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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103294

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103294

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP ALEXANDRE-LEVY-KAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21, 30 avril et 31 mai 2021, la société Iso France Fenêtres Industrie, représentée par Me Alexandre, demande au tribunal :

1°) de sursoir à statuer dans l'attente de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles ;

2°) d'annuler le titre de recette n° H0008719 émis et rendu exécutoire le 18 décembre 2020 par le centre hospitalier de Plaisir à l'effet de recouvrer la somme de 300 969,90 euros ;

3°) de laisser les dépens et frais de procédure à la charge du centre hospitalier de Plaisir.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le litige relève de la compétence du juge administratif :

- le titre de recette contesté doit être annulé, dès lors que la créance du centre hospitalier de Plaisir n'est pas fondée, que le décompte notifié par le centre hospitalier n'est pas définitif, et qu'elle a interjeté appel du jugement sur lequel se fonde le titre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 mai 2021 et 28 avril 2023, le centre hospitalier de Plaisir, représenté par Me Cabanes, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Iso France Fenêtres Industrie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête ne relève pas de la compétence du juge administratif ;

- la requête est irrecevable, dès lors que le titre de recette attaqué a été émis pour l'exécution d'un jugement du tribunal administratif, exécutoire de plein droit, et que le tribunal n'a pas vocation à se prononcer sur le bien-fondé de son propre jugement, d'autant que la juridiction d'appel est saisie ;

- l'appel n'a pas d'effet suspensif et la cour administrative d'appel n'a pas prononcé de sursis à exécution ;

- par un arrêt du 15 décembre 2022, la cour administrative d'appel de Versailles a rejeté l'appel formé par la société requérante à l'encontre du jugement du tribunal et a confirmé le montant du décompte à la somme de 300 969,90 euros toutes taxes comprises (TTC).

Le directeur départemental des finances publiques des Yvelines a présenté des observations, enregistrées le 28 avril 2021.

Par une ordonnance du 2 mai 2023, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 21 juin 2021, a été reportée au 16 mai 2023.

Vu :

- le jugement n° 1402043 du 13 juin 2019 du tribunal administratif de Versailles ;

- l'arrêt n° 19VE02363 du 15 décembre 2022 de la cour administrative d'appel de Versailles ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Bernard, pour le centre hospitalier de Plaisir.

Considérant ce qui suit :

1. Par un marché notifié le 26 novembre 2004, le centre hospitalier Jean-Martin Charcot, aux droits duquel vient le centre hospitalier de Plaisir, a confié à la SAS Menuiseries plastiques Puiseautine, aux droits de laquelle vient la société Iso France Fenêtres Industrie le lot n° 3 " Menuiseries extérieures - Façades " des travaux de construction d'un ensemble immobilier hospitalier situé à Plaisir (Yvelines). Le marché de la société Iso France Fenêtres Industrie a été résilié en mars 2012. Le 8 janvier 2013, elle a transmis au maître de l'ouvrage son projet de décompte final faisant apparaître un solde créditeur de 59 976,21 euros toutes taxes comprises (TTC) en sa faveur. Le 18 juin 2013, le centre hospitalier de Plaisir lui a notifié le décompte général du marché, faisant apparaître un solde débiteur pour l'entreprise de 327 263,14 euros TTC. Par des mémoires en réclamation des 22 juillet 2013 et 28 janvier 2014, la société Iso France Fenêtres Industrie a contesté ce décompte. Ces mémoires ont été rejetés par le maître d'ouvrage, qui lui a notifié, le 5 mars 2014, un nouveau décompte général ramenant le solde débiteur de l'entreprise à 300 969,90 euros TTC. Par un jugement du 13 juin 2019, le tribunal administratif de Versailles a rejeté la demande de la société Iso France Fenêtres Industrie tendant à la condamnation du centre hospitalier de Plaisir à lui verser la somme la somme de 59 976,21 euros TTC au titre du solde de son marché. Le 18 décembre 2020, le centre hospitalier de Plaisir a émis à l'encontre de la société Iso France Fenêtres Industrie un titre de recettes n° H0008719 à l'effet de recouvrer la somme de 300 969,90 euros correspondant au solde débiteur du lot n° 3 tel que confirmé par le jugement du 13 juin 2019. La société Iso France Fenêtres Industrie demande l'annulation de ce titre de perception.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception d'incompétence soulevée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. La revendication par une tierce personne d'objets saisis s'effectue selon les modalités prévues à l'article L. 283 du même livre () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. ". Selon l'article L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire : " Le juge de l'exécution connaît, de manière exclusive, des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations qui s'élèvent à l'occasion de l'exécution forcée, même si elles portent sur le fond du droit à moins qu'elles n'échappent à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire. ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions mêmes de l'avis des sommes à payer produit par la société Iso France Fenêtres Industrie, que le titre de recette en litige a été émis par le centre hospitalier de Plaisir le 18 décembre 2020, en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, en vue d'assurer le règlement du solde du marché attribué à la société requérante par le centre hospitalier. La société Iso France Fenêtres Industrie conteste le bien-fondé du titre exécutoire et non d'un acte de poursuite. Une telle contestation relève de la compétence du juge administratif dès lors qu'elle a trait à une dette mise à la charge de la société requérante au titre du règlement financier d'un marché public de travaux. Par suite, l'exception d'incompétence soulevée par le centre hospitalier de Plaisir doit être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé du titre exécutoire :

4. Il appartient au juge, saisi d'une demande dirigée contre un titre exécutoire, de vérifier qu'à la date à laquelle il statue, la créance a un caractère exigible, certain et liquide. Par ailleurs, la décision d'une juridiction qui a statué en dernier ressort présente, même si elle peut faire l'objet ou est effectivement l'objet d'un pourvoi en cassation, le caractère d'une décision passée en force de chose jugée.

5. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier a mis en recouvrement, le 18 décembre 2020, le solde débiteur du marché, tel qu'il a été établi par ses soins le 5 mars 2014, et qui a été implicitement mais nécessairement confirmé par le jugement du 13 juin 2019 du tribunal administratif de Versailles qui a rejeté la requête de la société Iso France Fenêtres Industrie contestant ce décompte. Si la société Iso France Fenêtres Industrie, qui a interjeté appel de ce jugement le 28 juin 2019, se prévaut du caractère non définitif du décompte général du marché, dès lors que l'instance était pendante devant la cour administrative d'appel à la date d'émission du titre litigieux, il résulte également de l'instruction que la cour administrative d'appel de Versailles a, par un arrêt du 15 décembre 2022, rejeté les conclusions de la société requérante tendant à la condamnation du centre hospitalier de Plaisir à lui verser la somme de 59 976,21 euros au titre du solde de son marché. La société Iso France Fenêtres Industrie n'est donc pas fondée à contester le bien-fondé de la créance du centre hospitalier de Plaisir. Par ailleurs, l'arrêt de la cour administrative d'appel ayant force de chose jugée, la créance du centre hospitalier de Plaisir présente désormais un caractère certain, liquide et exigible. Par suite, le moyen tiré de l'absence de caractère définitif du décompte doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de sursoir à statuer ni qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions de la société Iso France Fenêtres Industrie tendant à l'annulation du titre de recettes n° H0008719 du 18 décembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Plaisir, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que demande la société Iso France Fenêtres Industrie. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la société Iso France Fenêtres Industrie une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Plaisir et non compris dans les dépens en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Iso France Fenêtres Industrie est rejetée.

Article 2 : La société Iso France Fenêtres Industrie versera au centre hospitalier de Plaisir la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Iso France Fenêtres Industrie, au centre hospitalier de Plaisir et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

C. Grenier

La greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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