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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2104997

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2104997

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2104997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET INDIVIDUEL LE BAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2021, M. A B, représenté par Me Le Baut, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2021 du maire de la commune d'Orphin portant alignement individuel, le certificat d'urbanisme opérationnel négatif délivré par le maire de la commune d'Orphin le 19 janvier 2021, ainsi que la décision du 12 avril 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Orphin la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté d'alignement et le certificat d'urbanisme négatif sont entachés d'un défaut de motivation ;

- ils sont entachés d'un vice de procédure, dès lors qu'aucune enquête publique n'a eu lieu et que le plan d'alignement, qui n'est pas annexé au plan local d'urbanisme, ne lui est pas opposable ;

- le certificat d'urbanisme négatif a opéré un retrait illégal du certificat d'urbanisme tacite dont il bénéficiait, en méconnaissance de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- son projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article UA.9 du règlement du plan local d'urbanisme, qui n'ont pas pour objet de poser une règle de conformité mais de compatibilité des projets de constructions avec les plantations existantes ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit et de fait, dès lors que le terrain dispose d'un accès rue des Vergers et que lors de l'acquisition de celui-ci, la haie communale qui se trouve en retrait de sa propriété n'existait pas ;

- les dispositions de l'article UA.9 du règlement du plan local d'urbanisme portent une atteinte disproportionnée à son droit de propriété ;

- l'implantation de la haie le long de sa propriété, sans délibération du conseil municipal est illégale, et elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de propriété.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2021, la commune d'Orphin conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B aux dépens.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant ne peut se prévaloir d'un certificat d'urbanisme tacite ;

- elle est irrecevable en ce que les formalités de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ont pas été respectées ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- sa demande ne pouvait aboutir dès lors, d'une part, qu'elle ne correspond pas aux dispositions légales s'agissant d'une opération de division d'un terrain, et que, d'autre part, la demande était incomplète en l'absence de précision sur la construction projetée.

Par une ordonnance du 4 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 octobre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la voirie routière ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Baut, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire d'une parcelle cadastrée D 75 située 7 rue de la Drouette à Orphin, le terrain disposant également d'un accès rue des Vergers. Le 1er février 2020, M. B a déposé en mairie d'Orphin une demande de certificat d'urbanisme opérationnel pour la division de sa parcelle en vue d'en détacher un lot constructible dont l'entrée sera rue des Vergers. Par un arrêté du 18 janvier 2021, le maire de la commune d'Orphin a défini l'alignement individuel de la voie au droit de la propriété de M. B, et le 19 janvier 2021, le maire lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif. Par un courrier du 16 mars 2021, reçu en mairie le 19 mars suivant, M. B a formé un recours gracieux tendant au retrait de ces deux décisions, qui a été rejeté par une décision du maire d'Orphin du 12 avril 2021. M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté d'alignement du 18 janvier 2021, du certificat d'urbanisme négatif du 19 janvier 2021, ainsi que de la décision du 12 avril 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune d'Orphin :

2. En premier lieu, si la commune d'Orphin conteste l'existence d'un certificat d'urbanisme tacite dont serait titulaire M. B, cette circonstance n'a pas trait à la recevabilité de la requête mais au fond du litige. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'absence de certificat d'urbanisme tacite, doit être écartée.

3. En second lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. () ".

4. Les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, même si elles mentionnent les certificats d'urbanisme, n'ont pas entendu viser les certificats d'urbanisme négatifs, mais seulement les certificats d'urbanisme positifs. La fin de non-recevoir, tirée du défaut de notification par M. B de son recours contentieux à la commune d'Orphin, ne peut, dès lors, qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation du certificat d'urbanisme négatif :

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

5. Pour refuser de délivrer le certificat d'urbanisme opérationnel sollicité par le requérant, le maire de la commune d'Orphin a retenu que la création sur le terrain d'un accès charretier donnant sur la rue des Vergers serait contraire, d'une part, à l'article UA.9.8 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU), et d'autre part, ne serait pas compatible avec les plantations existantes et donc non conforme à l'article UA.9.10.5 du règlement du PLU.

6. En premier lieu, aux termes de l'article UA.9.10. du règlement du PLU : " En particulier, un nouvel accès doit respecter les prescriptions suivantes : () / UA.9.10.5 : Il doit être compatible avec les plantations et les éléments de signalisation, d'éclairage, de mobilier urbain, présents sur la voie publique ou privée. / UA.9.10.6 : Il doit avoir une largeur supérieure à 3,00 mètres. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle dont M. B est propriétaire dispose actuellement d'un accès piéton par la rue des Vergers. La division du terrain en vue du détachement d'un lot constructible impliquera la création d'un accès charretier rue des Vergers, d'une largeur minimale de 3 mètres, et par conséquent la suppression sur ce seul linéaire, au demeurant limité, de la haie communale implantée tout au long de la parcelle. Dès lors, le projet ne peut être regardé comme n'étant pas compatible avec cette plantation au sens de l'article UA.9.10. du règlement du PLU de la commune d'Orphin. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le motif tiré de la méconnaissance de cet article est entaché d'une erreur de droit.

8. En second lieu, compte tenu des termes de l'article UA.9.8 du règlement du PLU de la commune d'Orphin, selon lequel " Un seul accès charretier est autorisé par terrain ; toutefois, lorsque la largeur du terrain sur la voie publique ou privée est égale ou supérieure à 30 mètres, un second accès charretier peut être autorisé " et de la circonstance que cette règle doit s'apprécier à l'aune du seul lot détaché par le projet litigieux, il ne résulte pas de l'instruction que le maire de la commune d'Orphin aurait pris la même décision de refus s'il s'était fondé sur le second motif tiré de la méconnaissance par le projet de cet article.

En ce qui concerne la demande de substitution de motifs présentée par la commune d'Orphin :

9. L'administration peut, nonobstant les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir, en première instance comme en appel, que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. En premier lieu, la commune d'Orphin fait valoir que la demande présentée par M. B ne pouvait pas aboutir, dès lors que celle-ci porte sur une opération de division, et non de construction, qui n'entre pas dans le champ du certificat d'urbanisme opérationnel.

11. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée :/ a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ;/ b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () ". Contrairement à ce que soutient la commune d'Orphin, il ne résulte pas des termes du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, que ces dispositions excluraient de leur champ d'application une demande portant sur un projet de division ou d'aménagement.

12. En second lieu, la commune d'Orphin se prévaut de l'incomplétude du dossier du requérant. Toutefois, il ne saurait être reproché au requérant l'absence de précisions suffisantes sur la construction envisagée sur le lot à bâtir. A cet égard, et conformément à l'article R. 410-1 du code de l'urbanisme, le dossier de demande de certificat d'urbanisme litigieux comporte une description succincte de l'opération indiquant la destination du bâtiment et sa localisation approximative dans l'unité foncière. D'ailleurs, la commune n'indique pas en quoi l'absence de précision sur la localisation approximative de la construction envisagée sur ce lot l'aurait empêchée de se prononcer en toute connaissance de cause.

13. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes de substitution de motifs présentées en défense.

14. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est susceptible d'entraîner l'illégalité de l'arrêté attaqué.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à solliciter l'annulation du certificat d'urbanisme négatif délivré le 19 janvier 2021 par le maire de la commune d'Orphin, ainsi que de la décision du 12 avril 2021 en tant qu'elle rejette son recours gracieux formé contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant alignement :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".

17. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. / Le plan d'alignement, auquel est joint un plan parcellaire, détermine après enquête publique ouverte par l'autorité exécutive de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale, propriétaire de la voie, et organisée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration la limite entre voie publique et propriétés riveraines. / L'alignement individuel est délivré au propriétaire conformément au plan d'alignement s'il en existe un. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine. ".

18. Il résulte des dispositions de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière cité au point précédent qu'un arrêté d'alignement, qui se borne à constater les limites d'une voie publique en bordure des propriétés riveraines, est un acte purement déclaratif sans effet sur les droits des propriétaires riverains. Par suite, il n'est pas au nombre des actes devant être motivés en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

19. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un plan d'alignement ait été adopté par la commune d'Orphin, en tout cas en ce qui concerne les voies publiques bordant la propriété du requérant. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'enquête publique préalable au plan d'alignement ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté comme inopérant, de même que le moyen tiré du caractère inopposable du plan d'alignement non annexé au PLU.

20. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté portant alignement du 18 janvier 2021, ainsi que la décision du 12 avril 2021 en tant qu'elle rejette de son recours gracieux formé contre cette décision.

Sur les frais liés au litige :

21. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Orphin la somme de 1 800 euros, à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

22. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de la commune d'Orphin tendant à la condamnation de M. B à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le certificat d'urbanisme négatif délivré le 19 janvier 2021 à M. B, ainsi que la décision du 12 avril 2021 en tant qu'elle rejette son recours gracieux formé contre ce certificat, sont annulés.

Article 2 : La commune d'Orphin versera à M. B la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Orphin au titre des dépens sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Orphin.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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