lundi 6 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2104164 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ATHON-PEREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 mai 2021 et le 5 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Athon-Perez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 mars 2021 par laquelle le maire de Mantes-La-Jolie lui a infligé une sanction d'abaissement d'échelon ;
2°) d'enjoindre à la commune de Mantes-La-Jolie, à titre principal, de la rétablir au 8e échelon dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Mantes-La-Jolie une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
A titre principal :
- la sanction litigieuse est entachée d'une erreur de fait, dans la mesure où, d'une part, elle a sollicité l'autorisation de cumuler son service avec son autoentreprise par un courrier simple du 15 mars 2018, et qu'ensuite, les services des ressources humaines l'ont informée par téléphone qu'à défaut de réponse expresse formulée suite à sa demande de cumul, celle-ci était autorisée, et, d'autre part, elle n'a pas, contrairement à ce que soutient la commune, participé à un évènement à Dangu pendant son congé de longue maladie ; en outre, son activité est qualifiable de " production des œuvres de l'esprit " puisqu'elle confectionnait des créations personnelles avec un concept " multi taille " innovant qu'elle a imaginé ;
- les faits reprochés ne constituent pas une faute disciplinaire ;
- la sanction est disproportionnée, tant au regard de son parcours, étant précisé qu'agent titulaire depuis 1990, elle a été reconnue travailleur handicapé et a dû faire face à plusieurs affectations inadaptées depuis, que des griefs reprochés ; l'abaissement d'échelon dont elle a fait l'objet implique une diminution de ses revenus d'environ 70 euros par mois qui lui est particulièrement préjudiciable puisqu'elle devrait recevoir un demi traitement à compter du 10 juillet 2021 et que son mari a pris sa retraite le 1er mai 2021 ; enfin, la commune de Mantes-La-Jolie connaissait parfaitement l'existence de cette activité accessoire puisqu'elle l'a prévenue par courrier simple le 15 mars 2018 et un appel téléphonique en mai suivant, et que la commune a d'ailleurs fait appel aux services de son entreprise à plusieurs reprises, pour l'organisation de la " Foire à l'oignon ", en 2018 gracieusement, puis avec l'émission d'un bon de commande et sa facturation en 2020 ;
A titre subsidiaire :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée en fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2021, la commune de Mantes-La-Jolie, représentée par Me Moreau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 26 octobre 2022 par une ordonnance du 26 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-53 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,
- les observations de Me Achard, substituant Me Athon-Perez,
- et les observations de Me Ben Hamouda, substituant Me Moreau.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, agent titulaire au sein de la police municipale, a été recrutée par la commune de Mantes-La-Jolie le 1er avril 2017, avant d'être placée en congé de longue maladie à compter du 13 avril suivant. Reconnue travailleur handicapé par la maison départementale pour les personnes handicapées, elle a finalement repris ses fonctions sur un poste administratif le 4 mai 2018, puis a été affectée au service " état civil ". Mme B a ensuite été placée en congé de longue maladie à compter du 10 juillet 2020. En parallèle, en 2016, elle a créé une entreprise, dénommée Sewing, dont l'objet est la fabrication et la reproduction de costumes d'époque à commercialiser. Par une décision du 18 mars 2021, le maire de Mantes-La-Jolie lui a infligé une sanction disciplinaire d'abaissement d'échelon en raison de ce cumul d'activité non autorisé. Mme B demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 : " I.-Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. Il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, sous réserve des II à V du présent article. Il est interdit au fonctionnaire : 1° De créer ou de reprendre une entreprise lorsque celle-ci donne lieu à immatriculation au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers ou à affiliation au régime prévu à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale, s'il occupe un emploi à temps complet et qu'il exerce ses fonctions à temps plein ; () III.-Le fonctionnaire qui occupe un emploi à temps complet peut, à sa demande, être autorisé par l'autorité hiérarchique dont il relève à accomplir un service à temps partiel pour créer ou reprendre une entreprise et à exercer, à ce titre, une activité privée lucrative. () V.-La production des œuvres de l'esprit, au sens des articles L. 112-1, L. 112-2 et L. 112-3 du code de la propriété intellectuelle, s'exerce librement, dans le respect des dispositions relatives au droit d'auteur des agents publics et sous réserve de l'article 26 de la présente loi. ".
3. Aux termes de l'article 29 de la même loi : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ". Et selon l'article 89 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. () Deuxième groupe : la radiation du tableau d'avancement ; l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; () ".
4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. Le contrôle exercé par le juge sur le caractère proportionné de la sanction s'exerce au sein d'un même groupe de sanctions.
5. Pour prendre la sanction litigieuse, d'abaissement d'échelon, le maire de Mantes-La-Jolie a reproché à la requérante d'avoir exercé une activité accessoire sans avoir préalablement adressé de demande, et sans, ainsi, obtenir d'autorisation. Il a alors conclu que ces faits constituaient un manquement à ses obligations déontologiques.
6. Il résulte des dispositions reproduites ci-dessus qu'en principe, un fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées et qu'il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit. Ainsi, Mme B qui a poursuivi la gestion de son auto entreprise de confection de vêtement d'époque, alors que, fonctionnaire territoriale, elle ne disposait pas de l'autorisation de la commune de Mantes-La-Jolie, a commis une faute au regard de ses obligations statutaires. Le moyen tiré de l'erreur quant à la qualification juridique des faits doit donc être écarté.
7. En l'espèce, Mme B, agent territorial en activité, a été placée en congé de longue maladie du 13 avril 2017 au 12 avril 2018, puis à compter du 10 juillet 2020 pour une durée de neuf mois. Elle disposait d'une auto entreprise dont l'objet principal était la confection de vêtements d'époque et qui comprenait également la formation ainsi que l'animation d'ateliers de création sur ces thématiques. Mme B démontre avoir été autorisée, le 21 mars 2016, à créer cette structure par son ancien employeur, la commune de Rueil-Malmaison. Elle affirme aussi, sans toutefois pouvoir le démontrer, avoir renouvelé cette demande auprès de la ville de Mantes-La-Jolie par un courrier simple et explique que, téléphoniquement, le service des ressources humaines lui a indiqué qu'elle pouvait poursuivre cette activité. Elle se prévaut ainsi de sa bonne foi, pensant qu'elle était autorisée à exercer cette activité accessoire. En outre, elle justifie que, dès la réception du courrier du 12 janvier 2021 du maire de Mantes-La-Jolie critiquant l'existence de son auto entreprise et l'alertant sur l'illégalité de la situation, elle a immédiatement cessé cette activité en procédant, trois jours seulement après l'envoi de ce courrier, à sa radiation du répertoire des métiers. En parallèle, il est constant que la réglementation relative au cumul d'activités des fonctionnaires a évolué et que les nouvelles dispositions, plus strictes s'agissant de la création d'entreprises, sont entrées en vigueur en janvier 2017, soit postérieurement à l'autorisation donnée par son ancienne collectivité, et antérieurement à sa prise de fonction dans la commune de Mantes-La-Jolie.
8. Par ailleurs, la requérante précise que la finalité de cette entreprise n'était pas d'engendrer des profits, mais de s'auto suffire dans le but de créer du lien social à travers des loisirs, ce qui a été le cas par le biais de la participation à plusieurs évènements municipaux, parfois gracieusement. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la requérante a justement participé, à la demande de la commune de Mantes-La-Jolie elle-même, à des animations municipales, notamment lors de la fête de l'oignon, lorsque la collectivité lui a demandé d'animer un atelier de décoration de couronne pour les enfants, en 2019 gracieusement, puis par l'émission d'un bon de commande ayant donné lieu à une facturation en 2020. Cette collaboration entre la requérante et son employeur est également illustrée par des échanges de courriels, à la teneur cordiale sous entendant que les interlocuteurs se connaissaient, et qu'ainsi la commune ne pouvait ignorer, en réalité, l'existence de cette activité accessoire. Enfin, Mme B, fonctionnaire depuis 1990, n'a, selon les pièces du dossier, jamais été sanctionnée par le passé. Au contraire, il ressort des pièces produites qu'elle a obtenu la médaille d'honneur régionale, départementale et communale de la part du préfet de l'Eure le 1er janvier 2010.
9. Ainsi, compte tenu des explications étayées de la requérante, crédibles, de la circonstance que la commune a elle-même commandé des prestations à cette auto entreprise, en demandant expressément à Mme B de participer à des animations municipales et en émettant un bon de commande pour s'acquitter de la facture correspondante, de la réaction immédiate de Mme B de cesser l'activité irrégulière dès qu'elle a eu connaissance de cette situation, la sanction d'abaissement d'échelon infligée par le maire de Mantes-La-Jolie est, dans les circonstances particulières de l'espèce, disproportionnée.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 18 mars 2021 procédant à son abaissement d'échelon, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.
11. Il est enjoint au maire de Mantes-La-Jolie, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de reconstituer la carrière de Mme B, en la rétablissant rétroactivement dans le 8e échelon de son grade.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la requérante. Il y a lieu, sur ce même fondement, de mettre à la charge de la commune de Mantes-La-Jolie une somme de 1 500 euros à verser à Mme B.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 mars 2021 du maire de Mantes-La-Jolie portant abaissement d'échelon est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Mantes-La-Jolie de reconstituer la carrière de Mme B en la réintégrant rétroactivement au 8e échelon de son grade.
Article 3 : La commune de Mantes-La-Jolie versera une somme de 1 500 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Mantes-La-Jolie.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
Mme Vincent, première conseillère,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
M. Geismar
Le président,
Signé
C. Gosselin
La greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2104164
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026