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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2104128

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2104128

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2104128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDALBERA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 17 mai, 20 août et 27 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Dalbera, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 mars 2021 du jury de l'examen professionnel d'accès par voie de promotion interne au grade d'ingénieur territorial session 2020, option Sécurité et prévention des risques, en tant qu'elle a prononcé son ajournement, ensemble la décision de non-admission du 19 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au président du centre de gestion de la grande couronne d'organiser à nouveau l'épreuve orale à son profit, avec un autre jury que le jury n°3 qui l'a évaluée, et de réunir à nouveau le jury afin qu'il se prononce sur son admission au grade d'ingénieur territorial, spécialité Prévention et gestion des risques ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 19 mars 2021, signée par Mme C qui ne justifie pas disposer d'une délégation de signature, est entachée d'incompétence ;

- la délibération du 16 mars 2021 est entachée de deux vices de procédure puisque d'une part, l'absence de feuille d'émargement ne permet pas de vérifier la régularité de la composition du jury et, d'autre part, l'horaire de passage de son épreuve orale a été modifié le jour même ;

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'il lui a été reproché d'avoir cité le nom de sa collectivité alors qu'aucun texte ne l'interdisait, portant ainsi atteinte au principe de non-discrimination et au principe d'égalité entre les candidats, ainsi qu'au principe de légalité ; le règlement général des concours et examens professionnels n'a pas été respecté car l'heure de son épreuve orale a été avancée, engendrant une rupture d'égalité avec les autres candidats ; le jury, en adoptant une attitude hostile et humiliante a manqué à son devoir de neutralité et a pris en compte des critères étrangers à sa valeur professionnelle et à ses mérites et ne s'est pas fondé sur la grille de notation basée sur les trois items prévus que sont l'exposé du candidat sur son expérience professionnelle, la connaissance et la capacité à analyser l'environnement professionnel, l'aptitude à résoudre les problèmes techniques ou d'encadrement et enfin la motivation ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 30 juillet et le 29 septembre 2021, le centre interdépartemental de gestion (CIG) de la grande couronne de la région Ile de France conclut à titre principal au rejet de la requête comme étant irrecevable, à titre subsidiaire, au rejet de la requête comme étant infondée et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que ;

- les conclusions qui tendent à l'annulation de la délibération du 16 mars 2021 du jury, en tant qu'elle refuse son admission, sont irrecevables au motif qu'il s'agit d'un acte indivisible ;

- les conclusions en annulation dirigées contre le courrier du 19 mars 2021 l'informant de sa non admission sont également irrecevables au motif que ce document ne fait pas grief et est insusceptible de recours ;

- le moyen tiré de l'incompétence du signataire du courrier du 19 mars 2021 est inopérant compte tenu de la compétence liée résultant de la délibération du jury ;

- les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2022 par une ordonnance du 5 mai 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le décret n° 2016-207 du 26 février 2016 fixant les modalités d'organisation des examens professionnels pour l'accès au cadre d'emplois des ingénieurs territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est cheffe du service hygiène et sécurité de la mairie de Saint-Ouen depuis mars 2020. Elle a candidaté à l'examen professionnel d'ingénieur territorial, par voie de promotion interne, organisé par le centre interdépartemental de gestion (CIG) de la grande couronne. Après avoir obtenu la note de 15/20 à l'écrit, elle s'est vue attribuée la note de 2,75/20 à l'oral, note éliminatoire. Mme A a exercé un recours gracieux devant le président du centre de gestion, le 8 avril 2021 afin de contester sa non admission. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du 19 mars 2021 lui annonçant sa non-admission ainsi que la délibération du 16 mars 2021 du jury de l'examen professionnel. Elle demande également qu'il soit enjoint au président du CIG de réorganiser son épreuve orale avec un autre jury.

Sur la fin de non-recevoir opposée aux conclusions dirigées contre le courrier du 19 mars 2021 :

2. Ce courrier, qui vise à informer la requérante de sa non admission, ne peut être regardé comme un acte faisant grief. Dès lors, les conclusions en annulation dirigées à son encontre sont irrecevables, et le CIG est fondé à opposer cette fin de non-recevoir.

Sur les conclusions en annulation de la délibération du 16 mars 2021 :

3. D'une part, il ressort de la fiche d'émargement produite par le CIG de la Grande Couronne que le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du jury doit être écarté comme manquant en fait. D'autre part, le fait qu'un agent du centre de gestion ait demandé, par téléphone, à la requérante ainsi qu'aux autres candidats de cette demi-journée, de venir une demi-heure plus tôt que l'horaire figurant sur sa convocation, en raison du couvre-feu instauré lors de la pandémie du Covid-19 ne constitue pas, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu du caractère mineur de ce changement, un vice de procédure. En tout état de cause, la requérante ne peut être regardée comme ayant été privée d'une garantie et cette adaptation horaire ne saurait avoir eu une incidence sur l'appréciation portée par le jury. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la délibération litigieuse est entachée d'un vice de procédure.

4. Il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation faite par un jury de la valeur des candidats. Il lui appartient en revanche de vérifier que le jury a formé cette appréciation sans méconnaître les normes qui s'imposent à lui et que les notes qui ont été attribuées ne l'ont pas été sur le fondement d'autres considérations que la seule valeur des prestations des candidats. Le juge vérifie également que les notes qui ont été attribuées ne l'ont pas été sur le fondement d'autres considérations que la seule valeur des prestations des candidats et qu'elles ne se fondent pas sur des faits matériellement inexacts ou des éléments étrangers aux épreuves de l'examen. S'il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation portée par le jury d'un concours sur la prestation d'un candidat, il lui appartient, en revanche, de vérifier qu'il n'existe, dans le choix du sujet d'une épreuve, aucune violation du règlement du concours de nature à créer une rupture d'égalité entre les candidats. A ce titre, il lui incombe notamment de contrôler que ce choix n'est pas entaché d'erreur matérielle, que le sujet peut être traité par les candidats à partir des connaissances que requiert le programme du concours et que, pour les interrogations orales, les questions posées par le jury sont de nature à lui permettre d'apprécier les connaissances du candidat dans la discipline en cause.

5. En premier lieu, Mme A soutient avoir été pénalisée au motif qu'elle a cité le nom de la commune au sein de laquelle elle exerce ses fonctions, précisant que l'attitude du jury a immédiatement changé et que cela lui a été reproché dans sa fiche de notation alors même qu'aucun texte ne lui interdisait de le faire. Néanmoins, s'il n'est pas contesté que le jury a regretté connaître cette information, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se soit fondé principalement sur cette circonstance pour fixer la note de l'intéressée alors qu'il ressort également de la fiche individuelle de la requérante qu'il a relevé des lacunes en ce qui concerne sa connaissance de l'environnement territorial et les compétences professionnelles attendues.

6. En deuxième lieu, la circonstance qu'un agent du CIG de la grande couronne ait appelé Mme A, ainsi que les autres candidats, pour leur demander d'avancer d'une demi-heure sa présence sur le lieu d'examen afin d'optimiser l'organisation de la journée soumise à un couvre-feu en raison de la période sanitaire du Covid-19, n'a pas constitué, en l'espèce, une rupture d'égalité de traitement entre les candidats.

7. En troisième lieu, Mme A conteste la note de 2,75/20 obtenue à l'oral, indiquant qu'une telle note n'est pas crédible au regard de son expérience et de ses connaissances. Il n'appartient toutefois pas au juge de l'excès de pouvoir de contrôler l'appréciation souveraine portée par le jury sur la valeur d'un candidat à un examen, sauf si les notes attribuées sont fondées sur des considérations autres que la seule valeur de sa prestation. Il appartient au juge administratif de contrôler que les questions posées par le jury sont de nature à lui permettre d'apprécier les connaissances du candidat dans la discipline en cause ainsi que ses compétences. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les questions qui lui ont été posées, notamment relatives au compte administratif, aux recettes des collectivités et aux risques professionnels n'étaient pas étrangères aux connaissances requises pour l'examen en cause. Dès lors, la requérante, qui admet avoir " bafouillé ", " perdu ses moyens " et avoir répondu " correctement ou partiellement à au moins 30% des questions posées " n'établit pas que le jury aurait fondé son appréciation sur d'autres éléments que sa prestation.

8. En quatrième lieu, la requérante soutient que sa notation n'a pas été basée sur les trois items prévus (Exposé du candidat sur son expérience professionnelle / connaissance et capacité à analyser l'environnement professionnel, aptitude à résoudre les problèmes techniques ou d'encadrement / Motivation). Toutefois, aucun principe n'impose au jury de concours d'assortir les notes qu'il attribut d'indications par rapport à un barème de notation. Et si Mme A conteste le temps de présentation de son exposé qui n'aurait pas atteint 10 mn, il ressort des pièces du dossier que l'épreuve orale était " d'une durée totale de 40 minutes dont dix minutes au plus d'exposé " et que l'intéressée a été reçue devant le jury entre 17h05 et 17h45.

9. En cinquième lieu, Mme A soutient que le comportement des membres du jury lors de l'examen professionnel a été empreint d'animosité à son égard, le jury l'ayant interrompue et montré un agacement à plusieurs reprises. Mais si elle a pu ressentir une certaine tension au cours de l'entretien ou un ennui de la part de certains membres du jury, aucune pièce du dossier ne vient révéler ni l'existence d'une animosité du jury à son égard, ni que les principes de neutralité et d'impartialité auraient été méconnus. Les éléments dont elle se prévaut, tenant à ce que les membres du jury auraient cessé leur prise de note, auraient tenté de la " démolir psychologiquement ", et que l'un d'entre eux aurait dessiné, ne permettent pas d'établir l'existence d'une attitude discriminante à son égard. Au surplus, la requérante ne peut utilement se prévaloir du guide pratique des concours administratifs à l'usage des présidents et membres de jurys, qui recommande que le candidat puisse compter sur un environnement qui ne soit pas agressif et que le questionnement soit conforme aux règles et pratiques des entretiens, dès lors que ces mentions ont la nature de simples préconisations dépourvues de caractère réglementaire.

10. Enfin, et compte tenu des motifs indiqués au point précédent, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi par les pièces du dossier.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la délibération du 16 mars 2021, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre fin de non-recevoir.

.

Sur les autres conclusions :

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme que le CIG réclame au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions en annulation du courrier du 19 mars 2021 sont irrecevables.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du centre interdépartemental de gestion de la grande couronne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre interdépartemental de gestion de la grande couronne.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, présidente,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

M. Geismar Le président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2104128

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