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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106244

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106244

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDEBORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Debord, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune du Chesnay-Rocquencourt lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au maire du Chesnay-Rocquencourt de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Chesnay-Rocquencourt la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et méconnait ainsi le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2023, la commune du Chesnay-Rocquencourt, représentée par Me Blard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gallo, substituant Me Blard.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, titulaire du grade de brigadier-chef principal, exerce ses fonctions au sein de la commune du Chesnay-Rocquencourt depuis 2017. Il a sollicité, d'abord par un courrier du 8 février 2021 notifié le 11 février, puis par un second courrier du 17 mars 2021 notifié le 19 mars suivant, cette fois par l'intermédiaire de son conseil, le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison du harcèlement dont il estime faire l'objet. Par un courrier du 15 avril 2021, le maire, visant la seconde demande de l'intéressé, lui a répondu avoir des doutes quant à la véracité de ses allégations et a néanmoins diligenté une enquête interne. M. A demande l'annulation de la décision implicite de refus qu'il estime avoir été opposée à ses demandes de protection fonctionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors que la décision attaquée n'a pas été édictée dans le champ du droit de l'Union européenne. Au demeurant, il a présenté sa demande de protection fonctionnelle à deux reprises, dont l'une par l'intermédiaire de son conseil, en présentant les éléments qu'il jugeait utile. A cet égard, il n'allègue pas avoir été privé de présenter des observations complémentaires susceptibles d'éclairer le maire.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, l'article L. 232-4 du même code précise : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

4. En l'espèce, M. A, qui fait valoir que la décision implicite qu'il critique est entachée d'un défaut de motivation, n'établit pas, ni même n'allègue, avoir sollicité les motifs de cette décision comme le prévoient les dispositions reproduites au point précédent. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée alors applicable dispose que : " IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ". D'autre part, l'article 6 quinquies alors applicable prévoit que : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".

6. Il en résulte que des agissements répétés de harcèlement moral peuvent permettre à l'agent public qui en est l'objet d'obtenir la protection fonctionnelle prévue par ces dispositions contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont les fonctionnaires et les agents publics non titulaires sont susceptibles d'être victimes à l'occasion de leurs fonctions.

7. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. M. A soutient subir une surveillance illégale et tatillonne et explique faire l'objet de reproches injustifiés. Il ajoute avoir été exclu des réunions du service et indique qu'il lui a été demandé de patrouiller sur la voie publique alors qu'il ne disposait pas d'arme, le plaçant ainsi, d'après lui, dans une situation dangereuse. Enfin, il précise avoir été menacé lorsqu'il a évoqué la possibilité de prendre un congé parental ou un temps partiel à la suite de la naissance de ses jumeaux. Il conclut que l'ensemble de ces faits, qu'il qualifie de harcèlement de la part de son supérieur hiérarchique direct, ont altéré son état de santé et qu'il doit suivre un traitement médicamenteux en raison de sa dépression. Toutefois, la seule production de deux courriels qu'il a transmis à son supérieur et à un autre agent de la collectivité, faisant état d'une partie des faits ainsi énoncés, ne permet pas d'établir leur réalité. De même, la circonstance qu'un courriel convoquant, le 2 février 2021, les seuls policiers municipaux à une réunion ne permet pas de démontrer que M. A aurait été personnellement mis à l'écart du service. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant aurait été dissuadé de solliciter un temps partiel ou un congé lié à la naissance de ses enfants, une telle demande n'apparaissant pas, au demeurant, dans les pièces produites. Enfin, s'il ressort de la main courante déposée le 5 février 2021, par le requérant, qu'une formation liée au maniement d'une arme lui a été refusée, la fiche de visite établie par le médecin de prévention le 9 février 2021 conclut que le poste de l'intéressé doit être aménagé de sorte justement à exclure le port d'une arme. Ainsi, M. A n'établit pas la réalité des faits qu'il avance et qui seraient susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement.

9. Par ailleurs, le rapport de l'enquête diligentée entre le 7 et le 28 mai 2021 par un conseiller prévention du centre interdépartemental de gestion de la grande couronne conclut, après l'audition de 10 agents du service incluant le requérant, que " les témoignages ne permettent pas de caractériser un comportement déviant " du supérieur mis en cause. En outre, aucun des agents ainsi auditionné n'a relevé l'existence d'une surveillance démesurée ou n'a eu de difficulté à poser des congés notamment familiaux. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite qu'il conteste serait entachée d'une inexacte qualification juridique des faits.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite rejetant ses demandes de protection fonctionnelle, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Chesnay-Rocquencourt, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme que réclame la commune à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Chesnay-Rocquencourt sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune du Chesnay-Rocquencourt.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

M. Geismar

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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