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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2104065

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2104065

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2104065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL CLOIX ET MENDES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 14 mai 2021, le 10 novembre 2021 et le 8 février 2023, M. D E, représenté par Me Destarac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° DP 0078 160 20 E 0084, en date du 14 décembre 2020, par lequel le maire de la commune de Chevreuse ne s'est pas opposé à une déclaration préalable déposée par M. et Mme A pour la division, en vue de construire, d'un terrain situé au 2T, Hameau de Trottigny, à Chevreuse et la décision implicite par laquelle ce maire a rejeté son recours gracieux du 11 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Chevreuse et de M. et Mme A une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure à défaut de consultation des gestionnaires des canalisations de transport d'hydrocarbure et de gaz portant servitude d'utilité publique, en méconnaissance des articles R. 555-30-1 I, R. 555-30 b) et L. 555-16 du code de l'environnement ;

- il méconnait les articles A 1 et A 2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Chevreuse ;

- il méconnait les articles A 3 et UH 3 de ce règlement ;

- il méconnait les articles UH 4 de ce règlement et L. 111-11 du code de l'urbanisme ;

- il sera impossible de réaliser une construction respectant les articles UH 7, UH 11.6 et UH 12 de ce règlement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2021, M. B et Mme C A, représentés par Me Vève, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt à agir du requérant au titre de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la commune de Chevreuse conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt à agir du requérant au titre de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par deux courriers, en date des 19 et 20 mars 2024, les parties ont été invitées à présenter leurs observations dans l'hypothèse où le tribunal, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, retiendrait comme fondés les moyens tirés de la méconnaissance :

- des articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Chevreuse, en ce qui concerne les bandes de roulement,

- de l'article A3 de ce règlement, en ce qui concerne l'accès au lot A,

- de l'article UH 11-6 du même règlement,

- de l'article UH12 du même règlement,

et déciderait en conséquence de surseoir à statuer, pendant un délai de 3 mois, dans l'attente de la régularisation de l'arrêté de non opposition à déclaration préalable attaqué.

Par deux courriers, enregistrés les 26 et 29 mars 2024, M. et Mme A ont présenté des observations en réponse à cette lettre.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 17 avril 2024, M. et Mme A persistent dans leurs conclusions et moyens.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 22 avril 2024, M. D E persiste dans ses conclusions et moyens tout en réévaluant ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à 4 500 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boukheloua, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,

- les observations de Me Gonnet, substituant Me Destarac, représentant M. E,

- et les observations de M. A qui précise qu'un délai de six mois serait nécessaire pour la régularisation de l'arrêté attaqué.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° DP 0078 160 20 E 0084, en date du 14 décembre 2020, le maire de la commune de Chevreuse ne s'est pas opposé à une déclaration préalable déposée par M. et Mme A pour la division d'un terrain situé au 2T, Hameau de Trottigny, à Chevreuse, en vue d'en détacher un lot A à construire, ce lot délimitant l'assiette du lotissement. M. E demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite par laquelle ce maire a rejeté son recours gracieux du 11 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par les défendeurs :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de cette disposition qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision de non opposition à déclaration préalable, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. M. E justifie être propriétaire de la parcelle limitrophe au Sud-Ouest du lot A litigieux, à proximité immédiate de l'hypothèse d'implantation de la future maison individuelle qui occupera ce lot. Dans ces conditions, quand bien même la superficie du lot A sera de 10 811 m2, le requérant, voisin immédiat du projet, fait état d'éléments relatifs à la nature et à la localisation du projet suffisants pour que lui soit reconnu un intérêt pour agir contre la décision de non opposition à déclaration préalable qu'il attaque.

5. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir de M. E ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué :

S'agissant du cadre juridique :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière () ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article L. 442-1-2 du même code : " Le périmètre du lotissement comprend le ou les lots destinés à l'implantation de bâtiments () ".

7. Une opération d'aménagement ayant pour effet la division d'une propriété foncière en plusieurs lots constitue un lotissement, au sens de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme, s'il est prévu d'implanter des bâtiments sur l'un au moins de ces lots. Une telle opération doit respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme et les documents locaux d'urbanisme. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de s'opposer à la déclaration préalable sollicitée lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, le projet de lotissement prévoit l'implantation de constructions dont la conformité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

9. L'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme permet au juge, lorsqu'il constate qu'un vice entachant la légalité d'une décision de non opposition à déclaration préalable peut être régularisé par une décision modificative, de rendre un jugement avant dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. Un vice de procédure, dont l'existence et la consistance sont appréciées au regard des règles applicables à la date de la décision litigieuse, doit en principe être réparé selon les modalités prévues à cette même date. S'agissant des vices entachant le bien-fondé de la décision de non opposition à déclaration préalable, le juge doit se prononcer sur leur caractère régularisable au regard des dispositions en vigueur à la date à laquelle il statue. Le caractère régularisable d'un vice au sens de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme s'apprécie en tenant compte, non des caractéristiques du seul projet existant telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui ont été soumises à l'autorité compétente, mais de la possibilité pour le pétitionnaire de faire évoluer le projet et d'en revoir, le cas échéant, l'économie générale, sans en changer la nature même.

10. Il résulte de ce qui est dit aux points 7 et 9, que la légalité d'une autorisation de lotissement s'apprécie au regard des caractéristiques du projet telles qu'elles ressortent des pièces du dossier de demande d'autorisation de lotissement et, par suite, de la légalité qui pourra, compte tenu de ces mêmes caractéristiques, être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises, tandis que sa régularisation s'apprécie en tenant compte de la possibilité pour le pétitionnaire de faire évoluer les caractéristiques de son projet de lotissement telles qu'elles ressortent des pièces de son dossier de demande et d'en revoir, le cas échéant, l'économie générale, sans en changer la nature même, et ce dès le stade de l'autorisation de lotissement et non au stade de la délivrance des autorisations d'urbanisme qui seront ultérieurement requises. Par suite, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que la circonstance que le tribunal a informé les parties qu'il pourrait, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, décider de surseoir à statuer sur la légalité de l'arrêté de non opposition à déclaration préalable de lotissement attaqué dans l'attente de sa régularisation serait, par elle-même, de nature à démontrer que la légalité du projet de lotissement pourra, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier de déclaration de lotissement, être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises et que cela impliquerait nécessairement d'écarter tous les moyens dirigés contre l'arrêté attaqué. Il y a donc lieu d'examiner ces moyens de légalité.

S'agissant du bien-fondé des moyens :

Quant à la servitude liée aux canalisations de transports d'hydrocarbures et de gaz :

11. Aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ". Aux termes de l'article R. 555-30-1 du code de l'environnement relatif, notamment, aux canalisations de transport d'hydrocarbures et de gaz : " I.- Le maire informe le transporteur de toute demande de permis de construire, de certificat d'urbanisme opérationnel ou de permis d'aménager concernant un projet situé dans l'une des zones mentionnées au b de l'article R. 555-30. () ".

12. La décision attaquée étant un arrêté de non opposition à déclaration préalable, qui n'est pas mentionné par les dispositions de l'article R. 555-30-1 du code de l'environnement, le moyen tiré du défaut de consultation des gestionnaires des réseaux de transport d'hydrocarbures et de gaz en méconnaissance de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme doit être écarté comme étant inopérant.

13. Par ailleurs, aux termes de l'article 2 de la décision attaquée " le pétitionnaire veillera aux différentes servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation des sols, notamment les servitudes relatives à l'utilisation de certaines ressources et équipements ". Aussi, si le requérant entend faire également valoir que l'absence de demande d'avis des gestionnaires des servitudes d'utilité publique en question n'a pas permis à l'autorité compétente d'examiner si le projet de lotissement prévoit l'implantation de constructions dont la conformité avec ces servitudes ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises, un tel moyen serait en tout état de cause inopérant.

Quant aux occupations ou utilisations du sol interdites ou autorisées sous condition :

14. Aux termes de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Chevreuse : " Sont interdits tous les modes d'occupation du sol, sauf ceux liés et nécessaires à l'exploitation agricole, aux carrières et exploitations des ressources du sol et du sous-sol et ceux visés à l'article 2 ". Aux termes de l'article A2 de ce même règlement : " Sont autorisées les occupations du sol non interdites à l'article A1 dont notamment : () / La réalisation de constructions, d'ouvrages ou d'installations lorsqu'elles sont liées aux infrastructures routières () dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière dans l'unité foncière où elles sont implantées () ".

15. En premier lieu, il est constant que le terrain d'assiette du lot A constructible, détaché de l'unité foncière d'origine, et qui constitue le périmètre du lotissement litigieux, est situé à cheval entre la zone A et la zone UH du PLU de la commune de Chevreuse. Or, il ressort des pièces du dossier que l'hypothèse d'implantation de la construction située sur ce lot est circonscrite dans la partie de ce lot couverte par la zone UH. Dès lors le moyen tiré de ce que cette construction méconnait les articles A1 et A2 du règlement du PLU est inopérant.

16. En deuxième lieu, selon l'article 2 de la décision attaquée " la création d'une voie en grave de calcaire de 4 mètres de large en zone agricole le long de la parcelle 2202 sur un linéaire de plus de 60 mètres doit être réduite à de simples bandes de roulement ". Les dispositions des articles A1 et A2 ne peuvent être regardées comme ayant pour objet ou pour effet d'interdire la réalisation de telles bandes de roulement. Par suite, le moyen tiré de ce que les bandes de roulement litigieuses, dont l'hypothèse d'implantation figure sur la partie du lot A couverte par la zone A du PLU de la commune de Chevreuse, méconnaitraient ultérieurement les articles A1 et A2 du règlement de cette zone, cités au point 14, lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises, doit être écarté.

17. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'aménagement adapté à la collecte sélective des ordures ménagères prévu à l'article UH 11.6 cité au point 28, sera implanté sur la partie de la parcelle litigieuse couverte par la zone A du règlement du PLU de la commune de Chevreuse. Par suite, le moyen tiré de ce que les articles A1 et A2 de ce règlement ne permettent pas une telle réalisation est inopérant.

Quant aux caractéristiques de la voie de desserte du lot A :

18. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit que le lot A sera desservi par le chemin rural n° 28, via un accès situé en zone A du PLU de Chevreuse. Dès lors, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article UH3 du règlement de ce PLU.

19. En second lieu, aux termes de l'article A3 du règlement du PLU de Chevreuse : " Pour être constructible, tout terrain doit présenter un accès automobile sur une voie publique ou privée, répondant à l'importance et à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeuble à édifier, notamment en ce qui concerne la commodité, la sécurité de la circulation et des accès, l'enlèvement des ordures ménagères ainsi que les moyens d'approche permettant une lutte efficace contre l'incendie ".

20. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la circonstance que le chemin rural n° 28 n'est pas goudronné jusqu'au portail d'accès au lot A litigieux, qu'à la date de la décision attaquée, l'autorité administrative avait connaissance d'éléments de nature à faire obstacle à ce que ce chemin permette une desserte automobile à ce lot de sorte à méconnaitre l'article A3 du règlement du PLU de Chevreuse, dans cette seule mesure, lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises pour la construction projetée. La circonstance que de nombreuses pièces, dont il n'est pas démontré qu'elles révèlent une situation de fait ou de droit existante à la date de la décision attaquée, tendent à démontrer que ce chemin rural pourrait être aménagé, notamment au droit de l'accès projeté du lot A litigieux, en voie verte exclusivement réservée à la circulation des véhicules non-motorisés, des piétons et des cavaliers, ne saurait modifier cette appréciation. Toutefois, les caractéristiques de ce chemin ne permettaient pas de considérer, à la date de la décision attaquée, que la desserte du lot A pourrait ultérieurement être assurée par les engins d'enlèvement des ordures ménagères et de lutte contre l'incendie lors de la délivrance de ces mêmes autorisations.

21. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A3 du règlement du PLU doit être accueilli en ce qui concerne l'enlèvement des ordures ménagères et les moyens d'approche permettant une lutte efficace contre l'incendie par le chemin rural n° 28.

Quant au raccordement aux réseaux :

22. D'une part, selon l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme, l'article L. 111-11 de ce code est applicable sur le territoire des communes couvertes par un PLU. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. () ".

23. D'autre part, selon l'article UH4 du règlement du PLU de Chevreuse, les constructions destinées à un usage d'habitation doivent être raccordées aux réseaux publics de distribution d'eau potable et d'électricité. L'article UH4 ne prohibe pas l'assainissement individuel sous certaines conditions.

24. En premier lieu, il ressort du plan de division joint au dossier de déclaration préalable litigieux qu'une servitude de passage des réseaux est prévue entre la construction et la route départementale n°13. En outre, la notice descriptive de ce dossier énonce qu'" après examen de la situation avec les opérateurs (Enedis et Lyonnaise des eaux), le raccordement pourra passer soit via la RD 13 soit par le CR 28 ", cette circonstance étant confirmée par les devis produit par le déclarant en cours d'instance. Il suit de là que le projet de lotissement litigieux ne peut être regardé comme prévoyant l'implantation d'une construction dont la conformité avec l'article UH4 de ce règlement ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises en ce qui concerne le raccordement aux réseaux publics de distribution d'eau potable et d'électricité.

25. En second lieu, l'article UH4 n'interdisant pas l'assainissement individuel, l'absence d'information à ce sujet au stade de l'acte attaqué n'est pas de nature à l'entacher d'illégalité au regard de cet article compte tenu du principe mentionné au point 7.

Quant à l'implantation par rapport aux limites séparatives :

26. Aux termes de l'article UH7 du règlement du PLU de Chevreuse : " () Sauf dispositions particulières, les constructions doivent être implantées en retrait des limites séparatives avec une distance : / - d'au moins 8 m des limites séparatives pour les parties de constructions comportant une ou plusieurs ouvertures principales (cf lexique) / - d'au moins 5 m dans le cas contraire. / () Sauf dispositions particulières, les constructions doivent être implantées en retrait des limites de fond de parcelle ou de fond de propriété avec une distance d'au moins 15 m ". Aux termes du lexique de ce règlement : " Sont considérées comme limites séparatives latérales celles rejoignant l'alignement ou le domaine public, ou pouvant le rejoindre par prolongement fictif sur fond voisin " selon schémas joints, et " Sont considérées comme limite de fond de parcelle ou de fond de propriété, les autres limites et notamment les limites opposées à la limite avec le domaine public ou en contact avec la voie d'accès automobile ".

27. Il ressort des pièces du dossier que, parmi les trois limites séparatives du lot A situées en zone UH, celle qui se situe le plus au Sud, à savoir la limite séparative entre ce lot et la parcelle du requérant, et dont le prolongement fictif vers l'Est ou vers l'Ouest sur le fond voisin ne rejoint ni l'alignement ni le domaine public, doit être regardée comme constituant une limite séparative de fond de parcelle au sens du PLU de Chevreuse. Toutefois, contrairement à ce que soutient le requérant, parmi ces trois limites séparatives, celle située la plus à l'Est, rejoint, par prolongement fictif vers le Sud sur fond voisin, le chemin rural n°28, ainsi que par prolongement fictif vers le Nord, sur l'unité foncière à l'origine du détachement litigieux, la route départementale n°13. Elle constitue donc une limite séparative latérale au sens du PLU de Chevreuse pouvant permettre, dans certaines conditions, une hypothèse d'implantation de la future construction à 5 mètres de distance. Par suite, le requérant ne démontre pas que le projet de lotissement litigieux prévoirait l'implantation d'une construction réduite à quelques mètres carrés d'emprise au sol et dont la conformité avec l'article UH7 de ce règlement ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH7 doit être écarté.

Quant à l'aménagement destiné à la collecte sélective des ordures ménagères :

28. Aux termes de l'article UH11.6 du règlement du PLU de Chevreuse : " Les constructions devront prévoir un aménagement spécifique adapté à la collecte sélective des ordures ménagères en vigueur sur la commune. Leur surface sera définie en fonction des besoins liés au stockage des containers nécessaires à la mise en place de la collecte sélective selon l'importance de la construction. / Ils seront aménagés pour être facilement accessibles depuis les voies accessibles aux véhicules de collecte sous forme de locaux aérés et équipés pour être facilement nettoyés ou des abris couverts ".

29. Compte tenu du principe mentionné au point 7, il résulte de ce qui est dit aux points 20 et 21, que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH11.6 du règlement du PLU, en ce que le projet ne pourra pas prévoir, lors de la délivrance des autorisations requises, un aménagement destiné à la collecte sélective des ordures ménagères facilement accessible depuis le chemin rural n°28 doit être retenu.

Quant au stationnement des véhicules :

30. En dernier lieu, aux termes de l'article UH12 du règlement du PLU de Chevreuse : " Il est exigé la création : / Pour les constructions à usage d'habitation : / 1 place par tranche de 40 m2 de surface de plancher entamée, avec un maximum de 3 places par logement. () ".

31. Compte tenu du principe mentionné au point 7, il résulte de ce qui est dit aux points 20 et 21, que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH12 du règlement du PLU en raison du défaut de desserte carrossable du lot A via le chemin rural n°28, doit être écarté.

Sur les conséquences des irrégularités relevées :

32. Il résulte des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 citées au point 8, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

33. Il résulte de tout ce qui précède que les vices mentionnés aux points 21 et 29 entachant la décision attaquée sont régularisables sachant, du reste, qu'il ressort des pièces du dossier que l'unité foncière à l'origine du projet de lotissement litigieux est desservie par plusieurs voies ouvertes à la circulation du public. Par suite, la décision de non opposition à déclaration préalable attaquée est susceptible d'être régularisée compte tenu de la possibilité pour le déclarant de faire évoluer son projet de lotissement et d'en revoir, le cas échéant, l'économie générale, sans y apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

34. En outre, à supposer que l'aménagement potentiel du chemin rural n° 28 en voie verte devait se concrétiser de sorte à faire obstacle, à l'avenir, à tout accès carrossable au lot A par ce chemin, il convient de rappeler que l'arrêté de régularisation peut apporter au projet de lotissement des modifications qui, sans changer la nature même de ce projet, ne se bornent pas à remédier aux vices à régulariser retenus par le tribunal.

35. Les parties ayant été invitées à présenter leurs observations, l'ensemble des moyens ayant été examinés, et le bénéficiaire de l'autorisation n'ayant pas fait savoir au tribunal qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées M. E afin de permettre une éventuelle régularisation par la délivrance d'une décision de non opposition à déclaration préalable qui devra être communiquée au tribunal dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. E pour permettre la production au tribunal d'une décision de non opposition à déclaration préalable régularisant les vices mentionnés aux points 21 et 29 du présent jugement.

Article 2 : Le délai dans lequel la régularisation de l'arrêté attaqué doit être notifiée au tribunal est fixé à six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'à la fin de l'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à M. B et Mme C A et à la commune de Chevreuse.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente-rapporteure,

Mme Caron, première conseillère,

Mme Mathé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

N. Boukheloua

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. Caron

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2104065

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