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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2104866

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2104866

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2104866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL GOUTAL & ALIBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 juin 2021 et le 11 mai 2023 et un mémoire du 28 mai 2023 non communiqué, Mme A B, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune d'Angervilliers sur sa demande formée le 17 novembre 2020 de prise en charge des frais d'avocat exposés et des intérêts moratoires majorés dus mais non versés ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Angervilliers de régulariser les intérêts moratoires dus, depuis le 1er mars 2012, majorés de 5%, au-delà du délai de deux mois suivant la notification du jugement du tribunal administratif de Versailles du 14 juin 2016, c'est-à-dire, à compter du 18 août 2016, ainsi que le montant des honoraires d'avocat dus dans le cadre de la procédure de renvoi après cassation, devant la cour d'appel de Paris, sous astreinte et avec intérêts capitalisés.

Elle soutient que :

- la commune a commis une erreur de droit : elle doit prendre en charge les frais d'avocats de 6 000 euros exposés dans le cadre de la procédure de renvoi après cassation devant la cour d'appel de Paris, au titre de la protection fonctionnelle ; elle doit également prendre en charge les intérêts moratoires dus, à la suite du jugement n°1205955 du 14 juin 2016 du tribunal administratif de Versailles confirmé par la cour administrative d'appel de Versailles dans son arrêt n°16VE02672 ;

- elle a reçu, le 6 juillet 2021, une somme de 7 881,87 euros, sans avis ni information.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, la commune d'Angervilliers, représentée par Me Kaczmarczyk, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire au rejet de la requête et à ce qu'il soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est tardive, ayant été introduite au-delà au délai de deux mois prévu par l'article R.421-2 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, elle est devenue sans objet : la somme de 7 881,87 euros lui a été réglée par virement bancaire le 5 juillet 2021, correspondant à la somme de 6 000 euros au titre des frais engagés pour la défense de ses intérêts dans le cadre de la procédure de renvoi après cassation devant la cour d'appel de Paris et à la somme de 1 881,87 euros au titre des intérêts moratoires majorés auxquels elle peut prétendre du 1er mars 2012 au 19 avril 2018, à la suite du jugement n°1205955 du 14 juin 2016 du tribunal administratif de Versailles ;

- à titre infiniment subsidiaire, la commune n'est coupable d'aucun mauvais vouloir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Degirmenci substituant Me Kaczmarczyk, .

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, attachée territoriale, exerçait les fonctions de secrétaire de mairie pour le compte de la commune d'Angervilliers depuis 1986. A la suite d'une vive altercation, le 3 février 2004, avec le maire de la commune faisant suite à des agissements répétés de la part de celui-ci excédant le cadre normal du pouvoir hiérarchique, elle a été placée en arrêt de travail pour syndrome dépressif et n'a pas repris ses fonctions jusqu'à son départ en retraite, le 15 juin 2015.

2. A compter de cet évènement, la requérante a engagé des actions contentieuses tendant à préserver ses droits tant devant le juge administratif que le juge judiciaire. Elle a notamment assigné le maire de la commune, à titre personnel, devant le tribunal de grande instance d'Evry pour des faits de harcèlement moral. Après cassation, le 3 novembre 2015, de l'arrêt rendu par la cour d'appel de Paris, le 14 janvier 2014, la Cour de cassation a renvoyé l'affaire devant la cour d'appel de Paris autrement composée qui a rendu son arrêt le 5 janvier 2021 en retenant notamment que l'action publique était prescrite, pour les faits antérieurs au 5 mai 2005.

3. A la suite de la demande de la requérante tendant à ce que la commune prenne en charge, au titre de la protection fonctionnelle, les frais d'avocats exposés dans les procédures contentieuses engagées, tant devant les juridictions administratives que judiciaires, le conseil municipal de la commune a, par délibération du 26 janvier 2012, accepté de prendre en charge les frais et honoraires d'avocat exposés par la requérante devant le tribunal de grande instance d'Evry mais a refusé implicitement de prendre en charge les frais d'avocats engagés dans le cadre de l'appel formé contre ce jugement. La commune a également refusé implicitement de faire droit à la demande de Mme B du 1er mars 2012 tendant à ce que soit pris en charge les frais et honoraires d'avocats engagés devant la cour administrative d'appel de Versailles, aux fins d'annulation du jugement n°09VE03059 du tribunal administratif de Versailles du 1er juillet 2009.

4. Contestant ces deux décisions implicites de rejet, la requérante a introduit un recours contentieux devant le tribunal administratif de Versailles qui a partiellement fait droit à ses conclusions par un jugement n°1205955 du 14 juin 2016 et a enjoint à la commune de lui verser la somme totale de 10 248,39 euros, au titre des frais exposés en première instance, en appel et en cassation au cours de la procédure pénale l'opposant au maire de la commune. La somme de 8 248,39 euros a ensuite fait l'objet d'un mandatement d'office, le 19 avril 2018, correspondant à la somme de 10 248,39 euros dont a été déduit une somme de 2 000 euros déjà versée. Par un arrêt du 28 novembre 2019, la cour administrative d'appel de Versailles a confirmé ce jugement en ajoutant que la requérante avait également droit au bénéfice de la protection fonctionnelle au titre de l'instance n°09VE03059 précitée.

5. En se fondant sur ces décisions juridictionnelles, la requérante a demandé à la commune, par courrier du 17 novembre 2020, de lui régler les frais d'avocat d'un montant de 6 000 euros, exposés dans le cadre de la procédure de renvoi après cassation devant la cour d'appel de Paris. Elle lui a également demandé de lui verser des intérêts moratoires majorés dus mais non réglés à raison de sa condamnation par le tribunal administratif de Versailles, par jugement n°1205955 du 14 juin 2016. Ses demandes sont restées sans réponse, faisant naître une décision implicite.

6. Par la présente requête, la requérante doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune sur sa demande et de lui enjoindre de lui régler, sous astreinte et avec intérêts capitalisés, les sommes demandées.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le défendeur :

7. D'une part, la commune défenderesse fait valoir que les sommes demandées ont été mandatées le 28 juin 2021 pour un montant de 7 881,87 euros puis versées par virement bancaire sur le compte de la requérante, le 5 juillet 2021. Elle précise que ce montant correspond à la somme de 6 000 euros exposée par celle-ci dans le cadre de la procédure de renvoi après cassation devant la cour d'appel de Paris et à la somme de 1 881,87 euros correspondant aux intérêts moratoires majorés dus sur la somme de 8 248,39 euros mise à sa charge par le jugement n°1205955 du 14 juin 2016 du tribunal administratif de Versailles et mandatée le 19 avril 2018.

8. D'autre part, la requérante a parallèlement informé le tribunal, dans son mémoire du 8 mai 2023, avoir reçu le 6 juillet 2021 un virement de la commune d'Angervilliers d'un montant de 7 881,87 euros, intitulé " EVI Trésorerie de Dourdan Affaire B/commune d'Angervilliers " qui pourrait correspondre aux sommes réclamées, sans contester par ailleurs le calcul des intérêts moratoires majorés effectués par la commune. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur la capitalisation des intérêts moratoires capitalisés :

9. Il ressort de la requête introductive d'instance que la requérante a demandé la capitalisation des intérêts, comme il lui est loisible de le faire à tout moment devant le juge, conformément à l'article 1343-2 du code civil. Il est constant qu'au jour de sa demande, les intérêts moratoires dus n'avaient pas encore été versés. Il y a donc lieu de faire droit à sa demande de capitalisation des intérêts moratoires dus sur la somme de 8 248,39 euros à compter du 1er mars 2013, date à laquelle il était dû pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d'Angervilliers présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune d'Angervilliers sur sa demande d'indemnisation ainsi que sur les conclusions tendant à enjoindre à la commune de lui verser la somme de 6 000 euros ainsi que la somme due au titre des intérêts moratoires majorés dus sur la somme de 8 248,39 euros.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Angervilliers de verser à Mme B les intérêts échus à la date du 1er mars 2013 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, au titre de la capitalisation des intérêts moratoires majorés calculés sur la somme de 8 248,39 euros.

Article 3 : Les conclusions de la commune d'Angervilliers présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune d'Angervilliers.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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