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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103358

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103358

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103358
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 avril 2021, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal la requête présentée pour M. A C B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 1er mars 2021 et un mémoire, enregistré le 26 décembre 2022, M. A C B, représenté par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née le 18 janvier 2021 du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur sa demande de titre de séjour déposée le 18 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de l'Essonne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, le préfet de l'Essonne conclut à ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête.

Il soutient que la demande de titre de séjour de M. B, qui s'est vu délivrer le 23 avril 2021 un récépissé de demande de carte de séjour valable du 23 avril au 22 juillet 2021, est toujours en cours d'instruction.

Par une ordonnance du 27 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Connin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant tunisien né le 31 octobre 1991, déclare être entré en France le 23 novembre 2013 muni d'un visa de court séjour. Il a sollicité le 18 septembre 2020 auprès de la préfecture de l'Essonne son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris par l'article L. 435-1 du même code. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet qui serait née le 18 janvier 2021 du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur sa demande de titre de séjour.

Sur l'exception à fin de non-lieu opposée par le préfet de l'Essonne :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, applicable au présent litige, désormais repris par le premier alinéa de l'article R. 431-12 du même code : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce récépissé est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 311-10, de l'instruction de la demande. "

3. Aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, applicable au présent litige, désormais repris par l'article R. 432-1 de ce code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". L'article R. 311-12-1 du même code, alors en vigueur, applicable au présent litige, désormais repris par le premier alinéa de l'article R. 432-2 de ce code, précise que : " La décision implicite mentionnée à l'article R.* 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour est une obligation légale qui ne saurait avoir pour effet de faire obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet de cette demande. Ainsi, la circonstance que le préfet de l'Essonne a délivré à M. B le 23 avril 2021 un récépissé de demande de carte de séjour valable du 23 avril au 22 juillet 2021 n'a pas fait obstacle à la naissance, le 18 janvier 2021, d'une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé le 18 septembre 2020. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date du présent jugement, le préfet de l'Essonne ait statué de manière explicite sur la demande de M. B. La requête de ce dernier n'est, dès lors, pas dépourvue d'objet ni devenue sans objet. Il suit de là que l'exception à fin de non-lieu soulevée par le préfet de l'Essonne doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". L'article L. 232-4 du même code précise que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé communication des motifs de la décision implicite de rejet du 18 janvier 2021 par un courrier du 21 janvier 2021, reçu le 25 janvier 2021 par le préfet de l'Essonne. Il n'est pas contesté en défense que les motifs de cette décision n'ont pas été communiqués à l'intéressé. Dès lors, en s'abstenant de préciser les éléments de droit et de fait qui fondent sa décision, le préfet n'a pas satisfait aux exigences des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la demande de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du 18 janvier 2021 du préfet de l'Essonne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience publique du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Audrey Milon, première conseillère,

M. Nicolas Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le rapporteur,

signé

N. CONNIN

La présidente,

signé

C. GRENIER

La greffière,

signé

A. ESTEVES

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

11

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