jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2104910 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MUSSET AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juin 2021 et 30 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Delattre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer du 15 avril 2021 par lequel le centre hospitalier intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye (CHIPS) a mis à sa charge la somme de 26 177,92 euros au titre de la régularisation de la part variable de sa rémunération perçue au cours de l'année 2020 ;
2°) de mettre à la charge du CHIPS la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire :
- l'avis des sommes à payer ne mentionne pas les bases de la liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.
En ce qui concerne le bien-fondé du titre exécutoire :
- la décision du 24 mars 2021, par laquelle la directrice du CHIPS a fixé à 20 % de la part fixe de sa rémunération le montant de la part variable de sa rémunération au titre de l'année 2020, a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;
- elle est également entachée d'une erreur de de fait et de droit au regard de l'instruction fiscale BOI-IR-PAS-30-10-50-27/02/2019 publiée au bulletin officiel des finances publiques du 27 février 2019 en ce qu'elle exprime le montant du trop-perçu en salaire brut et non en net ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée.
Par un mémoire enregistré le 11 août 2021, la direction départementale des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le CHIPS, représenté par Me Morandi, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis des sommes à payer est irrecevable et que les autres moyens soulevés par le requérant sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 14 octobre 2010 fixant le montant et les modalités de versement de la rémunération des praticiens recrutés par les établissements publics de santé en application du 3° de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,
- et les observations de Me Guille-Delattre.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté par le centre hospitalier intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye (CHIPS) pour exercer en qualité de clinicien hospitalier contractuel à temps plein au sein de la structure interne de médecine d'urgence, pôle " médecine interne, cardiovasculaire, médecine d'urgence ", à compter du 1er janvier 2020 pour une durée prévue de trois ans. L'article 6 de son contrat prévoyait que sa rémunération était notamment composée, d'une part variable subordonnée à la réalisation des engagements particuliers et des objectifs prévus à l'article 4 du contrat, égale à 65 % de la part fixe de la rémunération et versée mensuellement sous la forme d'acompte. Le CHIPS ayant estimé, à la suite d'un premier entretien d'évaluation du 10 décembre 2020 et de l'entretien d'évaluation annuelle du 22 février 2021, que l'intéressé n'avait pas rempli l'ensemble de ses objectifs prévus dans son contrat, a réduit par une décision du 24 mars 2021 à 20 % de la part fixe de rémunération le montant définitif de la part variable de M. A. Il a, par conséquent, procédé à une régularisation de la rémunération de l'intéressé, en émettant le 15 avril 2021 un avis des sommes à payer valant titre exécutoire d'un montant de 26 177,92 euros. Par la présente requête,
M. A sollicite l'annulation de cet avis des sommes à payer.
Sur la régularité du titre exécutoire :
2. Après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l'expiration de ce délai.
3. En l'espèce, aucun moyen de régularité du titre exécutoire en litige n'a été présenté par M. A à l'appui de sa requête introductive d'instance enregistrée le 11 juin 2021, l'irrégularité de ce titre tirée de l'insuffisante précision des bases de liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 n'ayant été soulevée que dans son mémoire en réplique enregistré le 30 janvier 2023, soit après l'expiration du délai de recours contentieux. Par suite, et ainsi que le fait valoir en défense le CHIPS, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis des sommes à payer, qui n'est pas d'ordre public, est irrecevable et ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé du titre exécutoire :
4. En premier lieu, les moyens tirés de ce que la décision du 24 mars 2021 serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière sont sans incidence tant sur la régularité du titre exécutoire litigieux que sur le bien-fondé de la créance réclamée. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
5. En deuxième lieu, si l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales permet aux contribuables de réclamer l'application à leur situation de la doctrine fiscale, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'instruction fiscale BOI-IR-PAS-30-10-50-27/02/2019, qui a uniquement vocation à régir les relations entre un contribuable et l'administration fiscale.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique : " Le personnel des établissements publics de santé comprend, outre les agents relevant de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et les personnels enseignants et hospitaliers mentionnés à l'article L. 952-21 du code de l'éducation : () 3° Des médecins, des odontologistes et des pharmaciens recrutés par contrat sur des emplois présentant une difficulté particulière à être pourvus () ". Aux termes de l'article R. 6152-709 du code de la santé publique : " La rémunération des praticiens recrutés sur le fondement du 3° de l'article L. 6152-1 comprend : / 1° Une part fixe, déterminée par référence aux émoluments des praticiens hospitaliers ; / 2° Une part variable subordonnée à la réalisation des engagements particuliers et des objectifs prévus au contrat. / Le montant de la rémunération totale ne peut excéder le montant correspondant au dernier échelon de la grille mentionnée à l'article R. 6152-21 majoré de 65 %. / Le montant, les conditions d'attribution et les modalités de versement des éléments de rémunération mentionnés aux 1° et 2° du présent article sont précisés par arrêté des ministres chargés du budget et de la santé. ". Par ailleurs, l'article R. 6152-706 du même code prévoit que : " Le contrat précise : () 2° La nature des fonctions occupées ainsi que les obligations de service incombant au praticien exprimées en demi-journées, notamment en ce qui concerne sa participation à la continuité des soins ou à la permanence pharmaceutique sur place et, le cas échéant, la réalisation de périodes de travail au-delà des obligations de service ;/ 3° Les engagements particuliers souscrits par le praticien, les objectifs quantitatifs et qualitatifs qui lui sont assignés et dont la réalisation détermine les éléments variables de rémunération, les délais qui lui sont impartis pour y parvenir ainsi que le rythme de révision éventuelle de ces objectifs et engagements ;/ 4° La périodicité et les modalités selon lesquelles la réalisation des engagements et objectifs fixés par le contrat est appréciée ;/() 8° Le montant de la part fixe de rémunération et le montant de la part variable qui est fonction des engagements particuliers et de la réalisation des objectifs mentionnés au 2° du présent article. ".
7. En l'espèce, M. A devait bénéficier d'une rémunération comportant deux volets dont une part variable expressément liée à la réalisation d'objectifs quantitatifs et qualitatifs, lesquels ont été fixés dans l'article 4 de son contrat. La grille d'évaluation établie le 10 décembre 2020 par le responsable interne de l'intéressé, sur laquelle se fondent le compte-rendu d'évaluation du 22 février 2021 puis la décision de la directrice du CHIPS du 24 mars 2021, fait état de nombreux objectifs non atteints, dont certains figurent dans plusieurs rubriques, attestant ainsi de l'importance accordée par le centre hospitalier à ceux-ci.
8. Il résulte ainsi de l'instruction que deux plaintes ont été formulées par des proches de patients contre le requérant, auxquelles celui-ci a répondu.
9. Par ailleurs, l'évaluation indique que M. A n'a pas réalisé l'intégralité des " conduites à tenir " (CAT) qui lui étaient demandées, pouvant prendre la forme de protocoles ou de fiches techniques. A ce titre, son contrat prévoyait notamment qu'il devait établir au moins une CAT par quadrimestre " pour améliorer la qualité de la prise en charge des patients au sein de la structure d'urgence ", et cinq créations ou révisions de CAT par quadrimestre validées par le chef de service dont une réalisée personnellement pour l'état d'avancement de la constitution d'un corpus de connaissances médicales pratique de référence pour le personnel. Or, M. A, qui précise que deux de ces protocoles qu'il indique avoir rédigés entre octobre et décembre 2020 n'ont pas été " formalisés ", n'établit pas que les protocoles qu'il produit auraient été validés et présentés, à l'exception de celui qu'il soutient avoir préparé du mois de janvier au mois de septembre 2020 intitulé " première crise convulsive aux urgences " et qu'il a présenté le 4 septembre 2020.
10. S'agissant de l'absence de participation à la politique de gestion du risque ou à la préparation, l'aménagement et l'organisation dans le nouveau service d'urgence du BMT (bâtiment médico-technique), objectif pour lequel l'évaluateur a précisé " aucune présence aux réunions groupe de travail ", M. A soutient n'avoir été convoqué à aucune des réunions à l'exception d'une seule, à laquelle il n'a pu se rendre pour motifs professionnels, et produit les échanges de courriers électroniques relatifs à cette réunion. Le CHIPS ne produisant aucune pièce de nature à établir que le requérant aurait été convoqué aux réunions en cause, l'absence de participation de M. A ne pouvait être retenue pour fonder une diminution de la part variable de sa rémunération. Néanmoins, il résulte de l'instruction que la directrice du CHIPS aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que les autres reproches formulés à l'encontre du requérant.
11. En ce qui concerne la formation du personnel paramédical, qui consiste notamment en la définition d'un programme pluriannuel de formation, la mise en œuvre avec réalisation d'ateliers pratiques, la mise à disposition de matériel pédagogique, et l'évaluation avant/après, l'évaluation indique que M. A n'a réalisé qu'un atelier " arrêt cardiaque intra hospitalier " (ACIH) et que l'objectif n'est donc pas atteint. M. A indique avoir réalisé des cours infirmiers les 14 janvier 2020 et 25 novembre 2020 avec présentation Power Point produite en annexe 12 de son " bilan " suivi d'une mise en pratique dans une SAUV des urgences sur mannequin où chaque infirmier est mis en situation, avec une évaluation avant/après. S'il ajoute dans son second mémoire que les annexes 13 à 15 portent également sur des formations données aux infirmiers, il ne l'indique pas dans son " bilan " où il précise que ces annexes sont des documents établis pour la formation des internes. M. A, qui ne produit aucune autre pièce à l'appui de ses allégations, n'établit ainsi pas avoir réalisé plus d'un atelier.
12. S'agissant enfin de la définition annuelle et de l'état d'avancement d'un programme de formation du personnel, avec au moins une thématique traitée par trimestre, M. A n'établit pas avoir rempli cet objectif en indiquant dans son " bilan " avoir réalisé des protocoles et en se bornant à se prévaloir de ceux précédemment listés au titre de la rédaction de CAT produits en annexes 10, 16 et 17.
13. Dans ces conditions, et eu égard à l'importance des objectifs ainsi méconnus, qui participent à l'amélioration du fonctionnement du service et de la sécurité des patients, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la directrice du CHIPS a réduit à 20 % le montant de la part variable attribuée à M. A.
14. En dernier lieu, la décision par laquelle l'autorité qui en est chargée détermine le montant de la part variable d'un agent au regard de sa manière de servir ne revêt en elle-même aucun caractère disciplinaire. Par suite et eu égard à ce qui a été précédemment exposé aux points 7 à 13, il ne résulte pas de l'instruction que la décision en litige constituerait une sanction déguisée.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'avis des sommes à payer du 15 avril 2021 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHIPS la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A le versement au CHIPS de la somme de 1 000 euros au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera au CHIPS la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye et à la direction départementale des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
signé
F. GibelinLa présidente,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026