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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105005

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105005

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantROSSIGNOL-INFANTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 8 juin 2021, 20 septembre et 15 novembre 2023, la commune de Saclas, représentée par son maire en exercice, ayant pour avocat Me de Sigoyer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 12 avril 2021 par laquelle le comité syndical du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce a émis un avis défavorable à sa demande de retrait ;

2°) d'enjoindre au Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce d'adopter une délibération consentant à son retrait dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que son maire a été autorisé par son conseil municipal à la représenter en justice, contrairement au Syndicat intercommunal qui ne justifie pas d'une telle délégation du comité syndical ;

- elle justifie d'un intérêt à agir ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales faute pour les membres du comité syndical d'avoir disposé d'une information suffisante ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2023, le Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce, représenté par son président en exercice, ayant pour avocat Me Rossignol-Infante, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Saclas une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête de la commune de Saclas est irrecevable faute, d'une part, de justification d'une délibération autorisant son maire à introduire une action en justice en son nom et faute, d'autre part, d'intérêt lui donnant qualité pour agir contre la délibération ;

- les moyens invoqués par la commune ne sont pas fondés.

Par courrier du 29 novembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la délibération du 12 avril 2021 qui a seulement le caractère d'une mesure préparatoire dès lors qu'elle n'a d'autre objet que de permettre l'engagement de la procédure de retrait au terme de laquelle interviendra un arrêté du préfet de l'Essonne, seul compétent pour prononcer le retrait en fonction du résultat des consultations prévues.

La commune de Saclas a présenté, les 4 et 5 décembre 2023, des observations au moyen d'ordre public.

Par une ordonnance du 27 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Degorce ;

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;

- et les observations de Me de Sigoyer pour la commune de Saclas et de Me Rossignol-Infante pour le Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Saclas est membre du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce, compétent, depuis la réduction de son périmètre au 1er octobre 2020, pour assurer la restauration scolaire des cinq communes qui le composent. Désireuse d'assurer en régie cette dernière compétence, la commune de Saclas a sollicité, par courrier du 15 mars 2021, son retrait du syndicat. Toutefois, par la délibération du 12 avril 2021 dont elle demande l'annulation, le comité syndical du syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce a émis un avis défavorable à son retrait.

Sur la recevabilité des écritures en défense :

2. Aux termes de l'article L. 5211-10 du code général des collectivités territoriales : " Le président, les vice-présidents ayant reçu délégation ou le bureau dans son ensemble peuvent recevoir délégation d'une partie des attributions de l'organe délibérant à l'exception : 1° Du vote du budget, de l'institution et de la fixation des taux ou tarifs des taxes ou redevances ;

2° De l'approbation du compte administratif ; 3° Des dispositions à caractère budgétaire prises par un établissement public de coopération intercommunale à la suite d'une mise en demeure intervenue en application de l'article L. 1612-15 ; 4° Des décisions relatives aux modifications des conditions initiales de composition, de fonctionnement et de durée de l'établissement public de coopération intercommunale ; 5° De l'adhésion de l'établissement à un établissement public ; 6° De la délégation de la gestion d'un service public ; 7° Des dispositions portant orientation en matière d'aménagement de l'espace communautaire, d'équilibre social de l'habitat sur le territoire communautaire et de politique de la ville. "

3. Par délibération du 23 juin 2020, le comité syndical du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce a, en application des dispositions de l'article L. 5211-10 du code général des collectivités territoriales, donné à son président, délégation pour intenter, notamment, au nom du syndicat, les actions en justice ou pour le défendre dans les actions intentées contre lui, tant en demande qu'en défense, devant toutes les juridictions. Par suite, le président du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce a qualité pour le défendre dans la présente instance.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : () 6° De représenter la commune soit en demandant, soit en défendant () ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du même code : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par délibération du 25 mai 2020, le conseil municipal de la commune de Saclas a, notamment, délégué à son maire pour la durée de son mandat, les attributions pour intenter, au nom de la commune, les actions en justice. Par suite, la commune de Saclas est valablement représentée par son maire dans le cadre de la présente instance.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 5211-19 du code général des collectivités territoriales : " Une commune peut se retirer de l'établissement public de coopération intercommunale, sauf s'il s'agit d'une communauté urbaine ou d'une métropole, dans les conditions prévues à l'article L. 5211-25-1, avec le consentement de l'organe délibérant de l'établissement. () Le retrait est subordonné à l'accord des conseils municipaux exprimé dans les conditions de majorité requises pour la création de l'établissement. Le conseil municipal de chaque commune membre dispose d'un délai de trois mois à compter de la notification de la délibération de l'organe délibérant au maire pour se prononcer sur le retrait envisagé. A défaut de délibération dans ce délai, sa décision est réputée défavorable. () La décision de retrait est prise par le ou les représentants de l'Etat dans le ou les départements concernés. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le retrait d'une commune membre d'un syndicat de communes doit faire l'objet d'une décision du représentant de l'Etat après délibérations convergentes de l'organe délibérant de l'établissement public et des autres membres de celui-ci. Une commune désireuse de se retirer du syndicat de communes dont elle est membre a donc, en cette seule qualité, intérêt à agir contre la délibération du comité syndical refusant d'autoriser son retrait.

8. Il résulte de ce qui précède que les deux fins de non-recevoir opposées en défense ne peuvent qu'être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

9. Aux termes de l'article L. 5711-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable à la date de la délibération contestée : " Les syndicats mixtes constitués exclusivement de communes et d'établissements publics de coopération intercommunale et ceux composés uniquement d'établissements publics de coopération intercommunale sont soumis aux dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre II de la présente partie. (). ". Aux termes de l'article L. 5211-1 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus. (). ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal ".

10. Il résulte de ces dispositions que tout membre d'un organe délibérant d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public territorial tient de sa qualité de membre de l'assemblée délibérante appelé à délibérer sur les affaires de la commune, le droit d'être informé de tout ce qui touche à ces affaires dans des conditions lui permettant de remplir normalement son mandat. A ce titre, la convocation aux réunions de cet organe délibérant doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que ses membres, en même temps que la convocation, aient eu à disposition les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions.

11. En l'espèce, si le Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce verse aux débats un documents intitulé " examen de la demande de retrait et des modalités juridiques et financières de la commune de Saclas du SI4RPB " qu'il présente comme la note de synthèse adressée aux membres du comité syndical en même temps que leur convocation à la séance du 12 avril 2021, ce document, qui se borne à viser, sans les joindre, la délibération du conseil municipal de la commune de Saclas du 8 février 2021 approuvant son retrait du syndicat et le courrier de cette dernière tendant à ce que cette question soit mise à l'ordre du jour du comité syndical, n'était pas de nature, à lui seul, de permettre aux conseillers syndicaux de disposer d'une information adéquate pour se prononcer, de façon éclairée, sur la question qui leur était soumise.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la commune de Saclas est fondée à demander l'annulation de la délibération du 12 avril 2021 par laquelle le comité syndical du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce a émis un avis défavorable à sa demande de retrait.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement implique seulement que le comité syndical du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce délibère à nouveau sur la demande de retrait de la commune de Saclas. Il y a lieu de l'y enjoindre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce une somme de 1 800 euros à verser à la commune de Saclas au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par le Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 12 avril 2021 par laquelle le comité syndical du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce a émis un avis défavorable à la demande de retrait présentée par la commune de Saclas est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce de délibérer à nouveau sur la demande de retrait présentée par la commune de Saclas, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge du Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce une somme de 1 800 euros à verser à la commune de Saclas au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saclas et au Syndicat intercommunal des quatre rivières des portes de la Beauce.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Dely, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

Ch. DegorceLa présidente,

signé

I. Dely

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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