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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2104611

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2104611

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2104611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL DRAI ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 juin 2021, 22 novembre 2021, 10 octobre 2022 et 20 octobre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. et Mme C et D G, M. I H, M. A B, M. F E, la SCI 44 rue de Lorraine, la SCI Deux Place Hevre, et la chambre syndicale des propriétaires et copropriétaires de Versailles et sa région, représentés par Me Rochefort, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise a rejeté leur demande tendant au retrait, à l'abrogation et à la non-application de la délibération du 14 décembre 2017 et de sa convention de mise en œuvre ;

2°) d'enjoindre à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise de réunir son conseil communautaire afin d'abroger et de retirer la délibération du 14 décembre 2017 ;

3°) de mettre à la charge de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise la somme de 4 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- les décisions implicites de rejet sont entachées d'incompétence ; en effet, dès lors que la délibération du 14 décembre 2017 et la convention du 25 juin 2021 sont illégales, le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise ne pouvait rejeter leur demande de retrait, d'abrogation et de non application de ces décisions sans saisir au préalable son conseil communautaire ;

- la délibération du 14 décembre 2017 a été prise par une autorité incompétente, dès lors que l'instauration et la délivrance du permis de louer relève des pouvoirs de police spéciale du maire de Mantes-la-Jolie ;

- à supposer que le conseil communautaire ait été compétent pour mettre en place le dispositif d'autorisation préalable de mise en location, il ne l'était pas pour en réglementer l'exercice ; en tout état de cause, la mise en œuvre de ce dispositif ne pouvait pas faire l'objet d'une convention de délégation d'exercice à la commune de Mantes-la-Jolie, de sorte que la convention du 25 juin 2021 est entachée d'erreur de droit et d'un défaut de base légale ;

- la délibération du 14 décembre 2017 est entachée d'une erreur de droit dès lors, d'une part, qu'elle n'a pas été précédée d'une détermination préalable des zones d'habitat dégradé ; d'autre part, elle met en place l'autorisation préalable de mise en location sur tout le territoire de la commune de Mantes-la-Jolie, alors que l'habitat indigne ou dégradé ne concerne que le quartier du Val Fourré ; elle est ainsi entachée d'inexactitude matérielle des faits ;

- les périmètres d'application du dispositif et les caractéristiques des logements pris en compte n'ont pas été établis en cohérence avec le programme local de l'habitat intercommunal (PLHi) et le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées (PDALHPD) ; le dispositif n'est pas justifié et est privé d'intérêt local ;

- la convention du 25 juin 2021 est entachée d'erreur de droit, dès lors que le périmètre d'application du dispositif d'autorisation préalable de mise en location ne pouvait être fixé par une convention, mais devait être défini et fixé par une délibération de l'autorité compétente pour l'instituer ; en outre, le périmètre d'application établi par la convention est contraire aux articles 1 et 4 de la délibération du 14 décembre 2017, qui institue le dispositif sur tout le territoire ; enfin, le III de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation circonscrit la délégation de mise en œuvre et du suivi du dispositif pour les seules zones soumises à déclaration de mise en location et non à autorisation ;

- la convention du 25 juin 2021 est illégale en l'absence de preuve de sa publicité et de sa transmission au contrôle de légalité ;

- l'exclusion du dispositif des logements construits postérieurement à 2004 est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la délibération du 14 décembre 2017, qui exclut les bailleurs sociaux du dispositif, est discriminatoire à l'égard des bailleurs privés ; elle porte une atteinte disproportionnée au droit de propriété protégé par les articles 1 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et est contraire au principe d'égalité de traitement ; elle est illégale dès lors qu'elle repose sur l'article L. 635-1 alinéa 2 du code de la construction et de l'habitation, qui est lui-même inconventionnel ;

- la délibération contestée est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle impose au bailleur de produire des documents supplémentaires non prévus par les textes ; la convention du 25 juin 2021 ne pouvait pas davantage imposer au pétitionnaire de produire des documents supplémentaires non prévus par les textes ni lui imposer un droit de visite ou la réalisation de travaux ;

- la convention du 25 juin 2021 est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la délibération du 14 décembre 2017 ;

- l'illégalité de la délibération du 14 décembre 2017 doit conduire à l'annulation des décisions implicites refusant son abrogation, son retrait et sa non-application, ainsi qu'à celle de la convention signée suite à cette délibération.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 juin 2022 et 4 avril 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce que, d'une part, M. et Mme G ainsi que la SCI 44 rue de Lorraine ne justifient pas de leur intérêt à agir ; d'autre part, les conclusions dirigées contre la convention du 25 juin 2021 sont irrecevables dès lors que les requérants n'identifient pas les clauses réglementaires du contrat dont ils demandent l'abrogation ; en outre, les conclusions tendant au retrait de la délibération du 14 décembre 2017 sont tardives ; enfin, les conclusions tendant à la " non application " de la délibération du 14 décembre 2017 et de la convention du 25 juin 2021 sont irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2022 à 12 heures.

Par un courrier du 26 décembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de refus d'abrogation de la convention du 25 juin 2021 qui ont perdu leur objet dès lors que cette convention est arrivée à son terme le 31 décembre 2023.

Des observations en réponse à ce courrier, présentées pour les requérants, ont été enregistrées le 2 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,

- les observations de Me Rochefort, représentant les requérants, et celles de Me Mascré, représentant la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 14 décembre 2017, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) a institué sur le territoire de la commune de Mantes-la-Jolie le dispositif d'autorisation préalable de mise en location prévu par l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation, à compter du 1er juillet 2018. Une convention de délégation de la compétence relative à la mise en œuvre et au suivi de ce dispositif entre la communauté urbaine GPSEO et la commune de Mantes-la-Jolie a été signée le 25 juin 2021. Par un courrier reçu le 18 mars 2021, les requérants ont demandé à la communauté urbaine GPSEO l'abrogation, le retrait et la non-application de la délibération du 14 décembre 2017 ainsi que de la convention signée avec le maire de Mantes-la-Jolie à la suite de cette délibération. Des décisions implicites de rejet sont nées du silence gardé par la communauté urbaine GPSEO sur ces demandes. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de retirer la délibération du 14 décembre 2017 :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 14 décembre 2017 a été publiée le 11 janvier 2018. Le courrier, reçu le 18 mars 2021, par lequel les requérants ont demandé à la communauté urbaine GPSEO de retirer cette délibération, qui doit être regardé comme un recours gracieux formé à l'encontre de cette délibération, est donc tardif, et n'a ainsi pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux contre cette délibération. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de ce recours gracieux, qui doivent être regardées comme tendant également à l'annulation de la délibération du 14 décembre 2017, sont irrecevables pour tardiveté. La fin de non-recevoir opposée en défense doit donc être accueillie.

3. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 14 décembre 2017 et de rejet du recours gracieux des requérants tendant au retrait de cette délibération doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus d'abrogation de la délibération du 14 décembre 2017 et de rejet de la demande de " non-application " de cette délibération :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

4. Compte tenu des écritures des requérants, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite rejetant la demande de " non-application " de la délibération du 14 décembre 2017 doivent être regardées comme ayant le même objet que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite refusant d'abroger cette délibération. Par suite, elles doivent être regardées comme tendant aux mêmes fins, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la défense à l'encontre de ces conclusions.

5. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réglementaire illégal réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique. Il s'ensuit que, dans l'hypothèse où un changement de circonstances a fait cesser l'illégalité de l'acte réglementaire litigieux à la date à laquelle il statue, le juge de l'excès de pouvoir ne saurait annuler le refus de l'abroger. Il suit de là que lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.

En ce qui concerne le bien-fondé des moyens :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5215-20 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - La communauté urbaine exerce de plein droit, au lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : () / 3° En matière d'équilibre social de l'habitat sur le territoire communautaire : / a) Programme local de l'habitat ; / b) Politique du logement ; aides financières au logement social ; actions en faveur du logement social ; action en faveur du logement des personnes défavorisées ; / c) Opérations programmées d'amélioration de l'habitat, actions de réhabilitation et résorption de l'habitat insalubre ; () ". Aux termes de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I.- L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'habitat ou, à défaut, le conseil municipal peut délimiter des zones soumises à autorisation préalable de mise en location sur les territoires présentant une proportion importante d'habitat dégradé. Ces zones sont délimitées au regard de l'objectif de lutte contre l'habitat indigne et en cohérence avec le programme local de l'habitat en vigueur et le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées. Ces zones peuvent concerner un ou plusieurs ensembles immobiliers. () / II.- La délibération mentionnée au I peut fixer, pour chacune des zones géographiques qu'elle délimite, les catégories et caractéristiques des logements qui sont soumis à autorisation préalable. Elle précise la date d'entrée en vigueur du dispositif, qui ne peut être fixée à un délai inférieur à six mois à compter de la publication de la délibération mentionnée au I, ainsi que le lieu et les modalités de dépôt de la demande d'autorisation. () ".

7. Au regard des compétences transférées de plein droit aux communautés urbaines en matière d'équilibre social de l'habitat sur le territoire communautaire par application des dispositions citées au point 6, la communauté urbaine GPSEO doit être regardée comme " compétente en matière d'habitat " au sens de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation pour instaurer le dispositif d'autorisation préalable à la location sur le territoire de l'une de ses communes membres. Cette compétence, qui exclut celle des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale, comprend, ainsi qu'il résulte des termes du II de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, celle de fixer les modalités d'instruction des demandes d'autorisation préalable à la location. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la communauté urbaine GPSEO pour adopter la délibération du 14 décembre 2017 doit, en tout état de cause, être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du III de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la demande d'une ou plusieurs communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'habitat, l'organe délibérant de cet établissement peut déléguer à ces communes la mise en œuvre et le suivi sur leurs territoires respectifs des articles L. 635-3 à L. 635-10 s'agissant des zones soumises à déclaration de mise en location. () ".

9. Il résulte d'une délibération CC_2021-02-11_15 du 11 février 2021, dont il est fait état dans les pièces du dossier et qui est librement consultable sur internet, que le conseil communautaire de la communauté urbaine GPSEO a, en application des dispositions citées au point précédent, décidé de déléguer à la commune de Mantes-la-Jolie la mise en œuvre et le suivi du dispositif d'autorisation préalable de mise en location, en précisant que les modalités de cette délégation, notamment celles relatives au dépôt des demandes, à leur enregistrement, à leur instruction ainsi qu'à la délivrance ou au refus d'autorisations seraient établies dans la convention à conclure entre la communauté urbaine et la commune de Mantes-la-Jolie. Si l'article 4 de la délibération du 14 décembre 2017 imposait aux bailleurs de fournir, outre le formulaire Cerfa et le dossier de diagnostic technique exigés par l'article L. 635-4 du code de la construction et de l'habitation, d'autres documents et informations tels que le projet de bail, le nombre d'occupants, le montant du loyer et des charges, les plans intérieurs et des photographies du bien à louer, la convention du 25 juin 2021 litigieuse, prise en application de la délibération du 11 février 2021, n'a prévu la fourniture d'aucun des documents et informations complémentaires exigés par la délibération du 14 décembre 2017. Par suite, les informations complémentaires prévues à l'article 4 de la délibération du 14 décembre 2017 n'étant en tout état de cause plus exigibles, les moyens tirés de ce que le refus d'abroger cet article serait entaché d'incompétence et d'erreur de droit doivent être écartés comme inopérants.

10. En troisième lieu, si la délibération du 14 décembre 2017 excluait du dispositif les logements dont la déclaration d'achèvement des travaux est postérieure à 2004, l'article 2 de la délibération du 11 février 2021 prévoit que le dispositif sera applicable, à compter du 1er septembre 2021, à l'ensemble des logements loués comme résidence principale, vides ou meublés, à l'exception seulement des logements sociaux et des logements faisant l'objet d'une convention d'aide personnalisée au logement avec l'Etat. L'exclusion des logements récents instituée par la délibération du 14 décembre 2017 n'étant plus applicable, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, dirigés contre la décision refusant d'abroger cette délibération, doivent être écartés comme inopérants.

11. En quatrième lieu, si la délibération du 14 décembre 2017 prévoyait l'application du dispositif sur l'ensemble du territoire de la commune de Mantes-la-Jolie, ce périmètre a été réduit par la délibération du 11 février 2021, conformément à un plan annexé à cette délibération qui délimite trois secteurs dans lesquels le dispositif n'est pas applicable. Le périmètre défini par la délibération du 14 décembre 2017 n'étant plus applicable, les moyens invoquant son caractère injustifié et disproportionné, ainsi que ceux fondés sur son manque d'intérêt local et sur son incohérence avec le programme local de l'habitat intercommunal (PLHi) et le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées (PDALHPD), sont inopérants.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : " Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression ". Aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général () ". L'article 14 de cette convention énonce que : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ". Une distinction entre des personnes placées dans une situation comparable est discriminatoire, au sens de ces stipulations, si elle n'est pas assortie de justifications objectives et raisonnables, c'est-à-dire si elle ne poursuit pas un but légitime ou s'il n'y a pas un rapport raisonnable de proportionnalité entre les moyens employés et le but poursuivi.

13. D'une part, l'article 1 de la délibération attaquée précise que le dispositif d'autorisation préalable de mise en location qu'elle instaure ne s'applique pas aux logements sociaux. Cet article est conforme aux dispositions du deuxième alinéa du I de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation, lesquelles, dans leur rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018, prévoient que " ce dispositif d'autorisation préalable ne s'applique ni aux logements mis en location par un organisme de logement social, ni aux logements qui bénéficient d'une convention avec l'Etat en application de l'article L. 351-2 ". Par suite, les requérants ne peuvent utilement faire valoir que cette délibération serait entachée d'un défaut de base légale, ou serait inconstitutionnelle, pour contester la décision refusant de l'abroger. Par ailleurs, dès lors que l'attribution des logements sociaux résulte d'une procédure réglementée permettant la mise en œuvre de modalités de contrôle particulières, bailleurs privés et bailleurs sociaux ne peuvent être regardés comme étant placés dans une situation comparable. Par conséquent, si les requérants entendent exciper de l'inconventionnalité des dispositions législatives, ils ne sont pas fondés à soutenir que l'exclusion des bailleurs sociaux du dispositif instaurerait une discrimination au sens des stipulations combinées de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 14 de cette même convention, ni qu'elle porterait une atteinte disproportionnée au droit de propriété protégé par ces stipulations. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération attaquée serait illégale du fait de l'inconventionnalité de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation doit, en toute hypothèse, être écarté.

14. D'autre part, si les requérants entendent contester la constitutionnalité de ces mêmes dispositions législatives, il leur appartenait de le faire dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité.

15. En dernier lieu, il résulte de ce qui est dit aux points précédents que la délibération du 14 décembre 2017 n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que compte-tenu de son illégalité, le président de la communauté urbaine GPSEO n'était pas compétent pour refuser de l'abroger.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus d'abroger la délibération du 14 décembre 2017 et du rejet de la demande de " non-application " de cette délibération, qui ont le même objet, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de retrait de la convention du 25 juin 2021 :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable et les fins de non-recevoir opposées par la défense :

17. Indépendamment du recours de pleine juridiction dont disposent les tiers à un contrat administratif pour en contester la validité, un tiers à un contrat est recevable à demander, par la voie du recours pour excès de pouvoir, l'annulation des clauses réglementaires contenues dans un contrat administratif qui portent une atteinte directe et certaine à ses intérêts.

18. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de retrait de la convention prise en application de la délibération du 14 décembre 2017 doivent être regardées, ainsi que le font valoir les requérants dans leurs écritures, comme tendant en réalité à l'annulation des articles 1 et 4 de la convention du 25 juin 2021 et à son annexe. A cet égard, contrairement à ce que soutient la communauté urbaine GPSEO en défense, ces articles comportent bien des dispositions réglementaires, l'article 1 détaillant les missions confiées à la commune de Mantes-la-Jolie dans le cadre de la compétence déléguée liée à la mise en œuvre et au suivi du dispositif d'autorisation préalable de mise en location, et l'article 4 définissant les modalités de dépôt et d'instruction des demandes d'autorisation préalable de mise en location.

19. En outre, M. et Mme G, ainsi que la SCI 44 rue de Lorraine, justifient, par la production de contrats de bail, de leur qualité de propriétaires de biens immobiliers sur la commune de Mantes-la-Jolie.

20. Ainsi, compte-tenu de ce qui est dit au point 17, les requérants sont recevables à demander l'annulation de ces clauses, qui portent une atteinte directe et certaine à leurs intérêts. Les fins de non-recevoir opposées en défense doivent, par suite, être écartées.

En ce qui concerne la légalité des articles 1 et 4 de la convention du 25 juin 2021 et de son annexe :

21. En premier lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, et ainsi qu'il est dit au point 11, le périmètre d'application du dispositif d'autorisation préalable de mise en location n'a pas été défini par la convention du 25 juin 2021, mais par la délibération du 11 février 2021, laquelle, en son article 2, fait référence à un plan annexé à cette délibération, qui a également été annexé à la convention du 25 juin 2021. Par suite, tous les moyens dirigés contre cette annexe, et notamment ceux tirés de ce que le périmètre du dispositif et la délégation de sa mise en œuvre ne pouvaient être mis en place par une convention, doivent être écartés comme inopérants.

22. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas établi que la convention du 25 juin 2021 ait fait l'objet de mesures de publicité et ait été transmise au contrôle de légalité doit être écarté comme inopérant, de telles circonstances étant, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité des articles 1 et 4 de cette convention.

23. En troisième lieu, d'une part, ainsi qu'il est dit précédemment, il ressort des pièces du dossier que la convention du 25 juin 2021 litigieuse a été prise en application de la délibération du 11 février 2021 et non de celle du 14 décembre 2017. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'illégalité de la délibération du 14 décembre 2017 au soutien de leurs conclusions à fin d'annulation des clauses règlementaires de la convention du 25 juin 2021 et de son annexe. Ainsi, tous les moyens tirés de l'exception d'illégalité de la délibération de 2017 doivent être écartés comme inopérants, comme, par exemple, celui tiré de ce que la convention du 25 juin 2021 serait dépourvue de base légale en raison de l'incompétence de la communauté urbaine GPSEO pour adopter la délibération du 14 décembre 2017.

24. D'autre part, il résulte des dispositions du III de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation, cité au point 8 et dont la rédaction était la même à la date de signature de la présente convention, que la communauté urbaine pouvait déléguer à la commune de Mantes-la-Jolie la mise en œuvre et le suivi, sur son territoire, du dispositif d'autorisation préalable de mise en location prévu par les articles L. 635-3 à L. 635-10. A cet égard, dès lors que le III de l'article L. 635-1 est relatif à la délégation de la mise en œuvre et du suivi des articles L. 635-3 à L. 635-10 du code de la construction et de l'habitation qui concernent l'autorisation préalable de mise en location, et non la déclaration préalable qui est, quant à elle, codifiée aux articles L. 634-1 à l. 634-5 de ce code, lorsque ces dispositions autorisent cette délégation " s'agissant des zones soumises à déclaration de mise en location ", elles doivent être regardées comme visant les zones soumises à autorisation. Ainsi qu'il est dit au point 9, le conseil communautaire de la communauté urbaine GPSEO, par une délibération du 11 février 2021, a ainsi délégué à la commune de Mantes-la-Jolie la mise en œuvre et le suivi du dispositif jusqu'au 31 décembre 2023, et a prévu la conclusion d'une convention qui a ensuite décliné les modalités opérationnelles de ce dispositif. Dès lors, les moyens tirés de ce que les articles 1 et 4 de la convention du 25 juin 2021 seraient entachés d'incompétence et d'erreur de droit doivent être écartés.

25. En quatrième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'illégalité ou de l'inconventionnalité de l'exclusion des bailleurs sociaux au soutien de leurs conclusions dirigées contre les articles 1 et 4 de la convention du 25 juin 2021, dès lors que leurs dispositions ne comportent aucune exclusion de ce type. En tout état de cause, ainsi qu'il est dit aux points 12 à 14, cette exclusion est conforme aux dispositions du deuxième alinéa du I de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation dont la rédaction, citée précédemment, était la même à la date de signature de la convention litigieuse, dispositions que la convention se borne à rappeler dans son préambule.

26. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 635-4 du code de la construction et de l'habitation : " La demande d'autorisation, transmise à l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'habitat ou, à défaut, à la commune, est établie conformément à un formulaire dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé du logement. Elle peut être adressée par voie électronique si la délibération mentionnée au II de l'article L. 635-1 a prévu cette faculté. Pour les logements dont les contrats de location sont soumis à l'article 3-3 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs et portant modification de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986, le dossier de diagnostic technique prévu à ce même article est annexé à cette demande. () ". Aux termes de l'article R. 635-2 de ce code : " La demande d'autorisation préalable de mise en location est établie par le ou les bailleurs ou leur mandataire et précise : / 1° Pour un bailleur personne physique, son identité, son adresse et ses coordonnées ; / 2° Pour un bailleur personne morale, sa dénomination ou sa raison sociale, sa forme juridique, l'adresse de son siège social ainsi que la qualité du signataire de la déclaration ; / 3° Dans le cas où le mandataire agit pour le compte du bailleur, le nom ou la raison sociale du mandataire, son adresse ainsi que l'activité exercée et, le cas échéant, le numéro et le lieu de délivrance de la carte professionnelle ; / 4° La localisation, la désignation et la consistance du logement et, le cas échéant, de l'immeuble dans lequel il est situé ". Enfin, aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 635-3 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de la signature de la convention en litige : " Le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'habitat ou, à défaut, le maire peut refuser ou soumettre à conditions l'autorisation préalable de mise en location lorsque le logement est susceptible de porter atteinte à la sécurité des occupants et à la salubrité publique. La décision de rejet de la demande d'autorisation préalable de mise en location est motivée et précise la nature des travaux ou aménagements prescrits pour satisfaire aux exigences de sécurité et de salubrité précitées ".

27. L'article 4.2 de la convention du 25 juin 2021 prévoit que " La demande initiale d'autorisation préalable de mise en location est établie conformément à un formulaire dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé du logement () ", et que " D'autres pièces sont susceptibles d'être demandées en complément du Cerfa ". L'article 4.4 de cette convention indique également que lors de l'instruction des demandes d'autorisation préalable de mise en location, les services de la commune pourront effectuer des vérifications nécessaires sur site si besoin (visites techniques), le cas échéant solliciter des pièces complémentaires, ou encore établir et transmettre au propriétaire la liste de travaux ou aménagements à effectuer pour satisfaire aux exigences de sécurité ou de salubrité.

28. D'une part, la possibilité pour la commune, prévue par l'article 4 de la convention, de solliciter le cas échéant des pièces complémentaires, est conforme aux dispositions du III de l'article L. 635-1 du code de la construction et de l'habitation cité au point 8 dont la rédaction était la même à la date de la présente convention, qui prévoient que la commune peut se voir déléguer la mise en œuvre du suivi sur son territoire. Cette demande de pièces peut ainsi légalement être mise en œuvre et opposée au pétitionnaire si elle apparait nécessaire pour vérifier la conformité du logement aux conditions de décence et aux exigences de sécurité et de salubrité publiques et ainsi mettre à même l'autorité compétente d'exercer son contrôle. Par ailleurs, la possibilité pour l'autorité compétente, également prévue par l'article 4 de la convention, de dresser une liste des travaux ou aménagements nécessaires pour satisfaire aux exigences de sécurité et de salubrité n'est pas davantage illégale, dès lors que l'article L. 635-3 du code de la construction et de l'habitation cité au point 26 prévoit précisément que pour satisfaire à l'obligation de motivation, la décision rejetant la demande d'autorisation doit préciser la nature des travaux ou aménagements prescrits pour satisfaire aux exigences précitées.

29. D'autre part, et en revanche, l'article 4 de la convention litigieuse ne pouvait légalement instaurer un droit de visite des logements, non prévu par la loi, dès lors que seul le législateur est habilité à imposer des limitations à l'exercice du droit de propriété, lesquelles doivent en outre être dûment justifiées et strictement proportionnées au regard du but poursuivi. Or ce n'est que depuis la loi n°2024-322 du 9 avril 2024 que le législateur a prévu la possibilité pour l'autorité compétente de " faire procéder à toutes visites qui lui paraissent utiles pour examiner le logement ", dans des conditions strictement encadrées par l'article L. 635-3 du code de la construction et de l'habitation. L'article 4 de la convention du 25 juin 2021 est donc illégal en tant qu'il a institué un tel droit de visite, avant l'entrée en vigueur de cette loi.

30. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à solliciter l'annulation de l'article 4 de la convention du 25 juin 2021 en tant qu'il a institué un droit de visite des logements, ainsi que, dans cette mesure, de la décision implicite de refus de retrait de la convention.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de refus d'abrogation de la convention du 25 juin 2021 et de rejet de la demande de " non-application " de cette convention :

31. Un tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par une décision refusant de faire droit à sa demande de mettre fin à l'exécution du contrat, est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction tendant à ce qu'il soit mis fin à l'exécution du contrat.

32. En demandant l'annulation de la décision refusant d'abroger la convention mettant en œuvre la délibération du 14 décembre 2017 et de la décision implicite rejetant la demande de " non-application " de cette convention, les requérants doivent être regardés comme demandant au juge du contrat, dans le cadre d'un recours de pleine juridiction, de mettre fin à l'exécution de la convention du 25 juin 2021. Or, il ressort de l'article 2 de cette convention qu'elle a pris fin le 31 décembre 2023. Si les requérants font valoir, aux termes de leur réponse au moyen d'ordre public soulevé par le tribunal, que par une délibération du 14 décembre 2023, le dispositif du " permis de louer " a été prolongé sur la commune de Mantes-la-Jolie, il ne résulte pas de l'instruction que la convention du 25 juin 2021 aurait fait l'objet d'un avenant en prolongeant la durée de validité au-delà du 31 décembre 2023.

33. Par suite, et ainsi que cela a été relevé d'office, les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de refus d'abroger cette convention, qui doivent être requalifiées comme tendant à ce qu'il soit mis fin à l'exécution de cette convention, sont devenues sans objet. Il en est, en tout état de cause, de même en ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite rejetant la demande de " non-application " de cette convention, qui doivent recevoir la même requalification sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la défense. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

34. Le présent jugement, qui annule l'article 4 de la convention du 25 juin 2021 en tant seulement qu'il a institué un droit de visite des logements, n'implique pas, à titre de mesure d'exécution, d'enjoindre à la communauté urbaine GPSEO de réunir son conseil communautaire afin d'abroger et de retirer la délibération du 14 décembre 2017. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

35. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté urbaine GPSEO demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la communauté urbaine GPSEO la somme que demandent les requérants au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de refus d'abrogation de la convention du 25 juin 2021 et de rejet de la demande de " non-application " de cette convention.

Article 2 : L'article 4 de la convention du 25 juin 2021 en tant qu'il a institué un droit de visite des logements, et, dans cette mesure, la décision implicite de refus de retrait de cette convention, sont annulés.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme G, en leur qualité de représentants uniques des requérants, et à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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