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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105111

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105111

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantTHIRION

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 17 juin 2021, sous le n° 2105111, M. D A, représenté par Me Bel Faleh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire de Vigneux-sur-Seine a prononcé son expulsion définitive des marchés de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vigneux-sur-Seine une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué émane d'une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé en fait ;

- il porte atteinte aux droits qu'il tire de sa qualité de commerçant et à la liberté du commerce et de l'industrie ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas assortis de preuves ;

- le maire a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la réalisation de travaux ne peut lui être reprochée dès lors qu'il a agi conformément aux pratiques du marché, les travaux effectués par les commerçants n'ayant jamais fait l'objet d'une demande d'autorisation préalable auprès de la mairie ;

- la mesure d'exclusion n'a pas été précédée d'une instruction suffisante ;

- cette mesure est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors notamment qu'il exerce son activité au sein du marché depuis plus de sept années, sans difficulté.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, la commune de Vigneux-sur-Seine, représentée par Me Thirion, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens développés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 décembre 2022.

II. Par une requête enregistrée le 15 août 2021, sous le n° 2107054, M. D A, représenté par Me Bel Faleh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire de Vigneux-sur-Seine a prononcé son expulsion définitive des marchés de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vigneux-sur-Seine une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève les mêmes moyens que ceux développés dans l'instance enregistrée sous le n° 2105111, analysés ci-dessus, et soutient, en outre, que, la gérance du marché ayant été attribuée à une société privée, seul le dirigeant de cette société dispose de la qualité juridique pour prendre une mesure d'exclusion de l'un des commerçants du marché et l'auteur de l'arrêté attaqué n'avait donc pas qualité pour prendre cette mesure.

Par une ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 décembre 2022.

La commune de Vigneux-sur-Seine, représentée par Me Thirion, a présenté, le 5 septembre 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, un mémoire en défense, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,

- les observations de Me Bel Faleh, représentant M. A, et celles de Me Thirion, représentant la commune de Vigneux-sur-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, qui exerce l'activité de commerçant ambulant, a bénéficié d'un emplacement sur le marché dit E ", à Vigneux-sur-Seine. Par les deux requêtes visées ci-dessus, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul et même jugement dès lors qu'elles concernent une même décision administrative et ont fait l'objet d'une instruction commune, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire de Vigneux-sur-Seine a prononcé son expulsion définitive des deux marchés communaux.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale () ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 3° Le maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, cafés, églises et autres lieux publics () ".

3. D'autre part, il résulte de ces dispositions que le maire est compétent pour prendre les mesures qu'impose le maintien du bon ordre dans les marchés, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le service d'exploitation des marchés fait l'objet d'une délégation à une société privée.

4. D'autre part, il ressort de l'arrêté du 11 octobre 2020 que le maire de Vigneux-sur-Seine a donné à M. B C, 12ème adjoint, en charge du développement économique, du commerce et de l'artisanat, signataire de l'arrêté attaqué, délégation pour signer tous actes en matière de marchés communaux d'approvisionnement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. L'arrêté attaqué vise, d'une part, les dispositions des articles L. 2212-1 et suivants du code général des collectivités territoriales, ainsi que l'arrêté municipal du 14 septembre 2009 portant règlement intérieur des marchés d'approvisionnement de la commune. Il mentionne, d'autre part, que M. A a proféré des menaces envers l'un des autres commerçants du marché E le 26 mai 2021 et qu'une main courante a été déposée, que, suite à ce premier incident, d'autres commerçants ont été menacés par M. A, ainsi que le placier du marché, qu'un nouvel incident s'est déroulé le dimanche 30 mai 2021, M. A ayant refusé de quitter la halle au moment de la fermeture, contraignant les services de la médiation à intervenir pour le faire sortir, et le service municipal d'astreinte à se déplacer pour fermer la halle du marché. L'arrêté mentionne encore que M. A a réalisé des travaux sans autorisation préalable le 30 mai 2021 et perturbé ainsi les horaires et le travail du personnel de nettoyage. Enfin, l'arrêté conclut que les faits reprochés, constitutifs pour certains d'infractions pénales, et détaillés par l'entreprise délégataire du service d'exploitation du marché, n'ont pas été contestés par l'intéressé qui, d'après l'arrêté, agirait sur le marché sans retenue et adopterait un comportement inacceptable, alors qu'un courrier de rappel à l'ordre lui a été notifié le 26 novembre 2020. Par suite, l'arrêté attaqué énonce les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il repose. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, il n'est pas établi que l'édiction de la mesure contestée n'aurait pas été précédée d'un examen suffisant.

8. En quatrième lieu, il ressort de la copie de la déclaration de main courante déposée à l'encontre de M. A le 5 mai 2021, dont les faits décrits ne sont pas sérieusement contestés par ce dernier, que, lors d'une altercation, celui-ci a proféré des menaces de violence physique à l'encontre d'un autre commerçant le 5 mai 2021, et non le 26 mai 2021 ainsi que le mentionne l'arrêté attaqué au terme d'une erreur de plume. Il ressort, par ailleurs, des autres pièces du dossier, et notamment d'un courrier électronique adressé à M. A, le 4 juin 2021, par un membre du personnel de la société délégataire du service d'exploitation du marché, que celui-ci a réalisé, à l'issue du marché qui s'est tenu le dimanche 30 mai 2021, des travaux sans autorisation préalable et que ces travaux ont eu des répercussions sur l'organisation des horaires et des missions du personnel en charge du nettoyage du marché. Ces faits, mentionnés dans l'arrêté attaqué, sont donc établis.

9. En revanche, aucune pièce ne vient étayer les autres faits mentionnés dans l'arrêté, tenant à ce que, suite à l'incident survenu le 5 mai 2021, d'autres commerçants et le placier du marché auraient été menacés par M. A, la plainte adressée au maire le 6 avril 2021 par d'autres commerçants du marché E n'évoquant aucun épisode de cet ordre. Il n'est pas davantage établi que la société délégataire du service d'exploitation du marché aurait été contrainte de solliciter la présence d'agents de la police municipale pour procéder à la fermeture du marché le mercredi 2 juin 2021, ainsi qu'il est indiqué dans l'arrêté. Ces derniers faits ne peuvent, dès lors, être considérés comme établis.

10. Toutefois, il n'est pas sérieusement contesté que la réalisation, par M. A, de travaux sans autorisation préalable a perturbé l'organisation des prestations de nettoyage du marché et que son comportement, menaçant à l'égard d'un autre commerçant du marché, a été de nature à troubler l'ordre public. Il résulte de l'instruction que le maire de Vigneux-sur-Seine aurait pris, à l'égard de M. A, la même décision s'il ne s'était fondé que sur les faits dont la matérialité est établie.

11. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'année 2019, M. A a eu une précédente altercation avec un commerçant et il ne conteste pas avoir fait l'objet, au mois de novembre 2020, d'un rappel à l'ordre en raison d'un comportement inapproprié. Dès lors, et au regard de l'atteinte portée à l'ordre public par les faits commis durant le mois de mai 2021, rappelés au point 8, M. A n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'expulsion définitive des marchés communaux de Vigneux-sur-Seine prononcée à son encontre ne serait pas adaptée, nécessaire et proportionnée et porterait atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie.

12. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement faire valoir, dans le cadre de la présente instance, qu'en prenant à son encontre la mesure contestée, le maire aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Vigneux-sur-Seine, qui n'est pas la partie perdante, soit condamnée à verser à M. A la somme qu'il demande à ce titre. Il n'y a, par ailleurs, pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées, au même titre, par la commune.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vigneux-sur-Seine sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune de Vigneux-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- M. Deharo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. Milon

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2105111 - 2107054

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