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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2104748

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2104748

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2104748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantMIABOULA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2021, M. C B, représenté par Me Miaboula, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er avril 2021 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à M. E B ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de délivrer à M. E B une carte nationale d'identité et un passeport ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucun texte ne subordonne la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport français à la participation effective et régulière d'un père à l'entretien et à l'éducation de l'enfant ni aux conditions d'hébergement de la mère ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un détournement de pouvoir, dès lors que la filiation paternelle est établie par l'acte de naissance et l'acte de reconnaissance anticipée de cet enfant, qu'aucune décision de justice n'a reconnus comme étant faux ou invalides.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 ;

- le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,

- les conclusions de M. Armand, rapporteur public,

- et les observations de Mme D, représentant le préfet des Yvelines.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 octobre 2020, M. C B a sollicité la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport pour M. E B, né le 14 septembre 2020 à Pontoise (Val d'Oise), dont la mère est Mme A F, de nationalité congolaise. Par une décision du 1er avril 2021, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. La décision attaquée mentionne que l'étude du dossier de demande d'une carte nationale d'identité et d'un passeport déposée par M. B pour le jeune E, a fait apparaître une suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité dans le but d'obtenir la régularisation de la situation administrative sur le territoire français de Mme A F par la délivrance d'un titre de séjour en tant que mère d'un enfant français, et qu'il appartient au préfet de faire échec à une éventuelle fraude en refusant la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport à l'enfant. Elle indique qu'un signalement a été transmis à la préfecture du Val-de-Marne demandant qu'une enquête soit menée pour vérifier la réalité du lien de filiation, et que M. B a été entendu par la référente fraude départementale du Val-de-Marne. Elle indique, en outre, que, compte tenu des éléments précités et du résultat de l'enquête, il a été décidé de ne pas donner une suite favorable à sa demande de titres français pour le jeune E, pour plusieurs motifs qu'elle précise. Enfin, elle mentionne qu'un doute subsistant quant à la réalité du lien de filiation paternelle et la nationalité de l'enfant mineur au sens de l'article 18 du code civil, la demande ne satisfait pas aux conditions du décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports électroniques et du décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité. Dans ces conditions, la décision attaquée mentionne les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et qui sont suffisamment développées pour permettre à M. B d'en contester les motifs et le juge d'exercer son contrôle. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. En second lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / Elle est délivrée ou renouvelée par le préfet ou le sous-préfet. () " Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. () ". Aux termes de l'article 9 du même décret : " Le passeport est délivré ou renouvelé par le préfet ou le sous-préfet. () " Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. " Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ".

5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou d'une carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de la carte national d'identité ou du passeport. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.

6. Pour refuser de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport pour M. E B, le préfet des Yvelines a considéré qu'il existait un doute sur la réalité du lien de filiation paternelle et que la reconnaissance de paternité présentait un caractère frauduleux. Il ressort des pièces du dossier que Mme F séjourne de manière irrégulière sur le territoire français et demeure inconnue du fichier national des étrangers, qu'il a été procédé à une reconnaissance anticipée de l'enfant et que la demande de délivrance de titres pour cet enfant a été déposée à peine un mois après sa naissance. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a déclaré héberger Mme F depuis octobre 2020, alors que l'attestation d'hébergement datée du 2 novembre 2020 et déposée à l'appui de la demande de délivrance de titres indique qu'elle réside chez une tierce personne depuis le 6 décembre 2019. En outre, il n'est pas établi, ni même soutenu, que M. B contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation du jeune E, dont il ignorait d'ailleurs le nom exact. Par ailleurs, il n'est pas contesté que Mme F et M. B ont trente ans de différence, et que celui-ci a reconnu au moins un autre enfant né d'une autre mère qui est également de nationalité étrangère. Dans ces conditions, et alors même que l'acte de naissance et l'acte de naissance anticipée de l'enfant n'avaient pas été remis en cause par un tribunal, c'est à bon droit que le préfet des Yvelines, qui s'est appuyé sur un faisceau d'indices sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, a considéré qu'il existait un doute suffisant sur la réalité du lien de filiation paternelle entre M. B et le jeune E. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit, du détournement de pouvoir et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er avril 2021 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport au jeune E. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La rapporteure,

C. MathéLe président,

P. OuardesLa greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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