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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106111

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106111

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL CONCORDE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juillet 2021 et le 10 décembre 2021, Mme C A, représentée par Me Gauthier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande préalable indemnitaire ;

2°) de condamner le département des Yvelines à lui verser la somme totale de 16 239,95 euros en réparation des préjudices que lui a causé l'absence de reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé postérieurement au 25 septembre 2019 ;

3°) de mettre à la charge du département des Yvelines la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- en considérant à tort, par un arrêté du 28 janvier 2020 que son état de santé était consolidé à compter du 25 septembre 2019, le département des Yvelines a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- cette faute est à l'origine directe d'un préjudice financier caractérisé par la perte d'une partie de son traitement, à hauteur de 10 576,62 euros, par la retenue indue en février 2020 d'un jour de carence, pour un montant de 64,82 euros, et par le retard pris dans le paiement de son loyer, pour un montant de 598,51 euros ; elle lui a également causé un préjudice moral qu'il y a lieu d'indemniser à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, le département des Yvelines, représenté par Me Moreau, conclut à ce que le montant des réparations sollicitées par Mme A soit réduit à de plus justes proportions.

Il soutient que :

- il prend acte des conclusions de l'expert judiciaire ;

- le montant des traitements à reverser doit tenir compte des retenues sociales ; le préjudice lié au retard de loyer ne présente qu'un caractère éventuel ; le préjudice moral n'est pas caractérisé et, à titre subsidiaire, est surévalué.

Par ordonnance du 18 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 octobre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n°2003993 du 7 juin 2021 par laquelle la présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais de l'expertise réalisée par le Dr B à la somme de 1 200 euros ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- les observations de Me Gauthier et de Mme A,

- et les observations de Me Moreau.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A est adjointe administrative territoriale principale de 1ère classe affectée à la direction de la gestion et contrôle des dispositifs du département des Yvelines. Par courrier du 27 janvier 2019, elle a formé une demande de reconnaissance en maladie professionnelle d'une épicondylite latérale côté droit. Par arrêté du 23 avril 2019, le président du conseil départemental des Yvelines a fait droit à cette demande à compter du 30 novembre 2018 et pris en charge les soins et frais médicaux au titre de la maladie professionnelle jusqu'au 25 mars 2019. Par un arrêté du 28 janvier 2020, le département a arrêté la date de consolidation de l'état de santé de Mme A au titre de la maladie professionnelle n°57B droite, au 25 septembre 2019 et pris en charge ses arrêts de travail, soins et frais médicaux jusqu'à cette date ainsi que les soins post-consolidation pour une période de six mois. Par une ordonnance n°2003993 du 10 décembre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de céans a ordonné, à la demande de Mme A, une expertise aux fins notamment de déterminer la date de consolidation de sa maladie professionnelle et de décrire, la nature et l'étendue de ses préjudices. Le Dr B a rendu son rapport le 17 mars 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal la condamnation du département des Yvelines à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'absence de reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé postérieurement au 25 septembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En demandant la réparation des préjudices subis du fait de l'absence de reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé postérieurement au 25 septembre 2019, Mme A a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein-contentieux. Par suite, elle ne saurait utilement demander l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a implicitement rejeté sa demande indemnitaire et ces conclusions ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans sa version applicable au litige : " () si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite."

En ce qui concerne l'existence d'une faute :

4. Il résulte de l'instruction que, postérieurement au 25 septembre 2019, date à laquelle le département des Yvelines a considéré que l'état de santé de Mme A était consolidé au titre de sa maladie professionnelle, cette dernière a subi de nouvelles interventions médicales pour le traitement de son épicondylite latérale côté droit, notamment une injection de plasma le 30 septembre 2019 puis une infiltration le 24 janvier 2020 suivie d'une opération le 10 juin 2020. L'expertise judiciaire menée par le Dr B conclut à l'absence de consolidation à la date de son examen le 17 mars 2021 et à une consolidation prévisible à l'été 2021. Le département des Yvelines indique dans ses écritures prendre acte des conclusions de l'expert. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'en considérant que son état de santé était consolidé au 25 septembre 2019 et en refusant en conséquence de prendre en charge ses arrêts de travail, soins et frais médicaux au-delà de cette date, le département des Yvelines a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que par un arrêté du 5 octobre 2020, le département des Yvelines a placé Mme A en position de congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 7 septembre 2020 au 29 septembre 2020 puis du 10 octobre au 19 octobre 2020 et a également procédé à des retenues sur traitement au titre de jours de carence. Il est toutefois constant que les arrêts de travail correspondant à cette période sont directement liés à la maladie professionnelle dont souffre Mme A et que le département des Yvelines devait donc, en application des dispositions rappelées au point 3, conserver l'intégralité du traitement de l'intéressée. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'elle a subi un préjudice financier en lien direct avec la faute commise par le département des Yvelines et qu'il y a lieu de condamner celui-ci à lui verser une somme correspondant au reliquat de traitement qu'elle aurait dû percevoir durant les périodes de congés de maladie ordinaire. Si Mme A fait valoir que ce préjudice s'établit à la somme totale 10 576,62 euros à laquelle s'ajoute une retenue indue de 64,82 euros au titre d'un jour de carence en février 2020, le département des Yvelines objecte, avec raison, que la somme réclamée par la requérante est calculée à partir de son traitement brut, auquel il y a lieu d'appliquer les retenues pour charges et cotisations sociales. L'état de l'instruction ne permettant pas au tribunal de déterminer précisément le montant de l'indemnité nette de charges due à ce titre à Mme A, il y a lieu de renvoyer la requérante devant le département des Yvelines pour y être procédé à la liquidation de cette indemnité.

6. En deuxième lieu, si Mme A fait valoir que l'absence de perception d'un plein traitement l'a mise en difficulté pour régler son loyer et qu'elle accusait ainsi une dette de 598,51 euros à l'égard de son bailleur en mars 2021, il résulte de l'instruction que cette somme correspond strictement aux montants des loyers dont l'intéressée aurait dû s'acquitter, même en l'absence de toute faute commise par le département des Yvelines. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle a subi sur ce point un préjudice présentant un lien de causalité direct avec la faute invoquée.

7. En troisième lieu, les circonstances que, postérieurement à sa reprise de travail, Mme A aurait rencontré des difficultés pour se voir délivrer un matériel professionnel adapté à son handicap et qu'elle aurait été convoquée très tardivement à une visite médicale de reprise ne présentent pas, par elles-mêmes, de lien de causalité directe avec la faute invoquée. En revanche, compte-tenu des difficultés engendrées par les retenues de traitement indues opérées par le département des Yvelines il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles de toute nature dans les conditions d'existence de Mme A en les évaluant à la somme de 500 euros.

8. Il résulte de ce qui précède que le département des Yvelines doit être condamné à verser à Mme A, d'une part, la somme mentionnée au point 5 du présent jugement correspondant au reliquat du plein traitement qu'elle aurait dû percevoir durant son placement en congé de maladie ordinaire et d'autre part, une somme de 500 euros au titre de son préjudice moral.

Sur les frais du litige :

9. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".

10. Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros par l'ordonnance n°2003993 du 7 juin 2021 susvisée doivent être mis à la charge définitive du département des Yvelines.

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 761-1 du même code " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Le département des Yvelines versera à Mme A une somme de 1 800 euros au titre des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : Le département des Yvelines est condamné à verser à Mme A une somme de 500 (cinq cents) euros au titre de l'indemnisation de son préjudice moral.

Article 2 : Mme A est renvoyée devant le département des Yvelines pour qu'il soit procédé à la liquidation de l'indemnité mentionnée au point 5 du présent jugement à laquelle elle a droit.

Article 3 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sont mis à la charge définitive du département des Yvelines.

Article 4 : Le département des Yvelines versera à Mme A une somme de 1 800 (mille huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au département des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

B. Maitre

Le président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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