jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2105424 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI JASPER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 juin 2021, 29 novembre 2022, 12 janvier et 7 février 2023, M. K C et Mme B F, représentés par Me Joseph-Oudin, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs, J I et D C, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à verser à M. C une indemnité de 469 231 euros en réparation des conséquences dommageables de sa vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) ;
2°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à verser à Mme B F, la somme de 89 477,75 euros, à M. K C, la somme de 35 000 euros et à M. D C la somme de 17 500 € en qualité de victimes indirects des conséquences dommageables de la vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) de M. I C ;
3°) de réserver l'indemnisation des préjudices non encore évaluables de M. I C dont l'état de santé n'est pas encore consolidé ;
4°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant dire droit ;
5°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
-les premiers symptômes de narcolepsie de I C sont apparus en février 2010 soit très rapidement après la vaccination, par une poussée d'herpès et des accès de fatigue ainsi qu'en attestent ses proches ;
- l'adjuvant contenu dans le PANDEMRIX n'est pas la source des narcolepsies-cataplexies post-vaccinales ;
- aucune étude n'a été réalisée afin de tenter de démontrer l'absence de lien de causalité entre la vaccination par PANENZA et l'apparition d'une narcolepsie ;
- l'état actuel des données de la science permet de retenir le risque de narcolepsie dans les suites du vaccin PANENZA ;
- les conclusions du médecin conseil de l'ONIAM doivent être écartées en raison du défaut d'impartialité et d'objectivité de ce praticien dès lors qu'il est salarié de l'ONIAM ;
- l'ONIAM a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation dès lors que la narcolepsie cataplexie post vaccinale peut apparaître dans un délai particulièrement long et que les différentes pièces du dossier de I C permettent de retenir un délai d'apparition des symptômes tout à fait compatible avec une imputabilité de la maladie au vaccin.
- leurs préjudices se décomposent comme suit :
En ce qui concerne I C :
Préjudices patrimoniaux
- des dépenses de santé, frais de logement adapté, frais de véhicule, incidence professionnelle, pertes de revenus professionnels à réserver en l'absence de consolidation ;
- une aide active non médicalisée à raison de 3 jours/jour ;
- une aide scolaire à raison de 1h30 par jour, 5 jours/sept pendant les périodes scolaires ;
- un préjudice scolaire : 50 000 euros
Préjudices extrapatrimoniaux
- un déficit fonctionnel temporaire pour un montant de 63 075 euros ;
- des souffrances endurées évaluées à 4 sur une échelle de 7 pour un montant de
14 000 euros ;
- un préjudice esthétique temporaire évalué à 3,5 sur une échelle de 7 pour un montant de 8 000 euros ;
- un déficit fonctionnel permanent ;
- Un préjudice d'agrément à hauteur de 20 000 euros ;
- un préjudice esthétique permanent, préjudice sexuel, préjudice d'établissement à réserver en l'absence de consolidation ;
- un préjudice d'anxiété : 50 000 euros ;
En ce qui concerne Mme F :
- des frais de déménagement : 44 477,45 euros ;
- incidence professionnelle : 10 000 euros ;
- préjudice d'affection : 20 000 euros ;
- préjudices exceptionnels : 15 000 euros ;
En ce qui concerne M. K C :
- préjudice d'affection : 20 000 euros ;
- préjudices exceptionnels : 15 000 euros ;
En ce qui concerne D C :
- préjudice d'affection : 10 000 euros ;
- préjudices exceptionnels : 7 500 euros ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 décembre 2021 et 16 janvier 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la vaccination par PANENZA n'entraîne aucun sur-risque de développer une narcolepsie ;
- le rapport du Pr H et du Dr E du 3 mars 2021 n'a pas été rendu contradictoirement et le seul fait qu'il ait été porté à sa connaissance ne rend pas la mesure d'expertise, en elle-même, contradictoire ;
- la seule méthode utilisée par les experts dans leur rapport ne permet pas de retenir un lien d'imputabilité direct ou certain entre une vaccination H1N1 par Panenza(r) et l'apparition de troubles de type narcolepsie-cataplexie ;
- l'existence d'un lien de causalité entre la vaccination et la narcolepsie-cataplexie ne peut être retenu que lorsque celle-ci se manifeste dans un délai inférieur à un an après la vaccination.
La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Essonne à qui la requête a été communiquée n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique,
- l'arrêté du 13 janvier 2010 relatif à la campagne de vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) 2010,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rivet,
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,
- et les observations de Me Lafon, représentant les consorts C.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 4 novembre 2009, la ministre de la santé et des sports a lancé une campagne de vaccination contre l'épidémie de grippe aviaire issue du virus H1N1 en application de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique. Le 13 décembre 2009, le jeune I C, né le 14 juin 2003 et alors âgé de 6 ans a été vacciné contre la grippe A (H1N1) par le vaccin Panenza développé par la société Sanofi Pasteur. En raison de problèmes de fatigue intense et d'endormissements inopinés, un diagnostic de narcolepsie avec cataplexie a été initié sur ces symptômes à partir du mois de mai 2013. Etablissant un lien entre les symptômes de leur fils et la vaccination contre la grippe A (H1N1) réalisée en décembre 2009, ses parents Mme B F et M. K C, en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs fils I et de son frère D, ont, le 15 octobre 2019, adressé à l'ONIAM une demande d'indemnisation des préjudices résultant selon eux de cette vaccination. Les docteurs H et E, désignés en qualité d'expert, ont rendu leur rapport le 3 mars 2021, au terme duquel ils ont retenu une relation qualifiée de " vraisemblable à très vraisemblable " entre le vaccin Panenza et la survenue de la narcolepsie chez I C. Toutefois, par courrier en date du 29 avril 2021, l'ONIAM a rejeté la demande d'indemnisation de Mme B F et M. K C. Par la présente requête, les consorts C demandent au tribunal de condamner l'ONIAM à les indemniser des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de la vaccination de I C par le vaccin Panenza. A titre subsidiaire, ils demandent que soit ordonnée une nouvelle expertise médicale en vue de déterminer si la narcolepsie-cataplexie dont est atteint leur fils I est la conséquence de la vaccination contre le virus de la grippe H1N1 dont il a fait l'objet et d'évaluer leurs préjudices.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. D'une part, aux termes de de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique : " En cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d'urgence, notamment en cas de menace d'épidémie, le ministre chargé de la santé peut, par arrêté motivé, prescrire dans l'intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population ". Aux termes de l'article L. 3131-3 de ce code : " Nonobstant les dispositions de l'article L. 1142-1, les professionnels de santé ne peuvent être tenus pour responsables des dommages résultant de la prescription ou de l'administration d'un médicament en dehors des indications thérapeutiques ou des conditions normales d'utilisation prévues par son autorisation de mise sur le marché ou son autorisation temporaire d'utilisation, ou bien d'un médicament ne faisant l'objet d'aucune de ces autorisations, lorsque leur intervention était rendue nécessaire par l'existence d'une menace sanitaire grave et que la prescription ou l'administration du médicament a été recommandée ou exigée par le ministre chargé de la santé en application des dispositions de l'article L. 3131-1. / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 3131-4 du même code : " Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales imputables à des activités de prévention, de diagnostic ou de soins réalisées en application de mesures prises conformément aux articles L. 3131-1 ou L. 3134-1 est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales mentionné à l'article L. 1142-22. () ".
3. D'autre part, par un arrêté du 4 novembre 2009, pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique, la ministre de la santé et des sports a lancé une campagne de vaccination nationale pour permettre aux personnes qui le souhaitaient de se faire immuniser contre le virus de la grippe A (H1N1) 2009. L'article 2 de l'arrêté du 13 janvier 2010 précise que " Toute personne vaccinée contre le virus de la grippe A (H1N1) 2009 par un vaccin appartenant aux stocks constitués par l'Etat bénéficie des dispositions de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique. ".
4. Ces dispositions prévoient la réparation intégrale par l'ONIAM, en lieu et place de l'État, des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales imputables à des activités de prévention ou de soins réalisées en application de mesures ministérielles prises conformément à l'article L. 3131-1, telle que la campagne de vaccination contre le virus H1N1, sans qu'il soit besoin d'établir l'existence d'une faute ni la gravité particulière des préjudices subis. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que la réparation incombant à l'ONIAM bénéficie à toute victime, c'est-à-dire tant à la personne qui a subi un dommage corporel du fait de l'une de ces mesures qu'à ceux de ses proches qui en subissent directement les conséquences.
5. Saisi d'un litige individuel portant sur les conséquences pour la personne concernée d'une vaccination présentant un caractère obligatoire ou effectuée dans le cadre de mesures prescrites en cas de menace d'épidémie, il appartient au juge, pour écarter toute responsabilité de la puissance publique, non pas de rechercher si le lien de causalité entre l'administration du vaccin et les différents symptômes attribués à l'affection dont souffre l'intéressé est ou non établi, mais de s'assurer, au vu du dernier état des connaissances scientifiques en débat devant lui, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe. Il lui appartient ensuite, soit, s'il en était ressorti en l'état des connaissances scientifiques en débat devant lui qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe, de rejeter la demande indemnitaire, soit, dans l'hypothèse inverse, de procéder à l'examen des circonstances de l'espèce et de ne retenir l'existence d'un lien de causalité entre les vaccinations subies par l'intéressé et les symptômes qu'il avait ressentis que si ceux-ci étaient apparus, postérieurement à la vaccination, dans un délai normal pour ce type d'affection, ou s'étaient aggravés à un rythme et une ampleur qui n'étaient pas prévisibles au vu de son état de santé antérieur ou de ses antécédents et, par ailleurs, qu'il ne ressortait pas du dossier qu'ils pouvaient être regardés comme résultant d'une autre cause que ces vaccinations.
6. Il résulte de l'instruction que des études réalisées dans divers pays, notamment en Finlande, en Suède, en Norvège et en France ont mis en évidence des cas de narcolepsie de 5 à 14 fois plus élevés chez les enfants et les adolescents vaccinés contre la grippe H1N1 que chez ceux qui ne l'ont pas été. Le recul du temps ayant permis d'affiner la connaissance des cohortes concernées, ces études ont conclu que la maladie, dont le diagnostic est souvent posé tardivement, peut survenir jusque dans les deux premières années suivant la vaccination. Le déclenchement, à la suite d'une vaccination, d'une narcolepsie de type 1, c'est-à-dire avec cataplexie, s'explique, selon les dernières connaissances scientifiques, par l'activation d'une réaction auto-immune chez les patients porteurs de l'allèle HLA-DQB1*06:02, ce mécanisme conduisant à la destruction des neurones hypothalamiques producteurs d'hypocrétine, neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l'éveil. La communauté scientifique a dégagé plusieurs critères en considération desquels le lien entre le vaccin contre le virus H1N1 et la narcolepsie doit être examiné qui sont, outre l'existence d'une vaccination, le diagnostic de narcolepsie avec cataplexie, la prédisposition génétique, le jeune âge au moment de la vaccination, l'absence d'antécédent et le délai entre la vaccination et l'apparition des symptômes.
7. En premier lieu, le rapport d'expertise mentionne un lien de causalité entre vaccination et narcolepsie calculé selon une méthode " Bégaud ", invoquée par les requérants. Selon cette méthode, les experts estiment que l'imputabilité des symptômes de I C à la vaccination avec le Panenza peut être qualifiée de " vraisemblable à très vraisemblable ". Toutefois, cette méthode est critiquée par l'ONIAM et par les experts eux-mêmes compte tenu du peu de critères pertinents tels que l'arrêt des médicaments, la ré-administration, les tests spécifiques inexistants et l'effet irréversible de la maladie en cause. Par suite, cette méthode ne permet pas d'établir un lien de causalité certain.
8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la littérature médicale produite par les parties ainsi que des deux rapports d'expertise diligentés par l'ONIAM, qu'aucun consensus n'a encore eu lieu parmi la communauté scientifique sur l'absence de lien de causalité entre les cas de narcolepsie déclarés et le vaccin Panenza. Ainsi, dans un premier temps, seul le vaccin Pandemrix a été considéré comme pouvant provoquer la narcolepsie en raison d'un adjuvant, absent dans le vaccin Panenza ; toutefois, un autre vaccin, l'Arepanrix, utilisant le même adjuvant, n'a entrainé aucun risque accru de narcolepsie. Ensuite, a été évoqué le procédé de fabrication du vaccin Pandemrix tenant à une plus grande quantité de nucléoprotéines du virus et à une modification de structure de cette nucléoprotéine mais le vaccin Panenza présente une concentration similaire de nucléoprotéine du virus H1N1. L'état des connaissances à ce jour retient que la narcolepsie est une maladie auto-immune touchant essentiellement une population porteur d'un allèle (HLA DQB1 0602) intervenant dans la sécrétion de l'hypocrétine, neurotransmetteur secrété par l'hypothalamus et impliqué dans la régulation de l'éveil, du métabolisme et de l'excitation, et provoqué par des infections à Influenza ou, dans le cas de vaccination, des antigènes de souche virale, plus précisément une séquence d'ADN encore indéterminée située sur la nucléoprotéine du virus. L'expertise diligentée par l'ONIAM en 2021 (Drs E et et H) indique que : " de nombreuses études montrent que c'est l'antigène du vaccin qui est associé à la réponse immunitaire dirigée contre les neurones produisant l'hypocrétine et non l'adjuvant. Or, il a aussi été montré que les deux présentations du vaccin déclenchent quantitativement la même réponse immunitaire, l'augmentation de la quantité d'antigène pour le Panenza comparé au Pandemrix compensant l'absence d'adjuvant ". Enfin, si dans leurs dernières écritures, l'ONIAM évoque une nouvelle hypothèse portant sur les effets de deux excipients du vaccin Pandemrix, l'octoxynol et le polysorbate, et les consorts C, celle de l'effet du thimérosal compris dans le vaccin Panenza, il s'agit encore de théories n'ayant pas obtenu le consensus de la communauté scientifique. Il s'ensuit qu'en l'état des connaissances scientifiques, il ne peut être exclu que le vaccin Panenza puisse provoquer une narcolepsie parmi les personnes vaccinées dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de la grippe aviaire de 2009/2010. Au demeurant, si, par orientation du 17 janvier 2017, l'ONIAM a écarté le principe d'indemnisation des personnes vaccinées au Panenza en retenant que les précédentes études avaient établi un lien causal avec le vaccin Pandemrix, par une nouvelle orientation du 24 mars 2019, il a de nouveau accepté d'examiner les demandes concernant des personnes vaccinées par Panenza, comme dans le cas de I C.
9. Il s'ensuit qu'en l'état des connaissances scientifiques en débat devant le tribunal, il ne peut être établi avec certitude, ni être exclu, que le vaccin Panenza puisse être à l'origine de cas de narcolepsie chez les personnes vaccinées contre le virus H1N1 dans le cadre de la campagne contre l'épidémie de grippe en 2009 et 2010.
10. En troisième lieu, comme il a été dit au point 6 ci-dessus, il est constant que la communauté scientifique a caractérisé plusieurs critères en considération desquels le lien entre le vaccin contre le virus H1N1 et la narcolepsie doit être examiné, outre l'existence d'une vaccination, qui sont le diagnostic de narcolepsie avec cataplexie, la prédisposition génétique, le jeune âge au moment de la vaccination, l'absence d'antécédent et le délai entre la vaccination et l'apparition des symptômes. Les requérants soutiennent que le délai d'apparition des premiers symptômes peut aller jusqu'à deux années après la vaccination. Ils font notamment valoir la mise à jour de l'information sur les dernières données scientifiques de l'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) du 19 septembre 2013 ainsi que d'autres études étrangères. Toutefois, cette mise à jour mentionne des délais moyens d'apparition des premiers symptômes chez les adultes de 4,7 mois (2 jours à 2,5 ans) et chez les enfants et adolescents de 3,9 mois (15 jours à 1,3 an), soit un délai plus court chez les enfants. Le rapport d'expertise indique quant à lui : " le plus souvent, les symptômes apparaissent dans la première année après la vaccination, mais une augmentation significative de la narcolepsie a été constatée aussi au cours de la deuxième année ".
11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, s'agissant de I C, les quatre premiers critères sont caractérisés. Par suite, le délai d'apparition des premiers symptômes de la narcolepsie après l'injection du vaccin est le critère déterminant permettant d'apprécier le lien entre la vaccination et la pathologie.
12. Le professeur H et le Dr E estiment qu'il existe un lien de causalité qualifié de vraisemblable à très vraisemblable entre la vaccination de I et sa narcolepsie en se fondant sur les dires de la famille qui situe la date d'apparition des symptômes, en mars 2010. Il ressort toutefois du compte rendu établi suite à la consultation du Dr L le 5 juillet 2013 que, selon les dires des parents, la date d'apparition des troubles se situerait " au deuxième semestre 2011 ". Tout d'abord, le carnet de santé de I C régulièrement renseigné par son médecin traitant, le Docteur G, ne fait mention d'aucun problème de fatigabilité ou d'endormissement intempestif entre 2010 et 2012. De même, si les requérants signalent au nombre des symptômes de I une prise de poids courant 2010 et 2011, la prise de poids de 3 kg constatée dans son dossier médical entre novembre 2010 et novembre 2011 ne semble pas significative dès lors qu'aucun décrochage n'apparait sur le diagramme de la courbe de poids du carnet de santé sur cette période. Il résulte ensuite de l'instruction que ce n'est qu'en avril 2012, soit plus de 24 mois après la vaccination, qu'une prise de sang a été prescrite, dont les résultats ont mis en évidence une importante carence en fer. Puis, le 16 mai 2013, un nouveau pédiatre, le Dr A, a orienté I vers le Dr L, praticien au centre pédiatrique des pathologies du sommeil de l'hôpital Robert Debré pour " Asthénie mise sur le compte d'une ferrinémie basse traité par ferrostrane toujours en cours, un an. Fatigué au réveil. Endormissement quels que soient l'heure et l'endroit et même à l'école et plusieurs fois par jour. Protusion spontanée de la langue concomitamment d'un accès de fatigue ". Enfin, s'agissant des résultats scolaires de l'enfant, les requérants mettent en avant la " légère baisse des résultats " noté au deuxième trimestre de l'année de CE1 soit début 2010, baisse relative qui, redressée au troisième trimestre, ne peut pas être interprétée comme révélant un état de fatigue chronique. Il résulte ensuite du bulletin scolaire du 1e trimestre de CM1, en décembre 2012 que I avait des problèmes de bavardages. Puis, le bulletin du deuxième trimestre de l'année de CM1 daté du 26 avril 2013 déplore que I présente des difficultés de concentration puis souligne au dernier trimestre (juin 2013) que l'élève a fourni les efforts dans le travail et l'attitude. Enfin, les problèmes de bavardages et d'attitude réapparaissent en CM2, soit sur l'année 2013-2014, toutefois maîtrisés en fin d'année. Les requérants soutiennent que I a présenté des problèmes d'endormissement en classe et à l'école à partir de 2013. Pourtant, cette allégation n'est étayée par aucune pièce du dossier et il n'est pas davantage établi que les problèmes de concentration, intervenus en décembre 2012, soit deux ans après la vaccination, seraient liés à un manque de sommeil. Ainsi, les seules attestations de la famille produites au dossier ne sont pas suffisantes pour établir que I C aurait souffert de symptômes de narcolepsie cataplexie dès le mois de mars 2010 ni même au deuxième trimestre 2011. Faute d'un faisceau d'indices concordants, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les symptômes de I C seraient intervenus dans un délai compris entre 15 jours à 1,3 an selon l'ANSM et jusqu'à 24 mois après la vaccination.
13. Dans ces conditions, eu égard au délai d'apparition des symptômes de la maladie tel qu'admis par la littérature médicale en l'état actuel des connaissances, la narcolepsie avec cataplexie dont est atteint I C ne peut pas être regardée comme imputable à sa vaccination contre la grippe A/H1N1 par Panenza.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de prononcer une expertise avant-dire droit, ni de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Aux termes de l'article L. 761-1 du CJA : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les consorts C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête des consorts C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. K C, et à Mme B F, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et à la Caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 25 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
S. Rivet
La présidente,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026