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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105359

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105359

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPrésident LE GARS
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 21 juin 2021, M. B C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 11 mai 2021 par laquelle le préfet de police a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de quatre mois et quinze jours, à compter de la notification de sa décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de restituer son titre de conduite dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations ;

- elle méconnaît l'article R. 221-13 du code de la route dès lors qu'elle ne précise pas la nature des examens médicaux auxquels il doit se soumettre ;

- elle méconnaît l'article R. 234-2 du code de la route et l'arrêté du 8 juillet 2003 dès lors qu'il n'est pas en mesure de s'assurer de l'homologation de l'éthylomètre utilisé.

Par un courrier en date du 21 octobre 2021, le requérant a été invité à indiquer s'il entendait maintenir sa requête au sens de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative.

Par mémoire enregistré le 26 octobre 2021, le requérant déclare maintenir l'ensemble des conclusions de sa requête.

Par un mémoire en défense produit le 17 novembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de relation entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars, président de la 4ème chambre, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.Alors que M. C a été interpellé le 9 mai 2021 par les forces de l'ordre du commissariat du quinzième arrondissement de Paris, pour conduite en état d'ivresse, le préfet de police a, par un arrêté en date du 11 mai 2021, notifié le 14 juin 2021, prononcé la suspension de la validité du titre de conduite de ce dernier, pour une durée de quatre mois et quinze jours, à compter de la notification de sa décision. Le requérant en demande l'annulation au tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2.En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui:/ - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. () " Aux termes de l'article L.211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". La suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du même code.

3. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions de l'article L. 224-7 du code de la route et indique que M. C a fait l'objet, le 9 mai 2021 à 7h15 sur le territoire du quinzième arrondissement de Paris, d'un procès-verbal pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, les vérifications prévues par l'article R. 234-4 dudit code ayant fait état de la présence, dans son sang, de 0,52 mg/L. Par suite, la décision attaquée comportant l'ensemble des considérations de droit et de fait ayant conduit à son édiction étant suffisamment motivée, le moyen tiré du vice de forme ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211 2, (), sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 de ce code énonce que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles. () ".

5. Aux termes de l'article L. 224-7 : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. Il peut également prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire à l'encontre de l'accompagnateur d'un élève conducteur lorsqu'il y a infraction aux dispositions des articles L. 234-1 et L. 234-8. ".

6. Au vu de ce qui précède, face à une situation d'urgence, l'administration n'est pas tenue de mettre à même le destinataire d'une décision défavorable de présenter ses observations. Il résulte de l'instruction que M. C a été interpelé le 9 mai 2021 à 06h55 par les forces de police, sur la commune du quinzième arrondissement de Paris, dans le cadre d'un contrôle implanté d'initiative. Compte tenu de l'état d'ébriété du requérant, des verifications, effectuées en application de l'article L. 234-9 du code de la route, ont révélé la présence d'un taux élevé d'alcoolémie de 0,52 mg/L de sang. Dans ces conditions, le délai de 72h accordé au préfet pour prononcer la suspension d'un permis de conduire sujet à une mesure de retention et la circonstance que l'intéressé représentait un risqué pour la sécurité des personnes et pour lui même, sont de nature à établir une situation d'urgence justifiant, au sens des dispositions susvisées, que le préfet de police ait édicté la decision litigieuse, sans mettre M. C à même de presenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par l'administration de ses droits à la défense ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " Le préfet soumet à des analyses ou à des examens médicaux, cliniques et biologiques, notamment salivaires et capillaires : / () / 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction ou suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles visées au 1° ci-dessus. / II. - Lorsque le titulaire du permis de conduire néglige ou refuse de se soumettre, dans les délais qui lui sont prescrits, à l'une des analyses ou l'un des examens médicaux prévus au présent article, le préfet peut prononcer ou maintenir la suspension du permis de conduire jusqu'à ce qu'un avis médical d'aptitude soit émis, à la demande de l'intéressé, par le médecin agréé consultant hors commission médicale, ou par la commission médicale ".

8. S'il résulte de ces dispositions, qu'il appartient à l'autorité préfectorale de préciser au conducteur le délai dans lequel cette visite doit être effectuée et la nature des examens auxquels il est tenu de se soumettre, la méconnaissance de telles exigences a seulement pour conséquence de faire obstacle à ce que l'autorité préfectorale refuse la restitution du permis de conduire à l'expiration de la période de sa suspension. Par suite, la circonstance que le préfet ne précise pas la nature de l'examen requis est sans incidence sur la légalité de la mesure de suspension d'un permis de conduire prononcée en application des articles L. 224-7 à L. 224-9 du code de la route. M. C ne peut par suite utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article R. 221-13 du code de la route pour contester la légalité de la décision litigieuse.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 234-2 du code de la route : " Les opérations de dépistage de l'imprégnation alcoolique par l'air expiré, prévues par les articles L. 234-3 à L. 234-5 et L. 234-9, sont effectuées au moyen d'un éthylotest électronique ou chimique qui répond, selon sa nature, aux exigences fixées par le décret n° 2008-883 du 1er septembre 2008 relatif aux éthylotests électroniques ou par le décret n° 2015-775 du 29 juin 2015 fixant les exigences de fiabilité et de sécurité relatives aux éthylotests chimiques destinés à un usage préalable à la conduite routière ".

10. Aucune disposition législative ou réglementaire n'imposant que soient portées sur le procès-verbal de constatation de l'infraction les mentions permettant d'identifier l'appareil utilisé et attestant de son homologation, le moyen tire de la méconnaissance de l'article R. 234-2 du code de la route et de l'arrêté du 8 juillet 2003 ne peut qu'être.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 11 mai 2021 ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

J. A La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2105359

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