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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103926

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103926

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantLEPINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2021, Mme B D, représentée par Me Lepine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Sud Francilien a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de neuf mois dont six mois avec sursis ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- la sanction prononcée à son encontre est disproportionnée au regard des faits susceptibles de lui être reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, le centre hospitalier Sud Francilien, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- et les observations de Me Poterie, substituée à Me Magnaval, représentant le centre hospitalier Sud Francilien.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a été recrutée au cours de l'année 2016 pour une durée indéterminée par le centre hospitalier Sud Francilien, en qualité d'agent contractuelle pour exercer les fonctions d'aide médico-psychologique au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Galignani. En raison de manquements à ses obligations professionnelles, une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de neuf mois, dont six mois avec sursis, a été prononcée à son encontre par une décision du directeur du centre hospitalier du 8 mars 2021. Aux termes de sa requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cette sanction.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 39-2 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. ". L'article 39 du même décret prévoit que : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une période déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement () ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. En l'espèce, la sanction disciplinaire attaquée a été prise au motif que Mme D a pris part à une altercation physique avec une de ses collègues, ayant causé des blessures à cette dernière, qu'elle avait insulté quelques heures auparavant et qu'elle a eu un comportement non professionnel en confiant une somme de 3 000 euros en liquide à une élève aide-soignante en stage afin qu'elle la remette à un homme présenté comme son frère qui attendait à l'extérieur de l'EHPAD, alors qu'un nouveau confinement venait d'être déclaré.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier, des témoignages concordants et circonstanciés recueillis au cours de l'enquête diligentée par le centre hospitalier, qu'au cours de la journée du 31 octobre 2020, Mme D a grossièrement insulté à plusieurs reprises une de ses collègues lors de son passage dans les couloirs de l'établissement ainsi que dans la salle de pause du personnel et a adopté à son égard un comportement provocateur. Par ailleurs, il n'est pas contesté par l'intéressée qu'alors qu'elle travaille dans un EHPAD dont les résidents sont particulièrement vulnérables, elle a demandé, au cours d'une nouvelle période de confinement pendant laquelle les visites étaient strictement réglementées, à une élève aide-soignante d'entrer en contact avec une personne extérieure à l'établissement. De tels manquements de la requérante à ses obligations professionnelles, dès lors qu'ils sont suffisamment établis par les pièces versées au dossier, constituent des fautes qui sont de nature à justifier une sanction disciplinaire.

6. D'autre part, les insultes proférées par Mme D avec l'intention d'humilier sa collègue, dans un contexte conflictuel qui dure depuis deux ans et qui nuit gravement au service, ayant abouti à l'altercation physique du 31 octobre 2020, ainsi que le non-respect des règles sanitaires applicables aux EHPAD, sont, compte tenu des fonctions exercées par la requérante, de la réitération et de la gravité des manquements qui lui sont reprochés, ainsi que des perturbations qui en ont résulté pour le fonctionnement de l'établissement, de nature à justifier une sanction d'exclusion temporaire de neuf mois dont six mois avec sursis, sans qu'il puisse être reproché à l'autorité disciplinaire d'avoir prononcé à l'encontre de la requérante une sanction qui serait disproportionnée. S'il n'est, par ailleurs, pas matériellement établi par les pièces du dossier que Mme D aurait elle-même porté des coups à sa collègue lors de leur altercation, il résulte cependant de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur les autres griefs retenus à son encontre.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Sud Francilien a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de neuf mois accompagnée de six mois de sursis.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme que le centre hospitalier sollicite au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Sud Francilien présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au centre hospitalier Sud Francilien.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Blanc, président,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

F. A

Le président,

signé

P. BlancLa greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103926

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