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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2104111

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2104111

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2104111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCINKO-SAKALLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 13 mai 2021, le 20 juillet 2021 et le 13 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Cinko-Sakalli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Essonne du 14 avril 2021 rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié ", et subsidiairement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 50 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il méconnaît le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît le 2° de l'article L. 314-9 et le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2021, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, désigné M. Jauffret, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de la première chambre.

Le rapport de Mme Lutz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité ivoirienne, né le 12 juillet 1984, déclare être entré en France en 2014. A compter du 16 septembre 2016, il a obtenu un titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français ", régulièrement renouvelé jusqu'au 22 novembre 2020. Le 12 octobre 2020, il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Par l'arrêté du 14 avril 2021, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de M. B, vise les textes dont il fait application, et comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles il est fondé, notamment le fondement de la demande de titre de séjour présentée par M. B, ses conditions d'entrée et de séjour en France, ainsi que sa situation familiale. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces versées aux débats par le préfet que M. B a été convoqué devant la commission du titre de séjour qui s'est réunie le 15 décembre 2020 et a émis un avis défavorable au renouvellement du titre de séjour du requérant. Cet avis a été transmis à M. B par courrier recommandé du 20 décembre 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que la situation de l'intéressé n'aurait pas été soumise à la commission du titre de séjour doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de l'arrêté contesté : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ".

6. M. B est père d'un enfant français né en 2016, toutefois il est séparé de la mère de l'enfant. S'il produit plusieurs mandats de la banque postale attestant qu'il a ponctuellement versé une pension alimentaire à la mère de l'enfant au cours des années 2017 et 2018, des factures de supermarché pour des achats de couches et de petits pots datant également de 2017 et une attestation de la directrice de l'école de l'enfant indiquant que M. B s'est présenté à elle le 31 janvier 2020 afin d'échanger sur la scolarité de sa fille, ces seuls éléments sont insuffisants pour démontrer que l'intéressé contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant à la date de l'arrêté contesté. Le moyen tiré de la méconnaissance du 6° de l'article L. 313-11 précité doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, il est constant que les dispositions du 2° de l'article L. 314-9 et du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de l'arrêté contesté, sur lesquelles le préfet de l'Essonne ne s'est pas prononcé, ne constituent pas le fondement de la demande de titre de séjour, qui a été présentée sur le fondement du 6°de l'article L. 313-11 de ce même code. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions et ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B, qui est entré en France à l'âge de 30 ans, est célibataire. S'il est père de deux enfants dont un enfant français, il ne justifie pas contribuer à leur entretien et à leur éducation. Il n'apporte aucun autre élément de nature à justifier de la nature et de l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France, alors par ailleurs qu'il a fait l'objet de sept condamnations inscrites au bulletin n°2 de son casier judiciaire entre 2016 et 2019. Dans ces conditions, en rejetant la demande de titre de séjour dont il était saisi, le préfet de l'Essonne n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts pour lesquels le refus de séjour litigieux a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, il résulte également de ce qui a été dit au point précédent que le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B en rejetant sa demande de titre de séjour.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Jauffret, premier conseiller faisant fonction de président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

F. Lutz Le premier conseiller faisant

fonction de président,

signé

E. JauffretLa greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2104111

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