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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103671

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103671

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantTIGOKI IYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mai 2021, M. C A, représenté par Me Tigoki, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 avril 2021 par laquelle le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de le rétablir dans les droits aux conditions matérielles d'accueil, avec effet rétroactif à compter de la date de suspension des conditions matérielles d'accueil, sans délai à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision qui ne comporte pas la signature de son auteur est entachée d'un vice de forme ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision refusant les conditions matérielles d'accueil est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences ; il n'a pas été tenu compte de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n°1560/2003 modifié de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Kanté, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. C A, ressortissant bangladais, né le 5 mars 1989, a sollicité son admission au séjour en France au titre de l'asile. Le 13 avril 2021, le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé de sa décision de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, comprenant l'allocation pour demandeur d'asile et une place en hébergement. M. A demande l'annulation de cette décision lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, la décision attaquée est signée par le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration, M. D, et comporte son nom. Le moyen tiré du vice de forme doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, par une décision du 24 février 2020, M. B D, directeur territorial à Créteil, a reçu délégation du directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration afin de signer, dans le cadre des instructions qui lui sont données, et dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances se rapportant aux missions dévolues à la direction de Créteil telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 modifiée portant organisation générale de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, M. D était bien compétent pour signer la décision attaquée. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné :1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; ". Et aux termes de l'article R. 744-9 du même code : " I. - Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'office lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. II. - Pour l'application du quatrième alinéa de l'article L. 744-7, un demandeur d'asile est considéré comme ayant quitté son lieu d'hébergement s'il s'en absente plus d'une semaine sans justification valable. Dans ce cas, le gestionnaire du lieu en informe sans délai, en application de l'article L. 744-4, l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui met fin aux conditions matérielles d'accueil. ; (). ".

5. En l'espèce, la décision du 13 avril 2021 vise les textes applicables, à savoir les articles L. 744-8 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que, après examen de la situation personnelle et familiale de M. A, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui était refusé au motif qu'il avait refusé l'orientation régionale qui lui avait été proposée vers le CAES 86 Châtellerault. Elle comporte ainsi, avec suffisamment de précisions, les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, permettant à son destinataire d'en comprendre les motifs à sa seule lecture. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, M. A ne conteste pas avoir refusé l'orientation régionale qui lui a été proposée vers le CAES 86 Châtellerault. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. de la décision attaquée n'étant pas fondée sur les dispositions précitées () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret.".

8. La décision refusant à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil n'étant pas fondée sur les dispositions précitées, M. A ne peut, par suite, en invoquer la méconnaissance.

9. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée qui précise, ainsi qu'il a été dit au point 5, qu'il a été procédé à l'examen de la situation personnelle et familiale de M. A, serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

10. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Et aux termes de l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien personnel avec un agent qualifié, assisté d'un interprète en bengali, langue comprise par lui. L'évaluation de sa situation a été effectuée au cours de cet entretien et n'a laissé apparaître aucun état de vulnérabilité ni un besoin particulier en matière d'accueil. M. A qui, au demeurant, a expressément refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, n'a fait état d'aucun élément susceptible de caractériser un état de vulnérabilité au sens des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Descours-Gatin, présidente,

M. Fraisseix, premier conseiller,

Mme Kanté, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. KantéLa présidente,

signé

Ch. Descours-Gatin

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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