jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2103596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | JULIÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 29 avril 2021, 23 septembre 2022 et 4 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Mialot et Me Poulard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet prise sur sa demande indemnitaire préalable notifiée le 30 décembre 2020 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 140 725 euros en réparation du préjudice financier qu'il estime avoir subi du fait de la faute commise par l'Etat à l'occasion du redressement fiscal dont il a fait objet ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il estime avoir subis du fait de la faute commise à cette occasion ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration fiscale a commis une erreur de droit en considérant que ses revenus devaient être déclarés dans la catégorie des traitements et salaires et non des bénéfices non commerciaux, qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- cette faute lui a causé un préjudice financier ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence, qu'il évalue respectivement à la somme de 140 725 euros et à la somme de 20 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 16 mai, 13 octobre et 25 novembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une lettre du 16 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision implicite du 5 mars 2021 par laquelle sa demande indemnitaire préalable a été rejetée, une telle décision n'ayant que pour objet et pour effet de lier le contentieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,
- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur la période du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2009. A l'issue de ce contrôle, le vérificateur l'a informé, par une proposition de rectification du 23 septembre 2011, qu'il envisageait de mettre à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2008 et 2009, en considérant notamment que les revenus tirés de son activité de traducteur-interprète en langue espagnole exercée auprès du ministère de la justice, devaient être déclarés dans la catégorie des traitements et salaires, et non des bénéfices non commerciaux. Par un jugement rendu le 28 février 2020, le tribunal administratif de Versailles a prononcé la décharge, en droits et en pénalités, de ces impositions en tant qu'elles procèdent d'une rectification des revenus imposables résultant de ses déclarations. Par un courrier daté du 29 décembre 2020, notifié le 5 janvier 2021 et resté sans réponse, M. B a présenté une demande indemnitaire préalable auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande indemnitaire préalable et de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 160 725 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'erreur commise par l'administration lors du redressement fiscal dont il a fait l'objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision implicite de rejet née le 5 mars 2021 du silence gardé par le ministre de l'économie, des finances et de la relance, sur la demande indemnitaire préalable de M. B datée du 29 décembre 2020 et réceptionnée le 5 janvier 2021, tendant à condamner l'Etat à lui verser une somme en réparation du préjudice subi du fait de la faute commise par l'administration fiscale lors du redressement fiscal dont il a fait l'objet, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande du requérant qui, en formulant les conclusions mentionnées ci-dessus, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision implicite de rejet sont irrecevables et ne peuvent ainsi qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit soit qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition. Enfin, l'administration peut invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur d'indemnité comme cause d'atténuation ou d'exonération de sa responsabilité.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
4. Par un jugement du 28 février 2020, devenu définitif, le tribunal administratif de Versailles a prononcé la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles M. B a été assujetti au titre des années 2008 et 2009, en tant qu'ils procèdent d'une rectification des revenus imposables résultant de ses déclarations, au motif qu'eu égard aux conditions dans lesquelles il exécutait sa mission, à la nature de ses relations avec l'administration et aux modalités de sa rémunération, M. B devait être regardé comme agissant, en tant qu'interprète-traducteur collaborateur du service public de la justice, de manière indépendante, de sorte que les revenus tirés de cette activité n'étaient pas imposables, comme l'administration fiscale l'a retenu, dans la catégorie des traitements et salaires, mais relevaient de la catégorie des bénéfices non commerciaux, comme M. B l'avait déclaré.
5. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'administration fiscale a commis une faute qui est de nature à engager la responsabilité de l'Etat, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
En ce qui concerne les préjudices :
6. Le requérant soutient que la requalification fautive par l'administration fiscale des sommes qu'il a perçues est à l'origine des réticences de la régie du tribunal de grande instance de Paris à ce qu'il poursuive ses missions d'interprète-traducteur et de la cessation de toute mission auprès de la section anti-terroriste, ce qui lui a causé un préjudice financier lié à la perte de revenus, un préjudice moral ainsi que des troubles dans ses conditions d'existence. Il précise à cet égard que le ministère de la justice a profité pendant plusieurs années de la confusion autour du statut des interprètes-traducteurs indépendants auxquels il faisait appel, qu'il a tiré profit de leur qualité de travailleurs indépendants pour refuser de prendre en charge le paiement de leurs cotisations sociales, que la requalification des sommes perçues a conduit à remettre en cause le mode de fonctionnement des services judiciaires faisant appel à ses compétences avec une augmentation considérable des frais de justice, et que le ministère de la justice a ainsi décidé de le mettre à l'écart afin de protéger le système mis en place pour les interprètes-traducteurs après qu'il se soit rapproché de la régie du tribunal de grande instance de Paris pour évoquer son statut lors de la réception de la proposition de rectification du 23 septembre 2011.
7. Toutefois, les pièces versées au dossier ne permettent pas d'établir la réalité des allégations du requérant, en particulier que la réduction de ses missions d'interprète-traducteur résulterait d'une décision du ministère de la justice de le mettre à l'écart afin de protéger le " système mis en place pour les interprètes-traducteurs ", ni même qu'une telle décision aurait été prise compte tenu de la procédure de rectification suivie à son encontre. Il résulte d'ailleurs de l'instruction que M. B avait informé à plusieurs reprises, dès 2009, la régie du tribunal de grande instance de Paris, le ministère de la justice et la présidence de la République, des retards pris dans le paiement de ses mémoires de frais de justice et que la baisse de ses missions d'interprète-traducteur est intervenue dans un contexte préexistant à la proposition de rectification du 23 septembre 2011. En tout état de cause, à supposer même qu'une telle décision ait été prise par le ministère de la justice, le préjudice financier, le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence que M. B estime avoir subis, résulteraient d'une telle décision, et ne sauraient être regardés comme présentant un lien de causalité direct avec la faute commise par l'administration fiscale lors de la procédure de rectification dont il a fait l'objet.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 160 725 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'erreur commise par l'administration fiscale lors de la procédure de rectification dont il a fait l'objet concernant l'impôt sur le revenu dû au titre des années 2008 et 2009.
Sur les frais du litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande le requérant sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Ouardes, président,
- M. de Miguel, premier conseiller,
- Mme Mathé, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.
La rapporteure,
C. Mathé
Le président,
P. Ouardes
La greffière,
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2103596
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026