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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103272

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103272

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL DIDIER LECOMTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2021, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-26-03-B du maire de la commune de Limay en tant qu'il a interdit le stationnement devant le 68, rue Pierre Curie ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Limay de procéder au retrait des poteaux installés devant le 68, rue Pierre Curie ;

3°) de condamner la commune de Limay à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de ses préjudices.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- il n'a pas été informé de l'édiction de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué repose sur des déclarations mensongères dès lors qu'il n'existe pas de difficulté concernant le passage des véhicules de ses voisins ;

- il entraine une rupture d'égalité des usagers du domaine public et créé une situation discriminatoire à son égard ;

- l'illégalité de l'arrêté attaqué est de nature à engager la responsabilité de la commune de Limay ; il a subi un préjudice moral évalué à 1 500 euros.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 28 juillet 2021, 28 juillet 2022 et 31 janvier 2023, la commune de Limay, représentée par Me Lecomte, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'ensemble des conclusions de la requête est irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 19 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Funke, déclare reprendre l'instance engagée par M. C B décédé le 22 août 2022 et demande, en outre, à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de la commune de Limay au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;

- l'arrêté attaqué créé une situation discriminatoire à son égard ;

- il n'est justifié par aucun motif légitime.

Par une ordonnance du 20 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 février 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maljevic, conseiller,

- et les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° 2021-26-03-B, le maire de la commune de Limay a, d'une part, interdit le stationnement devant le 68 rue Pierre Curie et, d'autre part, limité la vitesse autorisée sur cette rue à 30 km/h. Par la présente requête, M. B sollicite du tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il interdit le stationnement devant sa propriété.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, en dépit du fait que l'arrêté en litige interdit le stationnement devant le 68 rue Pierre Curie, il constitue un acte réglementaire. Dès lors, il n'est pas au nombre des actes qui doivent faire l'objet d'une procédure contradictoire préalable avant son édiction. Le maire de Limay n'était pas davantage tenu de notifier cet arrêté à M. B et aucune dispositions législative ou réglementaire ne lui imposait de l'en informer préalablement à son édiction.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de la route : " Les règles relatives aux pouvoirs de police de la circulation routière dévolus au maire dans la commune () sont fixées par les articles L 2213-1 à L 2213-6 du code général des collectivités territoriales ". Aux termes de l'article R. 417-10 du même code : " I. - Tout véhicule à l'arrêt ou en stationnement doit être placé de manière à gêner le moins possible la circulation. / II. - Est considéré comme gênant la circulation publique l'arrêt ou le stationnement d'un véhicule : / 1° Sur les trottoirs, les passages ou accotements réservés à la circulation des piétons () ; / 4° A proximité des signaux lumineux de circulation ou des panneaux de signalisation, à des emplacements tels que ceux-ci peuvent être masqués à la vue des usagers ; / 5° Sur les emplacements où le véhicule empêche soit l'accès à un autre véhicule à l'arrêt ou en stationnement, soit le dégagement de ce dernier () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ". Aux termes de l'article L. 2213-1 du même code : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et les voies de communication à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation () ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment () / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ". Aux termes de l'article L. 2213-2 de ce dernier code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : / 1° interdire à certaines heures l'accès de certaines voies de l'agglomération ou de certaines portions de voies ou réserver cet accès, à certaines heures, à diverses catégories d'usagers ou de véhicules ; / 2° Règlementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains ".

5. Il résulte de ces dispositions que les maires sont chargés de la police de la circulation sur l'ensemble des voies ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations et qu'à ce titre, ils peuvent prendre des mesures réglementant la circulation générale sur le territoire de leur commune en vue d'assurer la tranquillité des habitants et de garantir la sécurité publique des usagers et riverains de cette route.

6. Par l'arrêté n° 2021-26-03-B attaqué, le maire de la commune de Limay a interdit le stationnement des véhicules sur le trottoir situé devant la propriété des requérants, au 68, rue Pierre Curie. Le maire a également fait installer, à cet emplacement, deux poteaux destinés à empêcher le stationnement gênant des véhicules.

7. Il ressort des pièces du dossier que ces mesures, prises par le maire de Limay, sont motivées par les difficultés rencontrés par les voisins du requérant, situés en face de cet emplacement, au 41, rue Pierre Curie, pour accéder et sortir de leur propriété avec leur véhicule. A cet égard, il ressort des différentes photographies et échanges versés au dossier qu'en présence d'un véhicule stationné sur le trottoir du 68, rue Pierre Curie, les manœuvres de sortie et d'entrée des véhicules des voisins en question sont rendues difficiles compte tenu du caractère étroit de cette rue. Ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué repose sur des considérations justifiées tendant à assurer la tranquillité des habitants et garantir la sécurité des usagers et riverains de cette rue.

8. Si le requérant soutient que cet arrêté crée une rupture d'égalité avec les autres propriétaires des résidences implantées du côté paire de la rue Pierre Curie, lesquels n'ont pas fait l'objet d'une telle mesure, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que ces derniers se trouveraient dans des configurations comparables à la sienne et que le stationnement de leurs véhicules, en face de leur propriété, aurait pour effet de créer des difficultés d'accès similaires au présent litige. Enfin, et compte tenu de l'objectif poursuivi par l'arrêté en litige et rappelé au point précédent, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que son adoption traduirait une volonté discriminatoire à l'encontre de l'intéressé, lequel dispose, au demeurant, de la possibilité de garer son véhicule sur son propre terrain.

9. Il résulte de toute ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté n° 2021-26-03-B pris du maire de la commune de Limay, en tant qu'il a interdit le stationnement devant le 68, rue Pierre Curie.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Aucune illégalité de la commune de Limay susceptible d'ouvrir un droit à indemnité au profit de M. B n'étant démontrée, les conclusions indemnitaires qu'il présente, au demeurant irrecevables faute de liaison du contentieux, doivent également être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Limay, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B, le versement à la commune de Limay d'une somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera la somme de 500 euros à la commune de Limay au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Limay.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Benoit, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

S. Maljevic

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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