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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105920

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105920

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantROCHEFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 juillet 2021 et le 17 février 2023, M. B A, représenté par Me Rochefort, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, de désigner un expert chargé de procéder à l'évaluation de son état de santé, de sa pathologie anxio-dépressive et de la rechute qu'il a déclarée le 13 avril 2019 ;

2°) à titre principal, d'annuler la décision du 19 novembre 2019 par laquelle le maire de Viroflay a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa maladie ;

3°) d'enjoindre au maire de Viroflay de reconnaitre l'imputabilité au service de sa rechute et des arrêts de travail depuis le 13 avril 2019, ainsi que de régulariser sa situation en le plaçant en congé spécial ; à défaut de lui enjoindre de réexaminer sa situation en reconstituant ses droits à pension et rémunération ;

4°) d'enjoindre à la commune de Viroflay de régulariser et de verser les traitements et demi traitements retenus à tort, avec les intérêts de retard au taux légal à compter du 13 juin 2019 et leur capitalisation à compter du 13 juin 2020 ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Viroflay une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 19 novembre 2019 est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée de vices de procédure : il n'a pas été informé de la réunion de la commission de réforme et n'a donc pu ni présenter ses observations ni se faire assister et prendre préalablement communication de son dossier ; la commission de réforme était irrégulièrement composée en l'absence d'un médecin spécialiste y siégeant ; le médecin de prévention n'a pas été informé de la tenue de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le maire s'est cru lié par l'avis émis par la commission de réforme ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son état de santé est imputable à l'exercice de ses fonctions.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023, la commune de Viroflay, représentée par Me Gallo, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 7 avril 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réformes des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique ;

- les observations de Rochefort,

- et les observations de Me Gallo.

Une note en délibéré, présentée pour la commune de Viroflay a été enregistrée le 26 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, adjoint technique territorial, a été recruté par la commune de Viroflay le 2 décembre 2013 et exerçait alors les fonctions de gardien d'équipements sportifs. Par un arrêté du 7 juin 2017, il a été placé en congé de maladie professionnelle pour les arrêts de travail dont il a fait l'objet à compter du 19 août 2015. Par un arrêté du 3 avril 2018, le maire de Viroflay a prononcé, à sa demande, son détachement au sein de la ville de Paris. Toutefois, ce détachement n'a pas été renouvelé, et M. A, ayant été déclaré apte par une expertise médicale du 28 septembre 2018 ainsi que par la commission de réforme le 10 janvier 2019, a été réintégré au sein de la commune de Viroflay le 1er avril 2019. Il a cependant fait l'objet d'un arrêt de travail à compter du 13 avril 2019 et a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa " rechute ". Par une décision du 19 novembre 2019, le maire a refusé de reconnaitre cette imputabilité. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la décision du 19 novembre 2019 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision du 19 novembre 2019 attaquée mentionne l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 en ce qu'il prévoit les modalités de rémunération du congé de maladie ordinaire. Toutefois, elle ne comporte pas les fondements légaux, notamment l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, permettant au maire de se prononcer sur l'octroi ou non d'un congé d'invalidité temporaire imputable au service. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que cette décision est entachée d'un défaut de motivation en droit.

4. En deuxième lieu, l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " (CITIS) en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 susvisée un article 21 bis aux termes duquel : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ". Ces nouvelles dispositions s'appliquent aux demandes de congé pour invalidité temporaire imputable au service motivées par un accident ou une maladie dont la déclaration a été déposée à compter du 13 avril 2019. En outre, l'article 37-8 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version applicable au litige, prévoit que : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. ". Et l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale dispose que : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".

5. Il résulte des dispositions combinées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée, de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale et de celles précitées de l'article 37-8 du décret du 30 juillet 1987 que la maladie d'un fonctionnaire ne figurant pas sur le tableau des maladies professionnelles peut néanmoins être reconnue comme une maladie professionnelle à condition notamment qu'elle entraîne une incapacité permanente partielle de 25 % au moins.

6. En l'espèce, la maladie M. A a été diagnostiquée le 13 avril 2019, date de son arrêt de travail. Sa situation est dès lors régie par les dispositions reproduites aux points précédents.

7. Il est constant que les pathologies dont souffre le requérant, essentiellement caractérisées par un syndrome dépressif, ne figurent pas sur le tableau des maladies professionnelles annexé au code de la sécurité sociale. Or, M. A n'établit par aucun commencement de preuve ni même n'allègue que les syndromes à l'origine de son placement en congé de maladie ordinaire entraînent une incapacité permanente dont le taux s'élèverait au moins à 25 %. Au contraire, il ressort de l'expertise réalisée par un psychiatre, soit un spécialiste, le 28 septembre 2018, que son état de santé est consolidé et que si persistait une anxiété généralisée, celle-ci était peu invalidante et sans retentissement sur la vie professionnelle et personnelle. En outre, ce rapport précise que le taux d'incapacité permanente du requérant peut être estimé à 5%. Dès lors, les pathologies dont il est atteint ne peuvent, en tout état de cause, être regardées comme étant imputables au service au sens de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les dispositions en cause auraient été inexactement appliquées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 novembre 2019 refusant de lui octroyer un congé d'invalidité temporaire imputable au service, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'annulation de la décision attaquée implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que la situation administrative de M. A soit réexaminée par le maire de Viroflay au regard des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à ce qu'une expertise soit ordonnée :

10. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu d'ordonner avant dire droit une expertise afin d'évaluer l'état de santé du requérant.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. A. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune la somme que réclame le requérant à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 novembre 2019 du maire de Viroflay est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Viroflay de réexaminer la demande de M. A dans un délai de six mois.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Viroflay sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Viroflay et à Me Rochefort.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023

La rapporteure,

Signé

M. Geismar Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2105920

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