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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105695

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105695

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMONIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 5 juillet 2021 et le 10 février 2023, la société Télébrune, représentée par Me Monin, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n°33937 émis le 6 mai 2021 par le centre hospitalier intercommunal (CHI) de Meulan les Mureaux pour une somme de 16 309,68 euros au titre des " locations et redevances boutique Meulan " ;

2°) d'annuler le titre exécutoire n°33938 émis le 6 mai 2021 par le CHI de Meulan les Mureaux pour une somme de 10 905,93 euros au titre de " redevances boutique Becheville " ;

3°) de mettre à la charge du CHI de Meulan les Mureaux une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les sommes réclamées sont infondées dès lors que les deux contrats de délégation de service public qu'elle avait conclus avec le CHI sont échus.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2023, le centre hospitalier intercommunal de Meulan-les-Mureaux, représenté par Me Morandi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Télébrune sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 10 mars 2023 par une ordonnance du 10 février 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des propriétés des personnes publiques,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Télébrune a conclu des conventions avec le centre hospitalier intercommunal de Meulan Les Mureaux, dont l'objet concerne la fourniture de prestations de multimédia et la gestion de boutiques et d'une cafétéria. Cette intervention s'effectue sur deux sites, l'établissement Henri IV à Meulan d'une part, et le site des sept lieux A, au Mureaux, d'autre part. Par deux titres de recette émis le 6 mai 2021, le CHI a réclamé à cette société les sommes de 16 319,68 euros d'une part et de 10 905,93 euros d'autre part correspondant respectivement à chacun de ces sites. La société Télébrune demande l'annulation de ces titres de recette.

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le centre hospitalier a conclu plusieurs contrats avec la société requérante, afin que celle-ci exploite des boutiques et une caféteria au sein de deux structures, et y propose des prestations de multimédia. Ces contrats, conclus initialement le 15 octobre 1981 et le 18 juin 1981, ont été modifiés par plusieurs avenants essentiellement afin d'allonger leur durée. Il résulte cependant de l'instruction, sans d'ailleurs que cela ne soit contesté par les parties, que ces contrats sont échus depuis le 13 octobre 2014 s'agissant du site de Meulan, et depuis le 11 juin 2014 s'agissant du site dit A. Or, les titres de recettes attaqués portent sur des créances supposées nées en 2018, 2019 et 2020. Il résulte ainsi de l'instruction que le centre hospitalier intercommunal de Meulan Les Mureaux ne pouvait, sur le fondement de ces contrats, exiger le paiement des sommes réclamées.

3. Toutefois, il résulte également de l'instruction que la société Télébrune s'est maintenue dans les lieux à l'échéance des conventions, au sein de ces deux structures. Il résulte ainsi d'un échange de courriel qu'un repreneur ne lui a succédé que le 25 mai 2021. En outre, il est constant que les locaux mis à sa disposition afin d'exercer son activité, au sein de l'établissement hospitalier, relèvent du domaine public.

4. Or, et en second lieu, aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". En outre, selon l'article L. 2125-1 du même code : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () Lorsque l'occupation du domaine public est autorisée par un contrat de la commande publique ou qu'un titre d'occupation est nécessaire à l'exécution d'un tel contrat, les modalités de détermination du montant de la redevance mentionnée au premier alinéa sont fonction de l'économie générale du contrat. Lorsque ce contrat s'exécute au seul profit de la personne publique, l'autorisation peut être délivrée gratuitement ". Et l'article L. 2125-3 de ce code précise que : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation. ".

5. Le gestionnaire du domaine public est fondé à réclamer à l'occupant qui utilise de manière irrégulière le domaine une indemnité compensant les revenus qu'il aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, il doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public. La circonstance que l'occupation en cause serait irrégulière soit du fait qu'elle serait interdite, soit du fait que l'utilisation constatée de celui-ci contreviendrait aux termes de l'autorisation délivrée, n'empêche pas le gestionnaire du domaine de fixer le montant de l'indemnité due par l'occupant irrégulier par référence au montant de la redevance exigible, selon le cas, pour un emplacement similaire ou pour une utilisation procurant des avantages similaires.

6. Il n'est pas contesté que les titres exécutoires en litige ont été pris sur le fondement de tarifs préexistants, fixés par des contrats échus afin de tenir compte des avantages procurés, notamment par l'exploitation et par l'occupation du domaine public. Ces titres mentionnent expressément qu'ils concernent la " location boutique " et la " redevance commerciale " relatifs aux deux sites précités. La société Télébrune n'apporte, en outre, aucun élément permettant de démontrer que le montant des droits en cause, qui correspond à un pourcentage de son chiffre d'affaires, ne serait pas en rapport avec les avantages que lui a procuré l'occupation, irrégulière, du domaine public.

7. Dès lors, la société Télébrune, dont il est constant qu'elle a, en raison de l'échéance des contrats de délégation de service public, eu le statut d'occupant sans titre du domaine public, n'est pas fondée à soutenir que les sommes réclamées, fondées sur l'occupation de ce domaine public, seraient dépourvues de base légale.

8. Il résulte de ce qui précède que la société Télébrune n'est pas fondée à réclamer l'annulation des titres de recettes émis le 6 mai 2021.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Télébrune la somme que le centre hospitalier intercommunal de Meulan Les Mureaux réclame en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de ce dernier.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Télébrune est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier intercommunal de Meulan Les Mureaux sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Télébrune et au centre hospitalier intercommunal de Meulan Les Mureaux.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

signé

M. Geismar Le président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2105695

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