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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103503

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103503

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103503
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL LAZARE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 avril, 6 mai, 16 juillet et 25 septembre 2021, Mme D C, représentée par Me Guillaume Ghaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le maire de Versailles a accordé à la SAS Hôtel de France un permis de construire à l'adresse du 3/5 rue Colbert sur le territoire de la commune, ensemble la décision du 25 février 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Versailles et de la SAS Hôtel de France une somme de 1 500 euros chacune en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ; elle dispose d'un intérêt à agir suffisant ;

- le service instructeur n'a pas pu exercer complètement son contrôle sur le dossier ;

- le signataire n'était pas compétent pour accorder le permis de construire délivré au bénéfice de dérogations au titre du code de la construction et de l'habitation ;

- le permis de construire a un caractère conditionnel, en raison des nombreuses prescriptions qu'il comprend ;

- la production de pièces complémentaires aurait dû donner lieu à de nouveaux avis ;

- le dossier ne comprend pas de plan de masse coté dans les trois dimensions, en méconnaissance de l'article R. 431-9du code de l'urbanisme ;

- le dossier donne une image déformée de la réalité du projet ;

- le permis ne respecte pas les besoins en matière de stationnement, en méconnaissance de l'article SC12 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) de Versailles ;

- le projet aggrave la non-conformité des constructions existantes ; il méconnait les articles SC6 et SC7 du règlement du PSMV de Versailles ;

- l'arrêté portant permis de démolir est entaché d'illégalité ; l'article SC11 du règlement du PSMV de Versailles est méconnu ;

- les dérogations sollicitées sont irrégulières ; la dérogation accordée au titre de l'article R. 123-13 du code de la construction et de l'habitation n'est justifiée par aucune contrainte fonctionnelle ; aucune dérogation intégrale ne pouvait être accordée ; aucune dérogation ne pouvait être accordée au titre de l'article SC11 du règlement du PSMV de Versailles ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en raison du risque lié au rejet des eaux non traitées et non domestiques attachés au projet ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- le projet ne respecte pas l'article 9 des dispositions générales du PSMV de Versailles ; le pavage est transformé ; le monument historique du pavillon Villacerf est éventré ; les excavations représentent une surface très importante ;

- l'abattage des arbres méconnaît l'article 9 des dispositions générales du PSMV et l'article SC13 du règlement de ce même document.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 juillet et 12 novembre 2021, la SAS Hôtel de France, représentée par Me Sabine du Granrut, conclut au rejet de la requête, ainsi qu'à la mise à la charge de Mme C de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, la commune de Versailles, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de Mme C de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.

Par un courrier du 22 novembre 2022, le tribunal a informé les parties de ce que, dans l'hypothèse où il retiendrait comme fondés les moyens tirés de la méconnaissance des articles SA 11 (en raison du percement de trois baies sur la façade du bâtiment Villacerf) et SC 13 (en raison de l'abattage d'arbres) du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de Versailles, il serait susceptible de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de justice administrative.

Des observations présentées pour la commune de Versailles, ont été enregistrées le 7 décembre 2022.

Des observations présentées pour la SAS Hôtel de France, ont été enregistrées le 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public,

- et les observations de Me Ghaye, représentant Mme C, de Me Phelip, représentant la commune de Versailles, et de Me Achour, représentant la SAS Hôtel de France.

Une note en délibérée, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 7 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 3 décembre 2020, le maire de Versailles a délivré à la SAS Hôtel de France un permis de construire visant à la réhabilitation et la démolition partielle des deux bâtiments édifiés au 3/5 rue Colbert et qui abritent l'Hôtel de France. Mme C, voisine immédiate du projet, demande l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision du 25 février 2021 qui a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :

2. D'une part, par un arrêté n°A2020.687 du 8 juin 2020, qui a fait l'objet d'une transmission à la préfecture le jour-même, d'un affichage à l'hôtel de ville, et d'une publication au recueil des actes administratifs de la ville, Mme A B, 3ème adjointe, déléguée à l'urbanisme, a reçu délégation de signature, pour notamment " tous courriers, documents, contrats, arrêtés, avis relatifs à l'urbanisme, aux grands projets, au patrimoine architecturale, au commerce et à la politique foncière y compris les décisions relatives aux () permis de construire () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative, qui vérifie leur conformité aux règles d'accessibilité prévues à l'article L. 161-1 et, lorsque l'effectif du public et la nature de l'établissement le justifient, leur conformité aux règles de sécurité contre l'incendie prévues aux articles L. 141-2 et L. 143-2. () / Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa délivrance a fait l'objet d'un accord de la même autorité administrative () ". Aux termes de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. Le permis de construire mentionne ces prescriptions () ".

4. Enfin, aux termes de l'article R. 111-19-10 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut accorder des dérogations aux règles d'accessibilité prévues par les dispositions de la présente sous-section () ".

5. Il résulte des dispositions mentionnées au point 3 que Mme B était compétente, en vertu de l'arrêté de délégation de signature cité au point 2, pour signer l'arrêté de permis de construire tenant lieu de l'autorisation exigée par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation pour les établissements recevant du public.

6. Si Mme C entend également soutenir que Mme B n'était pas compétente pour adopter les dérogations mentionnées par les dispositions de l'article R. 111-19-10 du code de la construction et de l'habitation, il ressort des pièces du dossier que les dérogations accordées en l'espèce en application de ces dispositions, l'ont été par un arrêté préfectoral du 7 juillet 2020 et non par l'arrêté attaqué. Le moyen est donc inopérant sur ce point.

En ce qui concerne le moyen tiré des irrégularités dans l'instruction de la demande de permis de construire :

7. En premier lieu, il est constant que le dossier de demande de permis de construire a été complété, le 7 juillet 2020, en réponse à un courrier du 11 mars 2020, par lequel la commune de Versailles demandait des pièces complémentaires. Si la communauté d'agglomération Versailles Grand Parc, consultée sur le sujet du traitement des ordures ménagères, s'est prononcée le 10 juillet 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier que les compléments apportés le 7 juillet 2020 au dossier auraient pu avoir une quelconque influence sur cet avis. De même, si les sous-commission de sécurité et d'accessibilité se sont prononcées le 7 juillet 2020, date à laquelle le préfet a également signé l'arrêté portant sur les règles d'accessibilité du projet litigieux, il ne ressort pas des pièces du dossier que les compléments apportés le 7 juillet 2020, qui ne concernaient pas les règles d'accessibilité ou de sécurité, auraient pu avoir une quelconque influence sur ces avis et sur cette décision. Enfin, l'architecte des bâtiments de France s'est, quant à lui, prononcé le 30 septembre 2020 au vu du dossier complet. Le moyen tiré de l'irrégularité de ces divers avis doit donc être écarté.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la sous-commission de sécurité a émis, le 7 juillet 2020, un avis favorable au projet, sur la base des conditions de défense contre l'incendie présentées dans la notice de sécurité jointe au dossier de permis de construire. Mme C n'est donc pas fondée à faire valoir que les conditions de défense contre l'incendie n'étaient pas " garanties " à la date de délivrance de l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne le moyen tiré des insuffisances et inexactitudes du dossier de permis de construire :

9. Aux termes de l'article R*431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. () / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R*431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R*431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions (). / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement () ". Aux termes de l'article R*431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () ". Aux termes de l'article R*431-21 de ce code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement ".

10. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

11. D'une part, contrairement à ce que soutient Mme C, le dossier de permis de construire comprenait un plan de masse côté dans les trois dimensions.

12. D'autre part, il ne résulte d'aucune des dispositions citée au point 9 que la notice devait, sous peine d'irrégularité, mentionner les conditions de raccordement aux réseaux d'eau et d'assainissement.

13. En outre, si la notice qualifie les ouvertures à créer sur le pignon du bâtiment Villacerf comme étant " confidentielles ", la création et les caractéristiques de ces trois ouvertures apparaissent clairement des autres pièces du dossier, notamment par la comparaison entre le plan de l'état initial de la façade du bâtiment Villacerf côté jardin, en dépit de la rangée d'arbres existants masquant partiellement cette façade, et le plan de l'état projeté de cette façade, ce qui a permis à l'autorité compétente d'apprécier, en toute connaissance de cause, la conformité de cet aspect du projet à la règlementation applicable.

14. Enfin, le dossier de demande contenait une notice intitulée " démolitions ponctuelles d'un bâtiment inscrit partiellement au titre des monuments historiques ", et qui détaille les démolitions projetées. Par ailleurs, la rubrique 6 du formulaire Cerfa, relative à ces démolitions, indique des " démolitions ponctuelles de plancher pour la création de trémies d'ascenseurs et d'escaliers / démolitions ponctuelles de toiture notamment pour la création de châssis au droit des locaux techniques implantés dans les combles, de châssis de désenfumage ou d'ouvrants pompiers / démolitions ponctuelles de gros murs ".

15. Il suit de là que le moyen tiré des insuffisances ou erreurs entachant le dossier de permis de construire doit être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité des prescriptions en matière de protection du patrimoine :

16. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

17. Il ressort des pièces du dossier que l'article 2 de l'arrêté délivrant le permis de construire fait obligation au pétitionnaire de respecter ces prescriptions prévues par l'arrêté du 18 novembre 2020 par lequel le préfet de la région Ile-de-France, consulté au titre de la législation relative aux monuments historiques, a donné son accord sur le projet. Ces prescriptions, portant sur les matériaux et les teintes utilisées, prévoient que " des plans permettant d'apprécier l'aspect final de certains détails de réalisation devront être soumis à l'approbation du service chargé des monuments historiques avant toute fourniture et mise en œuvre pour la nouvelle verrière de la cour et son principe de liaison aux façades, les extractions en toiture et leurs impacts sur la charpente, les nouvelles croisées de fenêtre et autres menuiseries extérieures, les nouvelles cages d'ascenseurs, le treillage du pignon et les installations en sous-sol ". Ces prescriptions, qui portent sur des points précis et limités, ne remettent pas en cause l'économie générale du projet, ni ne confèrent aucun caractère " conditionnel " au permis de construire en prévoyant d'associer au suivi du chantier le service chargé des monuments historiques, conformément à l'article R. 621-65 du code du patrimoine. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de ces prescriptions doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité des dérogations accordées au titre de l'accessibilité :

18. Mme C, qui soutient que les dérogations accordées au titre de l'accessibilité sont illégales, doit être regardée comme soulevant par exception l'illégalité de l'arrêté du 7 juillet 2020 du préfet des Yvelines portant sur les règles d'accessibilité concernant l'Hôtel de France.

19. Aux termes de l'article R. 111-19-10 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut accorder des dérogations aux règles d'accessibilité prévues par les dispositions de la présente sous-section : / 1° En cas d'impossibilité technique résultant de l'environnement du bâtiment, notamment des caractéristiques du terrain, de la présence de constructions existantes ou de contraintes liées au classement de la zone de construction, notamment au regard de la réglementation de prévention contre les inondations ou en raison de difficultés liées à ses caractéristiques ou à la nature des travaux qui y sont réalisés ; / 2° En cas de contraintes liées à la conservation du patrimoine architectural dès lors que les travaux doivent être exécutés à l'extérieur et, le cas échéant, à l'intérieur d'un établissement recevant du public classé au titre des monuments historiques en application de l'article L. 621-1 du code du patrimoine, inscrit en application de l'article L. 621-25 du même code ou sur un bâtiment protégé au titre des abords en application de l'article L. 621-30 du code du patrimoine, situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du même code ou sur un bâtiment identifié en application de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. / 3° Lorsqu'il y a une disproportion manifeste entre les améliorations apportées par la mise en œuvre des prescriptions techniques d'accessibilité, d'une part, et leurs coûts, leurs effets sur l'usage du bâtiment et de ses abords ou la viabilité de l'exploitation de l'établissement, d'autre part, notamment : / a) Lorsque le coût ou la nature des travaux d'accessibilité sont tels qu'ils s'avèrent impossibles à financer ou qu'ils ont un impact négatif critique sur la viabilité économique de l'établissement et que l'existence de cette impossibilité ou de ces difficultés est établie notamment par le dépassement de seuils fixés par arrêté ; / b) Lorsqu'une rupture de la chaîne de déplacement au sein de l'emprise de l'établissement rend inutile la mise en œuvre, en aval de cette rupture, d'une prescription technique d'accessibilité pour le ou les types de handicap déterminés () ".

20. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice intitulée " Handicapés et EPSH ", que chacune des trois dérogations accordées par l'arrêté attaqué est justifiée par des motifs tenant aux contraintes liées à la conservation du patrimoine architectural, comme le permettent les dispositions de l'article R. 111-19-10 du code de la construction et de l'habitation rappelées au point précédent. Le moyen tiré de l'absence de justification des dérogations doit donc, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance du plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) de Versailles :

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance du document graphique du PSMV :

21. Il ressort des pièces du dossier que si la " loge d'accueil " utilisée comme " local technique " apparaît en jaune sur le document graphique du PSMV, ce coloris correspond, aux termes de la légende, à un " immeuble ou partie d'immeuble dont la démolition ou la modification pourra être imposée à l'occasion d'opérations d'aménagement publiques ou privées ". Il s'ensuit que le document graphique du PSMV n'imposait pas, à lui seul, la démolition de ce local.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance du point 9 de l'article 3 des dispositions générales du règlement du PSMV :

22. Aux termes de l'article 3 des dispositions générales du règlement du PSMV : " () 9) Espaces soumis à prescription particulière : J jardins ; P pavages ; D dallages / Le principe de gestion de ces espaces consiste à maintenir et à améliorer l'aménagement des jardins, des pavages et des dallages. Cette prescription n'interdit ni la création de parking en sous-sol, ni la création de trémie sous réserve que le traitement de surface soit reconstitué, et que les arbres soient conservés ou replantés dans des conditions techniques assurant leur pérennité notamment pour les arbres à haute tige et soumises à autorisation préalable. () Les trémies ne sont acceptables que lorsqu'elles n'occupent qu'une très petite surface de l'espace concerné () ".

23. D'une part, il ressort des pièces du dossier que si l'espace entre les bâtiments Villacerf et Gramont est représenté de façon hachurée, sur le document graphique du PSMV, cette signalisation correspond à la légende suivante : " Espaces soumis à prescription particulière / D dalles - P pavages - J jardins ". Or, il ressort des plans produits au dossier qu'en l'état existant, cet espace ne présente pas de dallage, mais correspond à un jardin. Dès lors, le projet, qui prévoit l'aménagement de ce jardin, avec notamment la mise en place d'un pavage pour créer des cheminements piétonniers, ne méconnaît ni le document graphique, ni les dispositions de l'article 3 rappelées au point précédent.

24. D'autre part, l'ouverture d'un accès du pavillon Villacerf au jardin, qui s'accompagne de la création d'un escalier et d'une trémie devant le bâtiment, dont le niveau est inférieur à celui du jardin, n'est pas contraire aux dispositions de l'article 3, dès lors que la trémie n'occupe qu'une très petite surface du terrain d'assiette. Par ailleurs, la création d'un niveau en sous-sol et les excavations que celle-ci rend nécessaires ne sont pas contraires aux dispositions de l'article 3, qui imposent uniquement la reconstitution du niveau de surface, lequel en l'espèce constitue un jardin qui fait seulement l'objet d'un réaménagement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 des dispositions générales du règlement du PSMV doit être écarté.

S'agissant de l'aggravation des irrégularités des constructions existantes :

25. La circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un document d'urbanisme régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.

26. En premier lieu, Mme C fait valoir que les deux bâtiments existants méconnaissent les articles SC6 et SC7 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) de Versailles, relatifs à l'implantation des constructions par rapport respectivement aux voies et emprises publiques et aux limites séparatives, et que le projet litigieux aggrave cette situation. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les travaux projetés, qui ne modifient pas l'implantation des bâtiments, sont étrangers aux dispositions des articles SC6 et SC7. Dès lors, le moyen est inopérant et doit être écarté.

27. En second lieu, aux termes de l'article SA12 du règlement du PSMV de Versailles, auquel renvoie l'article SC12 du même texte : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions nouvelles, des extensions, des surélévations, des réhabilitations avec ou sans changement de destination de locaux, doit être assuré en dehors des voies publiques. / Les dispositions du présent article fixent la réalisation obligatoire d'un certain nombre d'aires de stationnement correspondant aux besoins des constructions (nouvelles, des extensions, des surélévations, réhabilitations avec ou sans changement de destination). / () Le nombre de places [de stationnement] doit être déterminé selon les besoins de la construction et au regard du tableau ci-dessous : () / Pour les établissements hôteliers : hors d'un périmètre de bonne desserte : 1 place pour 120 m² de surface de plancher / Locaux professionnels : hors d'un périmètre de bonne desserte : 1 place pour 50 m² de surface de plancher () / Les changements de destination / () concernant les unités foncières d'une superficie de 2 000 m² et plus et à l'occasion : / des opérations de changement de destination total ou partiel et conduisant à la création de plus de deux logements d'une construction existante avec ou sans réhabilitation, il sera demandé, 1 place pour les logements de 1 à 3 pièces et 2 places pour les logements de 4 pièces et plus / des opérations de changement de destination total ou partiel conduisant à al réalisation de bureau, il sera demandé la réalisation d'une place pour 200 m² de surface de plancher créée (). / pour les autres opérations, il sera fait application des règles contenues dans le tableau ci-dessus ".

28. Il ressort des pièces du dossier que le projet entraîne la création d'une part de 619 m² de surface hôtelière par l'extension en sous-sol du bâtiment Villacerf, et d'autre part de 458 m² de surface hôtelière par changement de destination d'anciens bureaux. Le projet se traduit donc par la création de 1 077 m² de surface hôtelière, sur un terrain dont il est constant qu'il se situe hors d'un périmètre de bonne desserte. L'application des dispositions rappelées au point précédent impliquait donc, s'agissant de ces surfaces nouvelles, la création de 9 places de stationnement. Si le projet s'accompagne également de la réhabilitation des bâtiments Villacerf et Gramont, pour une surface de 2 165 m² sans changement de destination, il ressort des pièces du dossier qu'en l'état existant, ces bâtiments ne disposent d'aucune place de stationnement. La création de 2 places de stationnement supplémentaires à ce titre permet donc de rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions de l'article SA12 du règlement du PLU. Dès lors, compte tenu des 11 places de stationnement prévues par le projet, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré de l'insuffisance des places de stationnement des deux roues :

29. Aux termes de l'article SA12 dans ses dispositions relatives aux deux-roues : " Prescriptions particulières pour les deux roues en cas de réalisation de place de stationnement dans une construction ou une opération : / () Pour les constructions à destination d'habitation () / Pour les constructions à destination de bureaux () / Pour les autres destinations, le nombre d'emplacement doit être déterminé en fonction des besoins estimés ".

30. Si Mme C soulève, sans autre précision, " l'irrégularité attachée à l'absence de prise en compte des normes pour les deux roues ", elle n'établit pas, ni même n'allègue que le projet, qui consiste en un établissement hôtelier, aurait des besoins particuliers en stationnement de deux roues. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article SA11 du règlement du PSMV :

31. Aux termes de l'article SA11 du règlement du PSMV, auquel renvoient les dispositions de l'article SC11 du même texte : " Tout projet de travaux à engager sur des constructions existantes doit accompagner l'histoire de l'écriture architecturale de l'immeuble concerné. Sa mise en valeur doit s'inscrire dans la restitution si possible des éléments caractéristiques et de ses dispositions authentiques. () / Façades / Composition / La composition d'origine doit être maintenue ou retrouvée, en particulier les seconds niveaux entresolés ou non seront remis en valeuR. Lorsque la façade participe à une ordonnance, celle-ci doit avant tout être restituée. / Percements / Les constructions conservent ou retrouvent leurs percements d'origine. Les agrandissements ou obturations des baies sont interdits, sauf accord particulier de l'Architecte des bâtiments de France () ".

32. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la création de trois baies sur la façade du bâtiment Villacerf qui fait face au pavillon Gramont, côté jardin, façade actuellement aveugle, projet sur lequel l'architecte des bâtiments de France a donné son accord le 30 septembre 2020. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article SA11 du règlement du PSMV, qui n'ont ni pour objet ni pour effet d'interdire tout percement de nouvelles ouvertures sur les façades existantes, doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article SC13 du règlement du PSMV :

33. Aux termes de l'article SC13 du règlement du PSMV : " Arbres et plantations : 1. Arbres / Les coupes et abattages d'arbres sont soumis à autorisation, qu'ils concernent les alignements publics, les espaces boisés ou les plantations ; ils doivent faire l'objet de l'avis conforme de l'Architecte des Bâtiments de France, sauf lorsqu'il s'agit d'entretien courant () ".

34. Il ressort des pièces du dossier que si le projet prévoit l'abattage de 6 arbres, plantés dans le jardin situé entre le pavillon Gramont et le bâtiment Villacerf, l'architecte des bâtiments de France a donné son accord, ainsi qu'il est dit au point 7, le 30 septembre 2020. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article SC13 doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

35. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

36. Si la requérante fait valoir que le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en raison du non-respect des besoins en stationnement, le moyen est dépourvu des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, si elle soutient que le projet présente des risques " liés au rejet des eaux non traitées et non domestiques ", en raison de l'utilisation d'un exutoire commun pour le bac à graisse et la piscine, elle n'établit pas la réalité de ces risques, alors au demeurant que l'arrêté attaqué impose, en son article 12, de respecter les dispositions du règlement d'assainissement de la ville de Versailles. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

37. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 décembre 2020 délivrant un permis de construire à la SAS Hôtel de France et, par voie de conséquence, de la décision du 25 février 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

38. Ces dispositions font obstacle à ce que soient mises à la charge de la SAS Hôtel de France et de la commune de Versailles les sommes que demandent Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros, à verser par moitiés à la commune et à la société pétitionnaire, au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera la somme de 1 500 euros, par moitié (750 euros à chacune), à la commune de Versailles et à la SAS Hôtel de France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la commune de Versailles et à la SAS Hôtel de France.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boukheloua, présidente,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

B. Fejérdy

La présidente,

Signé

N. Boukheloua

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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