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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103560

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103560

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSERRANO-BENTCHICH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 avril 2021 et 14 décembre 2022, la société Altetia, représentée par Me Serrano-Bentchich, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre de recette émis à son encontre le 22 décembre 2020 en vue du recouvrement des pénalités de retard d'un montant de 48 000 euros que lui a infligé le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique dans le cadre de l'exécution des prestations faisant l'objet des lots nos 1 et 2 du marché d'assistance générale à maîtrise d'œuvre relatif à la mise en place de solutions de services de sécurisation de biens et de personnes conclu le 24 juillet 2017, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) à titre subsidiaire, de modérer le montant des pénalités mises à sa charge ;

3°) d'enjoindre au président du syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique de lui communiquer avant dire droit, d'une part, le bordereau du titre de recette émis le 22 décembre 2020, d'autre part, les mandats des bénéficiaires de l'accord-cadre pour l'exécution duquel les pénalités de retard litigieuses lui ont été appliquées ;

4°) de mettre à la charge du syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de recette attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique n'établit pas que le bordereau du titre de recette attaqué comporte la signature de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- le titre de recette contesté est insuffisamment motivé au regard des exigences de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique ne pouvait émettre un seul titre de recette pour le recouvrement de créances trouvant leur origine dans l'exécution de deux contrats distincts ;

- le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique ne pouvait légalement se fonder sur l'article 5-5 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché pour lui infliger les pénalités litigieuses, dès lors que l'article 4-2 du même cahier s'applique spécifiquement aux retards dans la présentation des documents des phases " études " ;

- la créance faisant l'objet du titre de recette attaqué n'est pas fondée dans son principe, dès lors que le point de départ des délais contractuels pour la remise des études d'avant-projet sommaire (APS) et d'avant-projet définitif (APD) est respectivement la date de la première et de la deuxième visite du site d'exécution des travaux, et qu'en tout état de cause, l'article 4-2 du CCAP fixe comme point de départ des délais contractuels la date de l'accusé de réception, par le maître d'œuvre, du bon de commande, et non la date d'émission de celui-ci ;

- la créance n'est pas fondée dans son montant, dès lors que l'article 5-5 du CCAP ne permet pas d'infliger rétroactivement au premier jour de retard le montant quotidien des pénalités applicable en cas de retard supérieur à cinq jours ;

- les pénalités atteignent un montant manifestement excessif eu égard au montant des bons de commande auxquels elles se rapportent.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 septembre 2022 et 17 janvier 2023, le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique, représenté par Me Adeline-Delvolvé, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Altetia au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- M. B A, alors président, tant du syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique - centrale d'achats que du syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique, était compétent pour émettre le titre de recette attaqué ;

- le titre de recette contesté mentionne qu'il a été émis par M. B A, de sorte que l'identité du signataire du bordereau de titres de recettes était connue de la société requérante ;

- il est suffisamment motivé ;

- il pouvait légalement émettre un seul titre de recette en vue du recouvrement de la créance litigieuse, alors même que celle-ci se rapporte à l'exécution de deux contrats distincts, lesquels relèvent, au demeurant, d'un même accord-cadre ;

- les stipulations des articles 5-5 et 4-2-1 du CCAP ne sont pas exclusives les unes des autres, dès lors que l'article 5-5 se borne à préciser les modalités de calcul des pénalités prévues par l'article 4-2-1 ;

- la créance faisant l'objet du titre de recette contesté est fondée tant dans son principe que dans son montant ;

- le montant des pénalités appliquées n'est pas excessif au regard du montant total du marché.

La requête a été communiquée au directeur départemental des finances publiques des Yvelines qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 18 janvier 2023 décembre 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 19 janvier 2023, a été reportée au 3 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Connin, conseiller ;

- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique ;

- les observations de Me Serrano-Bentchich, pour la société Altetia, et celles de Me Mousisian du cabinet Citylex avocats, pour le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat mixte ouvert Yvelines Numérique - centrale d'achats a confié à la société Altetia, par deux actes d'engagement signés par son président le 24 juillet 2017, les lots nos 1 " Yvelines Nord " et 2 " Yvelines Sud " de l'accord-cadre à bons de commande multi-attributaires ayant pour objet " une mission d'assistance générale à maîtrise d'œuvre dans le cadre de la mise en place de solutions de services de sécurisation de biens et de personnes ". Par une décision du 18 décembre 2020, le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique a infligé à la société Altetia des pénalités de retard d'un montant de 48 000 euros en raison du non-respect des délais d'exécution fixés contractuellement. Un titre de recette a été émis le 22 décembre 2020 à l'encontre de la société Altetia en vue du recouvrement de la somme de 48 000 euros correspondant à ces pénalités. Par une lettre du 8 février 2021, remise en main propre le 9 février 2021, la société Altetia a demandé au syndicat mixte ouvert Yvelines Numérique le retrait de ces pénalités. La société Altetia demande au tribunal, à titre principal, l'annulation du titre de recette émis le 22 décembre 2020 et la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante et, à titre subsidiaire, la modération du montant des pénalités mises à sa charge.

2. L'article 2-2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) des marchés en litige prévoit que " les prestations à réaliser seront définies au fur et à mesure des besoins au moyen de bons de commande " et décompose ces prestations en six phases. L'article 4-1 du même cahier fixe le délai maximal d'exécution de la phase 1 " études diagnostic / avant-projet (DIA et APS/APD) " à trois semaines.

3. Aux termes de l'article 4-2 du CCAP, relatif aux délais et pénalités pour la phase " études " : " 4-2-1-Adaptation et établissement des documents d'étude / Les délais d'établissement des documents d'études sont fixés dans l'acte d'engagement. / Le point de départ de ces délais est fixé comme suit : / - 1er élément : date de l'accusé de réception, par le maître d'œuvre, du bon de commande / - Les éléments ou parties d'éléments suivants : date de l'accusé de réception par le maître d'œuvre de l'acceptation du document d'études le précédent dans l'ordre chronologique de déroulement de l'opération. / - DOE : date de réception des travaux. / En cas de retard dans la présentation de ces documents d'études, le maître d'œuvre subit sur ses créances des pénalités dont le montant par jour de retard est fixé par rapport au montant du marché à 2 / 10 000 du montant de la phase considérée (). ". L'article 5-5 du même cahier, relatif aux pénalités diverses, prévoit notamment que pour la phase 1 " études diagnostic / avant-projet (DIA et APS/APD) ", dont le délai maximal d'exécution est de trois semaines, les pénalités par jour de retard d'exécution de cette phase sont de 150 euros en cas de retard d'un à cinq jours et de 300 euros par jour de retard au-delà de cinq jours.

4. L'article 6.1 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) des marchés stipule que : " Les études diagnostic / avant-projet ont pour objet : / - D'assister aux réunions de mise au point du programme fonctionnel, afin de prendre connaissance du projet ; / - De dresser une étude globale de sécurité/sûreté du site (en comprenant les éléments physiques : clôture, portail, volets roulants, état des portes, salle de PPMS), de proposer les dispositions techniques pouvant être envisagées (y compris haies d'épineux) ; / - D'établir les documents nécessaires à l'état des lieux sur la base des plans remis par le maître d'ouvrage. Le maître d'œuvre devra corriger et compléter les documents remis s'il constate des inexactitudes ou omissions ; / - De réaliser les relevés et sondages complémentaires nécessaires à l'opération ; / - D'examiner les possibilités et contraintes de raccordement aux différents réseaux ; / - D'établir l'estimation du coût prévisionnel des travaux nécessaires à l'élaboration du diagnostic ; / - D'indiquer le nombre de locaux techniques liés à l'infrastructure de communication, leur surface ainsi que leur emplacement souhaitable ; / - De proposer trois solutions d'ensemble avec à minima-médian-maxi tous les éléments d'extrémité de sécurité/sûreté électronique, traduisant les éléments majeurs du programme de sécurité/sûreté du site (y compris les éléments physiques : portail, clôture, volets roulants) ; / - D'indiquer les délais de réalisation et d'examiner leur compatibilité avec la partie de l'enveloppe financière prévisionnelle retenue par le maître de l'ouvrage et affectée aux travaux ; / - De vérifier la faisabilité de l'opération au regard des différentes contraintes du programme et du site et du respect des différentes règlementations notamment celles relatives à l'hygiène et la sécurité. / Livrable : / - Le rapport d'étude de diagnostic / avant-projet sous Word intégrant tous les éléments ci-dessus ; / - Un dossier photo complet permettant une visite virtuelle des travaux à effectuer ; / - Dresser une étude globale de sécurité/sûreté du site ; / - Organiser et assurer une réunion de présentation. ".

5. D'une part, les stipulations précitées de l'article 4-2-1 du CCAP déterminent précisément les modalités de calcul des pénalités applicables en cas de retard dans la présentation des documents d'études que doit établir le titulaire du marché pour l'exécution de la phase 1, lesquels sont définis par l'article 6-1 du CCTP, dans les délais prévus dans l'acte d'engagement. Elles fixent le montant de ces pénalités par jour de retard à " 2 / 10 000 du montant de la phase considérée ", qui, au regard du bordereau des prix unitaires, varie nécessairement en fonction de l'opération faisant l'objet des bons de commande émis en exécution de l'accord-cadre. D'autre part, les stipulations de l'article 5-5 du CCAP fixent les pénalités forfaitaires applicables en cas de retard dans l'exécution de la phase 1 dont le contenu est précisé à l'article 6-1 du CCTP.

6. Contrairement à ce que soutient le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique, les montants forfaitaires mentionnés à l'article 5-5 du CCAP ne sont pas corrélés au montant des pénalités de retard prévues par l'article 4-2-1 du même cahier qui varie en fonction du montant de la phase 1 de chaque bon de commande. Ce montant varie lui-même en fonction de la superficie du bâtiment faisant l'objet du bon de commande, ainsi que cela résulte des bordereaux de prix unitaires des lots nos 1 et 2. En conséquence, le retard dans la présentation des documents d'études de la phase 1 ne peut donner lieu qu'à l'application des pénalités prévues par l'article 4-2-1 du CCAP, dont le montant par jour de retard est fixé à " 2 / 10 000 du montant de la phase considérée ", à l'exclusion des pénalités prévues par l'article 5-5 du même cahier qui ne s'applique qu'en cas de dépassement du délai global de trois semaines d'exécution de la phase 1 et non de retard de remise de chaque document d'étude.

7. Il résulte de l'instruction, en particulier des termes de la décision du 18 décembre 2020 et du tableau récapitulatif qui y est annexé, que les pénalités infligées à la société Altetia correspondent exclusivement à des retards dans la présentation des études d'avant-projet sommaire (APS) et d'avant-projet définitif (APD) attendues lors de la phase 1 des prestations qu'il lui incombait de réaliser en exécution de plusieurs bons de commande, et non au dépassement du délai global d'exécution de cette phase. Dès lors, en appliquant le montant forfaitaire prévu par l'article 5-5 du CCAP à chaque document d'études présenté en retard pour calculer le montant de ces pénalités, le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique a fait une inexacte application des stipulations citées au point 3 du présent jugement.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication des documents sollicités par la société Altetia ni de statuer sur ses conclusions subsidiaires tendant à la modération des pénalités de retard, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société requérante est fondée à demander l'annulation du titre de recette émis à son encontre le 22 décembre 2020 et la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Altetia, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Altetia et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Le titre de recette émis le 22 décembre 2020 à l'encontre de la société Altetia est annulé et cette dernière est déchargée de l'obligation de payer la somme correspondante.

Article 2 : Le syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique versera à la société Altetia une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Altetia, au syndicat mixte ouvert Seine-et-Yvelines Numérique et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience publique du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Virginie Caron, première conseillère,

M. Nicolas Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

N. Connin

La présidente,

signé

C. Grenier

La greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

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