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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106025

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106025

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantTARON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2021, Mme A, représentée par Me Gerard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Rambouillet a rejeté sa demande de protection fonctionnelle et de reconnaissance d'imputabilité au service de ses arrêts de travail à compter du 4 octobre 2018 ;

2°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Rambouillet a refusé de lui communiquer les documents administratifs sollicités dans son courrier du 16 octobre 2021, ensemble la décision implicite refusant à nouveau une telle communication après avis favorable de la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) du 25 mars 2021 ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier de lui communiquer tous les documents se rapportant à l'enquête administrative initiale et complémentaire qu'il a menée, en particulier les rapports d'enquête et les procès-verbaux d'audition des agents ;

4°) d'enjoindre au centre hospitalier de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle pour les faits dénoncés et de reconnaitre l'imputabilité au service de ses arrêts de travail depuis le 4 octobre 2018 ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de communication de documents méconnait le droit d'accès aux documents administratifs prévu par les dispositions des articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail depuis le 4 octobre 2018 et de refus de protection fonctionnelle ont été signées par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail depuis le 4 octobre 2018 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce qu'elle semble lier la reconnaissance de l'imputabilité à l'existence d'un harcèlement moral ;

- elle est également entachée d'une erreur de fait et d'appréciation dès lors qu'il existe un lien entre sa pathologie et sa situation au travail ;

- la décision refusant de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle méconnait les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense en défense enregistré le 6 juin 2022, le centre hospitalier de Rambouillet, représenté par Me Taron, conclut :

- au non-lieu à statuer sur les demandes d'annulation des décisions de refus de communication de documents et de refus de reconnaitre l'imputabilité au service des arrêts de travail ;

- au rejet du surplus des conclusions de la requête ;

- à la mise à la charge de la requérante de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il a communiqué à Mme A les documents qu'elle demandait ;

- l'imputabilité au service des arrêts de travail de l'intéressée a été reconnue par une décision du 22 février 2022 ;

- les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

Par une mesure d'instruction prise en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, il a été demandé au centre hospitalier de communiquer au tribunal les procès-verbaux des auditions menées lors de l'enquête complémentaire.

Par un mémoire du 25 août 2023, ces pièces soustraites au contradictoire, ont été communiquées au tribunal par le centre hospitalier de Rambouillet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- les observations de Me Gerard, représentant Mme A,

- et les observations de Me Taron, représentant le centre hospitalier de Rambouillet.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, recrutée par le centre hospitalier de Rambouillet le 2 janvier 2003 en qualité d'infirmière diplômée d'Etat, a intégré en janvier 2013 le service de médecine A1. Elle indique avoir commencé à faire l'objet de propos désobligeants de la part de trois de ses collègues, notamment sur son poids au courant de l'année 2014. La situation s'est progressivement dégradée, notamment à son retour de congés maladie en 2016 après avoir subi une intervention chirurgicale au niveau de l'estomac en 2015. Elle a ensuite été placée en congé de maladie de manière continue à partir du 4 octobre 2018. Estimant avoir été victime de harcèlement moral, elle s'est plainte auprès de la direction du centre hospitalier de Rambouillet par un courrier daté du 2 janvier 2019. Une enquête administrative a alors été diligentée, donnant lieu à un rapport le 12 avril 2019. A la suite de nouveaux courriers, Mme A a été reçue les 20 mai et 13 août 2019 et un complément d'enquête a été réalisé le 20 janvier 2020. L'établissement ayant conclu à l'absence de harcèlement à la suite de ces investigations, il a rejeté par une décision du 2 décembre 2020 les demandes de protection fonctionnelle et de reconnaissance de l'imputabilité au service de ses congés de maladie. Par ce même courrier, le rapport d'enquête du 12 avril 2019 a été communiqué à la requérante. Suite au refus de communication de l'intégralité des documents, en particulier le compte-rendu du rapport d'enquête complémentaire ainsi que l'ensemble des procès-verbaux d'audition, relatifs à l'enquête administrative diligentée à la suite des faits qu'elle a dénoncés dans son courrier du 2 janvier 2019, Mme A a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) le 28 janvier 2021. La CADA a émis le 25 mars 2021 un avis favorable sous un certain nombre de réserves. Une décision implicite de refus de communication se substituant à la décision initiale est née, en application des articles R. 343-4 et R. 343-5 du code des relations entre le public et l'administration, le 28 mars 2021.

2. Par la présente requête, elle doit être regardée comme sollicitant l'annulation des décisions du 2 décembre 2020 et de la décision implicite rejetant sa demande de communication de documents.

Sur les exceptions de non-lieu opposées par le centre hospitalier de Rabouillet :

En ce qui concerne le refus de communication de documents :

3. Le centre hospitalier de Rambouillet a produit, avec son mémoire enregistré le 6 juin 2022, le rapport d'enquête complémentaire demandé par Mme A. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de communication de documents administratifs en tant qu'elle refuse la communication de ce rapport d'enquête complémentaire. Demeure en litige la communication des procès-verbaux des auditions menées dans le cadre de cette enquête.

En ce qui concerne le refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail :

4. Par une décision du 22 février 2022, le centre hospitalier a reconnu l'imputabilité au service des arrêts de travail pour maladie de Mme A à compter du 26 avril 2021. Il n'y a par conséquent plus lieu de statuer sur les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail en tant qu'elle porte sur la période postérieure au 25 avril 2021. Toutefois, Mme A sollicitant l'annulation de la décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail à compter du 4 octobre 2018, les conclusions conservent un objet dans cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de communication des procès-verbaux d'audition :

5. Aux termes de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : () 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ; / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. ". L'article L. 311-7 du même code dispose : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. ".

6. Des témoignages peuvent, compte tenu du contexte juridique ou factuel dans lequel ils sont établis, faire apparaître le comportement des personnes qui portent ces témoignages ou sont entendus. Dans ces conditions, celles-ci peuvent se voir reconnaître la qualité d'" intéressé " au sens de l'article L. 311-6 précité. Il s'en suit que les documents faisant apparaître leur comportement ne sont communicables qu'à ces personnes lorsque leur communication à des tiers serait de nature à leur porter préjudice.

7. Il ressort des procès-verbaux d'audition recueillis lors de l'enquête complémentaire que leur communication à Mme A serait contraire aux dispositions du 3° de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, en ce qu'ils font apparaître de la part des personnes auditionnées un comportement dont la divulgation à un tiers, en l'espèce Mme A, serait de nature à leur porter préjudice. Par ailleurs, aucune occultation ou disjonction ne permettrait de rendre possible la communication de ces documents, dès lors que leurs auteurs resteraient facilement identifiables, notamment en raison du nombre de personnes entendues. Dans ces conditions et alors que les éléments recueillis au cours de ces auditions ont été retranscrits dans le rapport d'enquête complémentaire qui a été communiqué à Mme A, c'est sans méconnaitre les articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration que le centre hospitalier a refusé de lui communiquer ces documents. Par suite, les conclusions de Mme A à fin d'annulation de la décision de refus de communication des procès-verbaux d'audition doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'imputabilité au service des arrêts de travail pour la période allant du 4 octobre 2018 au 25 avril 2021 :

8. Aux termes de l'article 47-2 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à son administration une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Un formulaire type est mis en ligne sur le site internet du ministère chargé de la fonction publique et communiqué par l'administration à l'agent à sa demande ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant. ". L'article 47-3 du même décret prévoit que : " I.- La déclaration d'accident de service ou de trajet prévue à l'article 47-2 est adressée à l'administration dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. / Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. () IV.- Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée. Les délais prévus aux I, II et III ne sont pas applicables lorsque le fonctionnaire entre dans le champ de l' article L. 169-1 du code de la sécurité sociale ou s'il justifie d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes. ". Enfin, aux termes de l'article 22 du décret n° 2019-122 du 21 février 2019 fixant les dispositions transitoires de ce décret : " () Les délais mentionnés à l'article 47-3 du même décret courent à compter du premier jour du deuxième mois suivant la publication du présent décret lorsqu'un accident ou une maladie n'a pas fait l'objet d'une déclaration avant cette date ", soit le 1er avril 2019.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est bornée à adresser un courrier le 16 octobre 2020 dans lequel elle sollicitait la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail à compter du 4 octobre 2018 au titre d'un accident de travail, sans avoir envoyé à l'administration le formulaire de déclaration visé au 1° de l'article 47-2 du décret du 14 mars 1986 préalablement à la décision attaquée du 2 décembre 2020, ni le certificat médical mentionné au 2° de cet article. Par ailleurs, en l'espèce, le délai de quinze jours pour adresser la déclaration d'accident de service était expiré à la date de sa demande et cette dernière était donc tardive. Ainsi, Mme A n'invoquant ni force majeure, ni impossibilité absolue, ni motifs légitimes, le centre hospitalier était tenu, en application des dispositions précitées de ce décret, de rejeter la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident dont elle faisait état. Il en résulte que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation du vice de procédure, de l'erreur de fait, de droit ou d'appréciation doivent être écartés comme inopérants.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant de reconnaitre l'imputabilité au service des arrêts de travail de Mme A pour la période restant en litige doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant d'accorder à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle :

11. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atte inte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Aux termes du IV de l'article 11 de cette loi : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".

12. D'une part, ces dispositions mettent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

13. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. En l'espèce, Mme A soutient avoir fait l'objet à compter de l'année 2014 et surtout à partir de mars 2026, de réflexions désobligeantes sur son poids et ses origines, d'insultes et de menaces, principalement de la part de trois collègues, parfois devant les autres personnels de l'hôpital et les patients. Ces mêmes collègues auraient régulièrement critiqué son travail et l'organisation du planning adapté notamment en raison des formations qu'elle a suivies. L'une de ces collègues aurait également relevé publiquement le 15 août 2018 toutes les erreurs professionnelles de Mme A pour l'humilier. Elle se prévaut aussi du changement du mot de passe de l'ordinateur du service et d'affichages offensants la visant sur les murs, notamment dans la salle de soin lors de ses retours d'arrêts de travail en mars 2016 et juin 2018. Enfin, elle estime que le refus de l'hôpital de financer une formation IPA qu'elle avait demandée résulte de la dénonciation de ces faits.

15. Le centre hospitalier, qui a diligenté une enquête administrative, a conclu à l'absence de harcèlement moral et les agents s'étant rendus sur les lieux n'ont pas constaté les affichages dont se prévalait Mme A. Les deux rapports d'enquête administrative font état de difficultés relationnelles, de tensions autour de la répartition de la charge de travail et de torts partagés dont notamment un positionnement inadapté de Mme A. Enfin, suite à ces tensions, le centre hospitalier a pris des mesures pour les apaiser.

16. Il ne ressort d'aucun élément au dossier que les affichages allégués auraient effectivement été apposés sur les murs du centre hospitalier ni qu'ils visaient Mme A. Il en va de même du changement de mot de passe de l'ordinateur du service et il ne ressort pas plus des pièces du dossier que le refus du centre hospitalier de Rambouillet de prendre en charge la formation demandée aurait été motivé par sa dénonciation de faits de harcèlement moral.

17. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier, en particulier des deux attestations produites par la requérante émises par l'ancienne cadre de santé qui a quitté le service en septembre 2014 et par une aide-soignante du service en poste dans le service jusqu'à l'arrêt de travail de la requérante, et des rapports d'enquête administrative, qu'elle rencontrait des difficultés relationnelles au sein de ce service avec trois de ses collègues qui ont fait en particulier des réflexions désobligeantes sur son poids ou sa supposée fainéantise, des reproches sur son travail ainsi que sur son comportement et utilisés " des mots fleuris avec grands éclats de rire ", ces éléments sont insuffisants pour faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, alors qu'il ressort également des pièces du dossier que Mme A a pu avoir un comportement inadapté à l'égard de ses collègues s'étant montrée à la fois peu solidaire et intrusive, ce qui a contribué aux tensions existantes.

18. Enfin, si Mme A a suivi une thérapie psychologique à partir d'octobre 2016, a suivi un traitement d'antidépresseurs puis a été en arrêt de travail pour maladie de manière continue à compter du 4 octobre 2018, et si les deux expertises médicales menées par un psychiatre à la demande du centre hospitalier, les 9 avril 2019 et 4 octobre 2019, concluent à un épisode dépressif majeur caractérisé, la mention d'un harcèlement moral dans ces documents ne constitue que la retranscription des dires de l'intéressée.

19. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que ces agissements font présumer des faits de harcèlement moral. Dès lors, la directrice du centre hospitalier de Rambouillet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à ce titre.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 2 décembre 2020 refusant d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".

21. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme que le centre hospitalier demande au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision de refus de communication de documents administratifs en tant qu'elle lui avait refusé la communication du rapport d'enquête complémentaire et sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail en tant qu'elle porte sur la période postérieure au 25 avril 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier de Rambouillet présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Rambouillet.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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