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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105906

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105906

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMAZZA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2105906 le 11 juillet 2021, Mme D A, représentée par Me Debord, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née le 10 mai 2021 du silence gardé par la rectrice de l'académie de Versailles sur sa demande du 8 mars 2021, reçue le 10 mars 2021, tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle pour harcèlement moral ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Versailles de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été entendue préalablement à l'édiction de cette décision, en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne de respect des droits de la défense et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- la rectrice de l'académie de Versailles a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, dès lors qu'elle est victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2022, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est sans objet, dès lors que la décision implicite de rejet attaquée du 10 mai 2021 a été remplacée par une décision expresse de rejet du 27 mai 2021 faisant l'objet d'un recours enregistré sous le n° 2106715 ;

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 décembre 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 16 décembre 2022, a été reportée au 12 janvier 2023.

II. Par une requête sommaire, enregistrée sous le n° 2106715 le 30 juillet 2021, et des mémoires complémentaires, enregistrés le 12 décembre 2022 et les 11 et 25 janvier 2023, Mme D A, représentée par Me Mazza, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 27 mai 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a rejeté sa demande du 8 mars 2021 tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle pour harcèlement moral ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Versailles de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle et de prendre en charge les frais et honoraires qu'elle a exposés à hauteur de 4 000 euros toutes taxes comprises (TTC), montant à parfaire à l'issue des procédures pénale et administrative en cours ;

3°) de condamner l'État à lui verser une somme de 4 000 euros TTC en réparation du préjudice résultant du manquement du rectorat de l'académie de Versailles à son obligation d'assurer la santé et la sécurité des agents ;

4°) de mettre à la charge de l'État somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le rectorat de l'académie de Versailles n'a pas mis en œuvre le dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel et des agissements sexistes prévu par les dispositions du premier alinéa de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 ;

- la rectrice de l'académie de Versailles a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, dès lors qu'elle est victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ;

- le manquement du rectorat de l'académie de Versailles à son obligation d'assurer la santé et la sécurité de ses agents constitue une faute qui engage la responsabilité de l'État ;

- cette faute lui a causé un préjudice qui doit être évalué à la somme de 4 000 euros TTC, correspondant au montant des frais et honoraires qu'elle a exposés dans le cadre des procédures pénale et administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2022, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 janvier 2023, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 26 janvier 2023, a été reportée au 9 février 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2020-256 du 13 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Connin, conseiller ;

- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Sanchez, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, attachée d'administration de l'État, a été affectée le 1er septembre 2018 au service académique de prévention et d'accompagnement des personnels (SASAP) du rectorat de l'académie de Versailles en qualité d'adjointe à la cheffe du service. Elle a assuré l'intérim de la responsable de ce service du 14 décembre 2018 au 1er mai 2019, date de prise de poste de la nouvelle responsable du service, Mme B C. S'estimant victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral commis notamment par cette dernière, elle a sollicité le 8 mars 2021 auprès de la rectrice de l'académie de Versailles le bénéfice de la protection fonctionnelle sur le fondement de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur. Le silence gardé sur cette demande reçue le 10 mars 2021 a fait naître une décision implicite de rejet le 10 mai 2021, à laquelle s'est substituée une décision expresse de rejet du 27 mai 2021. Par deux requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, Mme A demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la rectrice de l'académie de Versailles à la requête n° 2105906 :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 27 mai 2021, la rectrice de l'académie de Versailles a expressément rejeté la demande de protection fonctionnelle de Mme A. Cette décision s'est substituée à la décision implicite de rejet née le 10 mai 2021 ayant le même objet. Il en résulte qu'à la date à laquelle la requête n° 2105906 a été enregistrée au greffe du tribunal, soit le 11 juillet 2021, cette requête, tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du 10 mai 2021, était dépourvue d'objet et par suite irrecevable. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée en défense à cette requête doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 mai 2021 de la rectrice de l'académie de Versailles :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 222-19-2 du code de l'éducation : " Sous l'autorité du recteur d'académie, le secrétaire général d'académie est chargé de l'administration de l'académie. Il supplée le recteur d'académie en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci () ". Aux termes du premier alinéa de l'article D. 222-20 du code de l'éducation, dans sa rédaction applicable au litige : " Le recteur d'académie est autorisé à déléguer sa signature au secrétaire général de l'académie et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à l'adjoint au secrétaire général d'académie et aux chefs de division du rectorat, dans la limite de leurs attributions. ".

4. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.

5. La décision du 27 mai 2021 a été signée par M. Benoît Verschaeve, secrétaire général de l'académie de Versailles, qui a reçu, en application des dispositions précitées de l'article D. 222-20 du code de l'éducation, délégation de signature à l'effet de signer au nom de la rectrice de l'académie de Versailles " tous les actes relevant des attributions " de cette dernière, par un arrêté du 18 mai 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de la région Île-de-France. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, dans sa rédaction applicable au litige : " Les administrations, collectivités et établissements publics mentionnés à l'article 2 mettent en place un dispositif de signalement qui a pour objet de recueillir les signalements des agents qui s'estiment victimes d'atteintes volontaires à leur intégrité physique, d'un acte de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel, d'agissements sexistes, de menaces ou de tout autre acte d'intimidation et de les orienter vers les autorités compétentes en matière d'accompagnement, de soutien et de protection des victimes et de traitement des faits signalés. ". L'article 1er du décret du 13 mars 2020 relatif au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique prévoit que : " Le dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel et des agissements sexistes prévu par l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 susvisée comporte : / 1° Une procédure de recueil des signalements effectués par les agents s'estimant victimes ou témoins de tels actes ou agissements ; / 2° Une procédure d'orientation des agents s'estimant victimes de tels actes ou agissements vers les services et professionnels compétents chargés de leur accompagnement et de leur soutien ; / 3° Une procédure d'orientation des agents s'estimant victimes ou témoins de tels actes ou agissements vers les autorités compétentes pour prendre toute mesure de protection fonctionnelle appropriée et assurer le traitement des faits signalés, notamment par la réalisation d'une enquête administrative. ". Le premier alinéa de l'article 5 du même décret ajoute que : " L'autorité compétente procède, par tout moyen propre à la rendre accessible, à une information des agents placés sous son autorité sur l'existence de ce dispositif de signalement, ainsi que sur les procédures qu'il prévoit et les modalités définies pour que les agents puissent y avoir accès. ".

7. Le respect des procédures prévues par les dispositions précitées du premier alinéa de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 et des articles 1er et 5 du décret du 13 mars 2020 ne constitue pas un préalable obligatoire à l'instruction par l'autorité administrative d'une demande de protection fonctionnelle et à sa décision sur une telle demande.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme A ne peut utilement soutenir que l'académie de Versailles n'aurait pas mis en place le dispositif de signalement prévu par les dispositions précitées du premier alinéa de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983, qu'elle n'aurait pas été informée de l'existence de ce dispositif en méconnaissance de l'article 5 du décret précité du 13 mars 2020, que l'académie n'aurait pas procédé au recueil de son signalement, ne l'aurait pas orientée à la suite du signalement pour harcèlement moral qu'elle a effectué, le 13 juillet 2020 et n'aurait mené aucune enquête administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".

10. Aux termes du I de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. ". Le IV du même article, alors en vigueur, dans sa rédaction applicable au litige, précise que : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".

11. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. En parallèle, il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Ainsi, la conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

12. En premier lieu, Mme A fait valoir que ses aptitudes professionnelles ont brusquement été dépréciées par sa supérieure hiérarchique directe, Mme C, lors de son évaluation professionnelle au titre de l'année 2019-2020. Elle relève également que des missions impossibles à réaliser lui ont été confiées et des délais intenables lui ont été fixés afin de prouver une insuffisance professionnelle.

13. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année 2019-2020, les quatre critères d'appréciation de la valeur professionnelle de Mme A - compétences professionnelles et technicité, contribution à l'activité du service, capacités professionnelles et relationnelles et aptitude à l'entretien et/ou à la conduite de projet - ont reçu la cotation " à développer ". Le compte-rendu d'entretien professionnel, qui fait état des nombreuses qualités professionnelles de l'intéressée, relève toutefois qu'il lui manque les compétences de synthèse nécessaires à la rédaction de tout document administratif, que les écrits sont trop longs et confus, et en outre souvent communiqués plusieurs mois après l'entretien, ce qui nuit à l'efficacité de la démarche d'accompagnement. Il est également relevé que l'intégration du travail de Mme A dans une organisation collective pose problème, et qu'elle n'est pas en capacité de répondre à des contraintes temporelles, ni de produire un travail en équipe lorsque ce dernier doit répondre à des contraintes fortes. Sa supérieure hiérarchique relève en outre que Mme A n'a pas atteint les objectifs attendus, et que bien qu'elle ait été déchargée, à la rentrée 2019, de ses missions d'adjointe à la responsable du service, les dossiers non traités s'accumulent et suscitent le mécontentement des partenaires et des personnels. Elle indique enfin que Mme A " n'est pas en capacité de faire face à la demande et ne peut assurer la gestion des disciplines qui lui sont confiées, encore moins assurer la responsabilité totale du pôle accompagnement. Rédiger une note synthétique sur une situation ou bien présenter un projet est un écueil pour elle bien qu'elle le réfute ".

14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la circonstance que Mme A a assuré l'intérim de la responsabilité du SASAP du 14 décembre 2018 au 1er mai 2019 a été prise en compte pour expliquer le retard dans le traitement d'un certain nombre de dossiers au cours de la période évaluée. Ce retard n'ayant toutefois pas été résorbé à la rentrée 2019, et ce en dépit de l'aide qui lui a été apportée entre les mois de mai et juillet 2019, la requérante a été déchargée de ses missions d'adjointe à la cheffe du SASAP afin de lui permettre de mettre à jour les dossiers non traités, tout en étant nommée responsable du pôle appui et accompagnement des personnels dans le cadre d'une réorganisation du service. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les difficultés de Mme A ont perduré, et que l'objectif qui lui était assigné de réaliser les entretiens professionnels, vérifier et valider les comptes rendus dans le délai d'une semaine, n'a pas été respecté. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que les missions confiées à la requérante aient été impossibles à réaliser dans les délais fixés. Mme A ne saurait, en outre, utilement se prévaloir de son évaluation au titre de l'année 2018-2019, dès lors d'une part, que sa supérieure hiérarchique, qui avait pris ses fonctions au mois de mai 2019, n'avait été en mesure d'apprécier ses compétences que pendant quelques semaines et, d'autre part, qu'elle lui avait déjà demandé de réaliser les entretiens professionnels, de vérifier et de valider les comptes rendus dans le délai d'une semaine, ce délai étant souligné. Dans ces conditions, en portant une moins bonne appréciation sur la valeur professionnelle de Mme A au titre de l'année 2019-2020 par rapport à celle de l'année précédente, la cheffe de service du SASAP n'a pas excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

15. En deuxième lieu, Mme A fait valoir que des missions lui ont été retirées, notamment au sein de la cellule d'écoute, et qu'elle a été déchargée de ses fonctions d'adjointe à la responsable du SASAP. Toutefois, comme il a été dit au point précédent, la décharge de ses fonctions d'adjointe a été décidée dans le cadre d'une réorganisation du service et pour prendre en compte les difficultés rencontrées par la requérante dans l'exercice de ses missions et l'aider à rattraper le retard accumulé dont la réalité est suffisamment établie par les pièces du dossier. En outre, elle a été nommée responsable du pôle appui et accompagnement des personnels. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle a été déchargée de ses permanences au sein de la cellule d'écoute pendant la période du confinement au printemps 2020, dès lors que devant s'occuper de son fils, alors âgé de huit ans, elle avait des difficultés à assurer des permanences et à remplir les tableaux à la suite des entretiens. Dans ces conditions, le retrait de certaines de ses missions et son repositionnement au sein du SASAP étaient justifiés par l'intérêt du service et ne sauraient caractériser des agissements constitutifs d'un harcèlement moral. Il en va de même de la perte du bénéfice de la délégation de signature qui ne lui avait été consentie par la rectrice de l'académie de Versailles qu'à raison de sa qualité d'adjointe à la responsable du SASAP. Si la cheffe du service du SASAP a indiqué maladroitement, dans un courrier électronique du 29 juin 2020, qu'il convenait de " faire disparaître Mme A D page 5 " de l'arrêté de délégation de signature, dès lors qu'elle n'était plus son adjointe, l'emploi de ce mot, compte tenu du contexte de la phrase dans laquelle il s'inscrit, n'est pas, en lui-même, susceptible de faire présumer l'existence du harcèlement moral dont la requérante prétend avoir été victime.

16. En troisième lieu, Mme A fait état d'un isolement professionnel organisé par Mme C qui l'aurait volontairement exclue de certaines réunions de travail et tenue à l'écart de certaines informations, telles que l'évolution du service, le projet de déploiement de la ressource humaine de proximité, ou encore la mise en place, à compter du mois de février 2021, du nouveau parcours de formation des enseignants suivis par le service SASAP. Toutefois, ces allégations ne sont pas établies par les pièces versées au dossier.

17. En dernier lieu, la requérante fait valoir que Mme C lui a retiré le 5 novembre 2020 un dossier qui lui était confié, et qu'elle a remis en cause ses compétences professionnelles en indiquant, dans un courrier électronique adressé à l'inspecteur de l'éducation nationale et, en copie, à l'une de ses collaboratrices et à l'inspecteur référent de la discipline pour le SASAP, que l'agent intéressé avait bien été reçu au rectorat le 30 juin 2020, mais que " le compte rendu n'a pas été formalisé et l'enseignant n'en a pas été destinataire ", avant de conclure qu'elle reprenait le suivi et faisait " parvenir le compte rendu au plus vite ". Toutefois, ce courriel, qui ne met pas en cause directement Mme A, n'excède pas les limites normales de l'exercice du pouvoir hiérarchique et ne permet pas de faire présumer l'existence du harcèlement moral allégué En outre, si Mme A fait valoir que les critiques sur son travail ne sont pas justifiées, dès lors qu'elle assure le suivi des personnels qui ont des difficultés et leur propose des solutions concrètes d'accompagnement, les nombreuses pièces produites ne sont pas de nature à infirmer les insuffisances relevées dans son évaluation au titre de l'année 2019-2020 et révèlent, par ailleurs, des échanges purement professionnels et courtois avec sa supérieure hiérarchique dans le cadre du suivi de dossiers sensibles dans lesquels les mesures d'accompagnement ont pris du retard, sans caractériser des agissements de harcèlement moral.

18. Il résulte de ce qui précède que les agissements rapportés par Mme A ne peuvent être qualifiés de harcèlement moral. Par suite, la rectrice de l'académie de Versailles n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 27 mai 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

21. Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. ". L'article L. 4121-2 du même code dispose que : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : () / 7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, tels qu'ils sont définis aux articles L. 1152-1 et L. 1153-1, ainsi que ceux liés aux agissements sexistes définis à l'article L. 1142-2-1 () ".

22. Comme il a été dit au point 18 du présent jugement, la situation de Mme A ne fait ressortir aucun élément caractéristique d'un harcèlement moral au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, l'académie de Versailles ne peut être regardée comme ayant commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2105906 et 2106715 de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience publique du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Virginie Caron, première conseillère,

M. Nicolas Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

N. Connin

La présidente,

signé

C. Grenier

La greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

1

Nos 2105906, 2106715

10, 2106715

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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