lundi 9 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2104843 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 9 juin 2021, 20 mars 2023 et 13 juillet 2023, la commune de Chatou, représentée par le cabinet d'avocats Seban et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler, à titre principal, l'arrêté n°78-2020-12-24-002 du 28 décembre 2020 par lequel le préfet des Yvelines a prononcé la carence définie par l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation au titre de la période triennale 2017-2019 ou, à titre subsidiaire, les seuls articles 2, 3 et 4 de cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'en l'absence de procès-verbal de la commission nationale " solidarité et renouvellement urbain " (SRU) qui a rendu un avis le 17 novembre 2020, il n'est pas possible de vérifier que le quorum, prévu à l'article R. 133-10 du code des relations entre le public et l'administration, et que les conditions de majorité, fixées à l'article R. 133-11 de ce même code, ont été respectés ; par ailleurs, la composition de la commission nationale, au sein de laquelle n'apparaît, lors de la séance du 17 novembre 2020, aucun membre de la juridiction administrative, est irrégulière au regard des prescriptions posées par le II de l'article L. 302-9-1-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- il est entaché d'un second vice de procédure quant à la composition manifestement irrégulière du comité régional de l'habitat et de l'hébergement d'Ile-de-France au regard des dispositions de l'article R. 362-13 du code de la construction et de l'habitation ; par ailleurs, faute de procès-verbal, il est impossible de vérifier si l'assemblée spéciale responsable de l'élection des douze présidents d'EPCI s'est réunie selon les conditions de quorum et a voté conformément aux règles de majorité ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît le principe d'égalité avec les autres communes du même territoire ;
- le caractère manifestement disproportionné du taux de majoration prononcé par le préfet entache son arrêté d'illégalité.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 13 février 2023 et 28 juin 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la commune de Chatou ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2023.
Un mémoire enregistré le 13 septembre 2023 a été présenté par la commune de Chatou mais n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Degorce ;
- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Conerardy pour la commune de Chatou.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 28 décembre 2020, le préfet des Yvelines, après avoir constaté le non-respect par la commune de Chatou de ses objectifs de réalisation de logement sociaux sur la période triennale 2017-2019 a, d'une part, prononcé la carence de cette commune au titre de l'article L. 302-9-1 du code de l'habitation et de la construction et, d'autre part, fixé à 180 % le taux de la majoration appliquée sur le montant du prélèvement par logement manquant pour une durée de trois ans à compter du 1er janvier 2021. La commune de Chatou demande au tribunal, à titre principal, l'annulation de cet arrêté ou, à titre subsidiaire, de n'annuler que les articles 2, 3 et 4 concernant le taux de majoration fixé à 180% pour une durée de trois ans à compter du 1er janvier 2021 et le transfert à l'Etat de ses droits de réservation.
2. Lorsqu'une commune demande l'annulation d'un arrêté préfectoral prononçant sa carence et lui infligeant un prélèvement majoré en application de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer si le prononcé de la carence procède d'une erreur d'appréciation des circonstances de l'espèce et, dans la négative, d'apprécier si, compte tenu des circonstances de l'espèce, la sanction retenue est proportionnée à la gravité de la carence et d'en réformer, le cas échéant, le montant.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les vices de forme et de procédure :
S'agissant du vice de forme tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué :
3. Aux termes de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation : " () le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé () prononcer la carence de la commune. "
4. En l'espèce, l'arrêté contesté comporte la mention des dispositions législatives et réglementaires dont il est fait application, fait état des étapes de la procédure contradictoire et mentionne les avis du bureau du comité régional de l'habitat et de l'hébergement réuni le 8 décembre 2020 et celui de la commission nationale " solidarité et renouvellement urbain " (SRU). Il indique que sur l'objectif de réalisation de 410 logements sociaux assigné à la commune de Chatou dans le cadre de ses obligations triennales 2017-2019, seuls 123 ont été réalisés, soit un taux de réalisation quantitatif de 30% reflétant un niveau de production de logements sociaux au plus bas depuis douze ans. Il précise également quels étaient les objectifs qualitatifs de la commune en matière de financement par des prêts locatifs aidés d'intégration et des prêts locatifs sociaux et rappelle les taux respectivement constatés pour chacun de ces types de prêts. Sont en outre relatés de façon détaillée les éléments avancés par la commune lors de la procédure contradictoire, l'appréciation portée par le préfet sur ceux-ci et leur insuffisance pour justifier le non-respect par la commune de son objectif pour la période concernée. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, tant s'agissant du constat de carence que de la proportionnalité de la sanction, est suffisamment motivé sans qu'y fasse obstacle, à ce stade, l'éventuel caractère erroné ou non exhaustif de ses motifs.
S'agissant des vices de procédure affectant l'avis de la commission nationale :
5. Aux termes de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " En tenant compte de l'importance de l'écart entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale échue, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé pris après avis du comité régional de l'habitat et de l'hébergement et, le cas échéant, après avis de la commission mentionnée aux II et III de l'article L. 302-9-1-1, prononcer la carence de la commune. ". Aux termes de l'article L. 302-9-1-1 du même code : " I.- Pour les communes n'ayant pas respecté la totalité de leur objectif triennal, le représentant de l'Etat dans le département réunit une commission chargée de l'examen du respect des obligations de réalisation de logements sociaux. () Cette commission est chargée d'examiner les difficultés rencontrées par la commune l'ayant empêchée de remplir la totalité de ses objectifs, d'analyser les possibilités et les projets de réalisation de logements sociaux sur le territoire de la commune et de définir des solutions permettant d'atteindre ces objectifs. () Si la commission parvient à la conclusion que la commune ne pouvait, pour des raisons objectives, respecter son obligation triennale, elle saisit, avec l'accord du maire concerné, une commission nationale placée auprès du ministre chargé du logement. II.- La commission nationale, () entend le maire de la commune concernée ainsi que le représentant de l'Etat du département dans lequel la commune est située. Si la commission parvient à la conclusion que la commune ne pouvait, pour des raisons objectives, respecter son obligation triennale, elle peut recommander au ministre chargé du logement un aménagement des obligations prévues à l'article L. 302-8. Si la commission parvient à déterminer des possibilités de réalisation de logements sociaux correspondant à l'objectif triennal passé, elle recommande l'élaboration, pour la prochaine période triennale, d'un échéancier de réalisations de logements sociaux permettant, sans préjudice des obligations fixées au titre de la prochaine période triennale, de rattraper le retard accumulé au cours de la période triennale échue et la mise en œuvre de l'article L. 302-9-1. () III.- Préalablement à la signature par les représentants de l'Etat dans les départements des arrêtés de carence dans les conditions définies à l'article L. 302-9-1, dans le cadre de la procédure de bilan triennal, la commission nationale peut se faire communiquer tous les documents utiles et solliciter les avis qu'elle juge nécessaires à son appréciation de la pertinence d'un projet d'arrêté de carence, de l'absence de projet d'arrêté de carence et de la bonne prise en compte des orientations nationales définies par le ministre chargé du logement. Elle peut, dans ce cadre, de sa propre initiative ou sur saisine du comité régional de l'habitat et de l'hébergement, émettre des avis et des recommandations aux représentants de l'Etat dans les départements. Elle transmet ses avis au ministre chargé du logement. ".
6. Il résulte de ces dispositions que la commission nationale, dont l'avis n'est pas requis mais qui peut seulement, le cas échéant, être consultée préalablement à la mise en œuvre de la procédure de carence, est investie d'une double compétence. En application du II de cet article, elle est saisie par la commission départementale avec l'accord du maire concerné dans l'unique hypothèse où il apparaît que la commune ne pouvait, pour des raisons objectives, respecter son obligation triennale. En application du III de l'article L. 302-9-1-1 du même code, elle peut, de sa propre initiative, dans le cadre de la procédure de bilan triennal, émettre des avis et des recommandations à l'intention des préfets sur la pertinence des projets, ou d'absence de projets, d'arrêté de carence et sur la bonne prise en compte des orientations nationales définies par le ministre chargé du logement.
7. En l'espèce, en dépit d'un visa erroné de l'arrêté attaqué qui vise le II de l'article L. 302-9-1-1 du code de la construction et de l'habitation, il résulte des termes mêmes de l'avis de la commission nationale rendu le 17 novembre 2020 qu'il a été émis sur le fondement de l'article III de l'article L. 302-9-1-1 afin, non pas d'examiner la situation propre de la commune de Chatou, mais d'émettre un avis portant une appréciation globale sur le bilan de la période triennale 2017-2019. Il en résulte que l'avis de la commission nationale ne constitue donc pas une étape requise par le préfet des Yvelines dans le cadre des consultations préalables à l'émission de son arrêté de carence. Par suite, les vices de procédure affectant la composition, le quorum et les conditions de majorité, qui n'ont trait qu'à la seule procédure d'édiction de l'avis de la commission nationale, sont sans incidence sur la légalité de la procédure de l'arrêté de carence et doivent être écartés comme inopérants.
S'agissant des vices de procédure affectant la composition du comité régional de l'habitat et de l'hébergement :
8. Aux termes de l'article L. 302-13 du code de la construction et de l'habitation : " () le comité régional de l'habitat et de l'hébergement d'Ile-de-France () chargé d'assurer la cohérence des politiques de l'habitat et de l'hébergement en Ile-de-France () est composé de cinq collèges comprenant, respectivement : () 3° des représentants de la métropole du Grand Paris () et des groupements de communes présents hors du périmètre de la métropole ; (). " Aux termes de l'article R. 362-13 du même code : " () IV.- Le collège des membres représentant les structures intercommunales mentionné au 3° de l'article L. 302-13, est constitué par : () 2° Douze présidents d'établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de programme local de l'habitat ayant leur siège hors du périmètre de la métropole du Grand Paris, ou leurs représentants. Chacun des départements de l'Essonne, de Seine-et-Marne, du Val-d'Oise et des Yvelines est représenté au comité par au moins un président d'établissement public de coopération intercommunale ayant son siège dans le département. Les douze présidents d'établissements publics de coopération intercommunale mentionnés à l'alinéa précédent sont élus par une assemblée spéciale composée de l'ensemble des présidents d'établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de programme local de l'habitat et ayant leur siège hors du périmètre de la métropole du Grand Paris. () L'élection peut avoir lieu sans condition de quorum. () Par dérogation aux neuf alinéas précédents, le préfet de la région d'Ile-de-France peut décider que l'élection des douze présidents d'établissements publics de coopération intercommunale () aura lieu par voie électronique. Le scrutin ne peut être déclaré valable que si un quart au moins des membres du collège électoral a participé au scrutin en exprimant son vote par voie électronique. () Les résultats sont proclamés, affichés et publiés par le préfet de la région d'Ile-de-France. Ils peuvent être contestés devant le tribunal administratif, dans les dix jours qui suivent leur proclamation, par tout électeur, par tout candidat et par le préfet. () "
9. Les moyens tirés de ce qu'il ne serait pas démontré que le comité régional de l'habitat et de l'hébergement prévu à l'article L. 302-13 du code de la construction et de l'habitation serait régulièrement composé et que l'élection des douze présidents d'établissements publics de coopération intercommunale n'aurait pas respecté les règles de quorum et de majorité prévues à l'article R. 302-13 du même code sont soulevés de façon purement hypothétique et ne sont ainsi assortis d'aucun commencement de justification. Ils peuvent ainsi être écartés comme non assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. En tout état de cause, il résulte de l'instruction qu'un procès-verbal de l'élection portant renouvellement des représentants des présidents d'EPCI au collège 3 du comité régional de l'habitat et de l'hébergement a été établi par la directrice régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement (DRIHL) d'Ile-de-France. Ce document, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire non rapportée en l'espèce par la commune de Chatou, indique qu'un vote électronique a été organisé entre le 3 décembre 2020 à 10 heures et le 4 décembre 2020 à minuit et mentionne les noms des douze présidents d'établissements publics de coopération intercommunale hors la métropole du Grand Paris, élus pour représenter les structures intercommunales au sein du collège 3 du comité régional de l'habitat et de l'hébergement d'Ile-de-France. Le préfet produit en outre un courriel de la DRIHL d'Ile-de-France daté du 7 décembre 2020 informant l'ensemble des présidents d'établissements publics de coopération intercommunale hors la métropole du Grand Paris que le quorum avait été atteint lors du scrutin et que les douze présidents élus l'avaient été à la majorité des voix exprimées. Par suite, alors qu'au demeurant le délai de dix jours était ouvert pour introduire une protestation contre le déroulement du scrutin prévu à l'article R. 362-13 du code de la construction et de l'habitation, la commune de Chatou n'est pas fondée à soutenir que la composition du comité régional de l'habitat et le scrutin qui a conduit à l'élection des douze présidents d'établissements publics de coopération intercommunale y siégeant seraient entachés de vices de procédure. Le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'arrêté attaqué :
S'agissant de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet des Yvelines :
11. Il résulte de l'instruction que, pour prononcer la carence de la commune de Chatou, le préfet des Yvelines s'est fondé sur la circonstance que cette dernière, tenue de réaliser 410 logements sociaux au titre de la période 2017-2019, ne fait état, dans son bilan triennal, que d'une réalisation globale de 123 logements sociaux, soit un taux de réalisation de 30 % seulement.
12. D'une part, pour contester l'appréciation portée par le préfet sur le non-respect de ses obligations, la commune de Chatou fait état d'une série de difficultés de nature à justifier selon elle l'écart entre l'objectif qui lui était fixé et les réalisations concrètes dont elle peut se prévaloir. Elle insiste, en premier lieu, sur la rareté et le coût particulièrement élevé du foncier sur son territoire, sur les nombreuses servitudes qui grèvent son territoire telles que le plan de prévention des risques d'inondation de la vallée de la Seine et de l'Oise, les nombreux sites classés ou protégés au titre des monuments historiques, les zones de carrière et les sites industriels protégés et dénonce la lourdeur des procédures prévues par la loi pour la réalisation d'opérations d'aménagement. Toutefois, elle ne justifie pas que ces contraintes, qui sont partagées par de nombreuses autres communes, l'affecteraient plus particulièrement et la mettraient, à elles seules, dans l'impossibilité de satisfaire à ses obligations en matière de logements locatifs sociaux. En deuxième lieu, si la commune de Chatou fait état d'une multiplication des recours des riverains et des associations à l'encontre des autorisations d'urbanisme délivrées pour la réalisation des logements sociaux, elle n'établit pas toutefois être confrontée à un nombre anormalement élevé de recours en la matière. Enfin, elle soutient que l'essor de logements sociaux et l'accroissement de population sur son territoire obère d'ores et déjà ses finances et qu'elle doit adapter ses infrastructures, ses axes de circulation et son offre de mobilité sans toutefois verser aux débats la moindre pièce permettant d'établir l'impact financier réel dont elle se prévaut et ses conséquences sur la réalisation de ses objectifs en matière de logements sociaux.
13. D'autre part, pour contester la carence prise par le préfet des Yvelines, la commune de Chatou soutient qu'elle s'est toujours investie activement pour permettre la construction de logements sociaux. Elle rappelle ainsi que son plan local d'urbanisme contient ainsi neuf emplacements réservés en faveur de la programmation sociale dont la majorité prévoit 100% de logements sociaux, qu'elle a accordé des moins-values de cession pour favoriser la production de logements locatifs sociaux, qu'elle versé des subventions foncières aux bailleurs sociaux et qu'elle a signé le protocole prévention carence avec le conseil départemental des Yvelines le 16 octobre 2019, un contrat de mixité sociale en novembre 2018 et un conventionnement avec l'établissement public foncier d'Ile-de-France le 25 novembre 2014 puis le 13 février 2017. Il résulte toutefois de l'instruction que la commune de Chatou est entrée dans le dispositif " solidarité et renouvellement urbain " dès son origine en 2002, qu'elle n'a atteint ses objectifs quantitatifs qu'à deux reprises sur les six périodes triennales qui courent depuis l'année 2002 et que le taux de logements locatifs sociaux sur son territoire est passé faiblement de 12,04% en 2002 à 16,21% en 2019. Il est constant par ailleurs qu'elle n'a réalisé sur la période triennale en litige que 123 logements locatifs sociaux et qu'il lui manque encore 1 133 logements pour atteindre l'objectif de 25% de logements sociaux à l'horizon de 2025. S'il est constant que la commune a développé des outils en faveur du logement locatif social, il résulte toutefois de l'instruction qu'elle ne les a pas suffisamment mobilisés et n'a mené aucune politique foncière ambitieuse en faveur des logements sociaux locatifs, ce que révèle d'ailleurs le fait qu'elle n'a atteint qu'à peine un tiers de ses objectifs quantitatifs.
14. Enfin, si le préfet doit tenir compte, avant de pouvoir constater la carence d'une commune, notamment des projets de logements sociaux en cours de réalisation, il se prononce nécessairement, à la date où il prend sa décision, au regard de l'exécution d'obligations bornées dans le temps. S'il appartient, en principe, au juge du plein contentieux de se placer à la date à laquelle il statue pour remplir son office, il ne saurait, en l'espèce, eu égard à la nature de la mesure prise qui porte sur une période révolue, prendre en compte certains éléments de fait postérieurs à la date de la décision attaquée pour apprécier le bien-fondé du constat de carence. En l'espèce, la commune de Chatou ne peut donc se prévaloir de projets de construction réalisés ou programmés sur les périodes triennales 2020-2022 et 2023-2025.
15. Il résulte de ce qui précède que la commune de Chatou n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Yvelines aurait entaché son arrêté du 28 décembre 2020 d'une erreur d'appréciation.
Sur la rupture du principe d'égalité :
16. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité administrative compétente règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.
17. La commune de Chatou soutient que le préfet des Yvelines aurait méconnu le principe d'égalité en lui infligeant une majoration financière de 180% quand les communes de Maisons-Laffitte, Saint-Arnoult-en-Yvelines et Flins-sur-Seine ne se sont vu respectivement infliger des taux de majoration que de 100%, 20% et 100% pour des taux de réalisation de leur objectif triennal de 47%, 30% et 10%.
18. Lorsqu'il fixe le taux de majoration financière, le préfet doit tenir compte des contraintes subies par les communes, des efforts qu'elles ont déployés et de leur situation au cours des périodes triennales précédentes. Or il résulte de l'instruction que les communes de Flins-sur-Seine et de Saint-Arnoult-en-Yvelines ne sont soumises au dispositif " solidarité et renouvellement urbain " que depuis 2012 pour la première et 2013 pour la seconde quand la commune de Chatou l'est depuis l'origine, en 2002, et qu'elle a ainsi disposé de près de dix années de plus pour mettre en place sa politique en faveur du logement social locatif. Par ailleurs, il est constant que la commune de Maisons-Laffitte a réalisé près de la moitié de son objectif triennal, qu'elle a développé une stratégie foncière active et qu'elle contribue financièrement aux opérations auprès des bailleurs sociaux de façon significativement plus importante que la commune de Chatou. Dès lors que sa situation était différente de celles des trois autres collectivités qu'elle évoque dans ses écritures, la commune de Chatou, qui se borne par ailleurs à comparer les taux de majoration financière et de réalisation des objectifs triennaux, n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Yvelines, en lui infligeant un taux de majoration financière différent, aurait porté atteinte au principe d'égalité.
Sur le caractère disproportionné du taux de majoration :
19. Aux termes de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Par le même arrêté et en fonction des mêmes critères, [le représentant de l'Etat dans le département] fixe, pour une durée maximale de trois ans à compter du 1er janvier de l'année suivant sa signature, la majoration du prélèvement défini à l'article L. 302-7. Le prélèvement majoré ne peut être supérieur à cinq fois le prélèvement mentionné à l'article L. 302-7. Le prélèvement majoré ne peut excéder 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune figurant dans le compte administratif établi au titre du pénultième exercice. Ce plafond est porté à 7,5 % pour les communes dont le potentiel fiscal par habitant est supérieur ou égal à 150 % du potentiel fiscal médian par habitant sur l'ensemble des communes soumises au prélèvement défini à l'article L. 302-7 au 1er janvier de l'année précédente. Les dépenses déductibles mentionnées au quatrième alinéa de l'article L. 302-7 qui n'ont pas été déduites du prélèvement viennent en déduction de la majoration du prélèvement. () ".
20. Eu égard au faible taux de réalisation de logements sociaux, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, aux difficultés alléguées par la commune de Chatou et aux trois précédents arrêtés de carence dont elle a déjà fait l'objet, le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines lui aurait infligé une sanction disproportionnée en fixant, pour une durée de trois ans, à 180 % le taux de majoration du prélèvement défini à l'article L. 307-2 du code de la construction et de l'habitation que la loi lui permettait de fixer au plus fort à 500 %, n'est pas fondé.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par la commune de Chatou doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Chatou réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Chatou est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Chatou et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Sauvageot, présidente,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
Ch. DegorceLa présidente,
Signé
J. Sauvageot
La greffière,
Signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026