n'est pas une partie à l'instance, ne peut utilement présenter des conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

19. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Fontenay-lès-Briis et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du syndicat CFDT Interco Essonne est admise.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Mme A versera à la commune de Fontenay-lès-Briis la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du syndicat CFDT Interco Essonne sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Fontenay-lès-Briis.

Copie en sera adressée au syndicat CFDT Interco Essonne.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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