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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105684

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105684

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2021, M. C B A, représenté par Me Gérard, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2020 par laquelle le président de l'université d'Evry-Val-d'Essonne a refusé son admission en première année de master " droit économie gestion " mention " contrôle de gestion et audit organisationnel " au titre de l'année 2020/2021 ;

2°) d'enjoindre à l'université d'Evry de l'inscrire dans la formation demandée au titre de la prochaine année scolaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne vise pas la délibération qui aurait fixé les critères de sélection du Master auquel il a candidaté ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'il n'existe aucune délibération en ce sens ; qu'à supposer même qu'une telle délibération existe, elle n'a pas été transmise aux candidats et il n'est pas établi qu'elle ait fait l'objet d'une transmission au contrôle de légalité ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en estimant que ses connaissances et ses compétences étaient insuffisantes pour lui permettre de s'inscrire dans cette formation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2022, le président de l'université d'Evry-Val-d'Essonne doit être regardé comme concluant, à titre principal, au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en tout état de cause, à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête dès lors que l'instance a perdu son intérêt du fait de l'achèvement de la période concernée par la décision attaquée, et que le requérant ne s'est pas manifesté depuis sa requête introductive d'instance et n'a pas présenté d'intérêt pour cette instance ;

- la requête est irrecevable dès lors que la requête a été enregistrée près d'un an suivant la notification de la décision attaquée ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,

- les conclusions de M. Armand, rapporteur public,

- et les observations de M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A a présenté sa candidature pour intégrer la première année du master " droit économie gestion " mention " contrôle de gestion et audit organisationnel " de l'université d'Evry-Val-d'Essonne au titre de l'année 2020/2021. Par une décision du 8 juillet 2020, jointe au courrier du 20 juillet 2020 adressé à M. B, le responsable de cette formation a rejeté sa demande au motif que les notes qu'il avait obtenues en licence professionnelle étaient insuffisantes. Par sa requête, M. B A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer opposée par l'université :

2. Les circonstances que la décision attaquée porte sur l'année universitaire 2020/2021, qui est achevée, et que le requérant, qui a confirmé maintenir sa requête à la suite d'une demande en ce sens transmise par le tribunal, n'ait pas produit de mémoire complémentaire à sa requête introductive d'instance avant que ne soit produit le mémoire en défense de l'université d'Evry-Val-d'Essonne, n'ont pas fait perdre au litige son objet en cours d'instance et ne constituent ainsi pas des causes de non-lieu à statuer devant être constatées par le tribunal. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par l'université :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () " Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le non-respect de l'obligation d'informer le destinataire d'une décision sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que ce délai soit opposable.

4. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale, et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 8 juillet 2020 a été jointe à un courrier daté du 20 juillet 2020 adressé à M. B A, sans contenir la mention des voies et délais de recours. Il ressort en outre des pièces du dossier, et notamment des mentions figurant sur la décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 3 mai 2021, que le requérant a présenté le 29 octobre 2020 une demande d'aide juridictionnelle en vue d'un recours contentieux contre la décision attaquée. Le requérant doit ainsi être regardé comme ayant eu connaissance de cette décision au plus tard le 29 octobre 2020. Dans ces conditions, la requête de M. B A, qui a été enregistrée au greffe du tribunal le 5 juillet 2021, n'étant pas tardive, cette fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 8 juillet 2020 :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'éducation : " Les formations du deuxième cycle sont ouvertes aux titulaires des diplômes sanctionnant les études du premier cycle ainsi qu'à ceux qui peuvent bénéficier de l'article L. 613-5 ou des dérogations prévues par les textes réglementaires. / Les établissements peuvent fixer des capacités d'accueil pour l'accès à la première année du deuxième cycle. L'admission est alors subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat. () " Aux termes de l'article L. 712-1 de ce code : " Le président de l'université par ses décisions, le conseil d'administration par ses délibérations et le conseil académique, par ses délibérations et avis, assurent l'administration de l'université. " Aux termes de l'article L. 712-2 du même code : " () Le président assure la direction de l'université. A ce titre : / 1° Il approuve le contrat d'établissement de l'université ; / 2° Il vote le budget et approuve les comptes ; / () 5° Il fixe, sur proposition du président et dans le respect des priorités nationales, la répartition des emplois qui lui sont alloués par les ministres compétents ; / () 8° Il délibère sur toutes les questions que lui soumet le président, au vu notamment des avis et vœux émis par le conseil académique, et approuve les décisions de ce dernier en application du V de l'article L. 712-6-1 () ". Aux termes de l'article L. 712-6-1 de ce même code : " I.- La commission de la formation et de la vie universitaire du conseil académique est consultée sur les programmes de formation des composantes. / Elle adopte : / 1° La répartition de l'enveloppe des moyens destinée à la formation telle qu'allouée par le conseil d'administration et sous réserve du respect du cadre stratégique de sa répartition, tel que défini par le conseil d'administration ; / 2° Les règles relatives aux examens ; / 3° Les règles d'évaluation des enseignements ; / 4° Des mesures recherchant la réussite du plus grand nombre d'étudiants ; / 5° Les mesures de nature à permettre la mise en œuvre de l'orientation des étudiants et de la validation des acquis, à faciliter leur entrée dans la vie active et à favoriser les activités culturelles, sportives, sociales ou associatives offertes aux étudiants, ainsi que les mesures de nature à améliorer les conditions de vie et de travail, notamment les mesures relatives aux activités de soutien, aux œuvres universitaires et scolaires, aux services médicaux et sociaux, aux bibliothèques et aux centres de documentation et à l'accès aux ressources numériques ; / () V.- Les décisions du conseil académique comportant une incidence financière sont soumises à approbation du conseil d'administration. " Il résulte de ces dispositions qu'au sein des universités, le conseil d'administration, auquel il appartient de déterminer la politique de l'établissement, est compétent pour fixer, s'il y a lieu, les capacités d'accueil et les modalités de sélection pour l'accès à la première année du deuxième cycle.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 719-7 du code de l'éducation : " Les décisions des présidents des universités et des présidents ou directeurs des autres établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel ainsi que les délibérations des conseils entrent en vigueur sans approbation préalable. () Toutefois, les décisions et délibérations qui présentent un caractère réglementaire n'entrent en vigueur qu'après leur transmission au recteur de région académique, chancelier des universités. () " Aux termes de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'entrée en vigueur d'un acte réglementaire est subordonnée à l'accomplissement de formalités adéquates de publicité, notamment par la voie, selon les cas, d'une publication ou d'un affichage, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables. Un acte réglementaire entre en vigueur le lendemain du jour de l'accomplissement des formalités prévues au premier alinéa, sauf à ce qu'il en soit disposé autrement par la loi, par l'acte réglementaire lui-même ou par un autre règlement. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de ses dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures. " En l'absence de dispositions prescrivant une formalité de publicité déterminée, les actes à caractère réglementaire du conseil d'administration d'une université sont opposables aux tiers à compter de la date de leur affichage sur des emplacements dédiés des locaux de cet établissement et permettant de répondre aux exigences d'information des tiers, ou, afin d'assurer une publicité adéquate de ces derniers, de celle de leur mise en ligne, dans des conditions garantissant sa fiabilité, sur le site internet de cette personne publique. Toutefois, compte tenu de l'objet des délibérations et des personnes qu'elles peuvent concerner, d'autres modalités sont susceptibles d'assurer une publicité suffisante. En cas de contestation, il appartient à l'autorité compétente d'établir l'accomplissement régulier des formalités de publicité.

8. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 19 novembre 2019, le conseil d'administration de l'université d'Evry-Val-d'Essonne a adopté " les modalités de recrutement et les capacités d'accueil 2020-2021 pour les Masters UEVE ", dont fait partie le master en cause. Toutefois, en se bornant à produire cette délibération et le tableau des modalités de recrutement et des capacités d'accueil qui y est annexé, l'université d'Evry-Val-d'Essonne n'établit pas que cette délibération aurait été affichée au sein de l'établissement ou publiée sur son site internet, ou toute autre modalité de publicité adéquate, ni transmise au recteur avant que ne soit prise la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est dépourvue de base légale doit être accueilli.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B A est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 juillet 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Compte tenu de ses motifs et dès lors que les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée, le présent jugement n'implique pas nécessairement que le président de l'université d'Evry-Val-d'Essonne procède à l'inscription de M. B A en première année de master " droit économie gestion " mention " contrôle de gestion et audit organisationnel " au sein de cette même université. En revanche, il implique nécessairement que le président de l'université d'Evry-Val-d'Essonne réexamine la situation de M. B A. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et de lui impartir, pour ce faire, un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

11. M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gérard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'université d'Evry-Val-d'Essonne le versement à Me Gérard de la somme de 1 500 euros au titre de ces dispositions. Toutefois, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande l'université d'Evry-Val-d'Essonne sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 juillet 2020 du responsable de la première année du master " droit économie gestion " mention " contrôle de gestion et audit organisationnel " de l'université d'Evry-Val-d'Essonne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président de l'université d'Evry-Val-d'Essonne de réexaminer la situation de M. B A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'université d'Evry-Val-d'Essonne versera à Me Gérard la somme de 1 500 € (mille cinq cents euros) au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Les conclusions de l'université d'Evry-Val-d'Essonne tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, à Me Gérard et au président de l'université d'Evry-Val-d'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

C. MathéLe président,

P. OuardesLa greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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