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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106553

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106553

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021, M. E A, représenté par Me Granados puis par Me Gallo, demande au tribunal :

A titre principal,

1°) d'annuler la décision du 21 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Trappes a prononcé son licenciement pour faute disciplinaire ;

2°) de condamner la commune de Trappes à lui verser la somme de 39 909 euros en réparation de son préjudice financier et la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

A titre subsidiaire,

3°) d'annuler la même décision en tant qu'elle prononce un licenciement pour motif disciplinaire et non un licenciement pour insuffisance professionnelle ;

4°) de condamner la commune de Trappes à lui verser la somme de 16 178 euros en réparation de son préjudice financier et la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

En tout état de cause,

5°) de mettre à la charge de la commune de Trappes une somme de 2 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité de la décision de licenciement :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le conseil de discipline a rendu son avis plus d'un mois après sa saisine, en méconnaissance de l'article 13 du décret du 18 septembre 1989 ;

- le principe du caractère non public des commissions consultatives paritaires a été méconnu compte tenu de la présence continue de trois agents de la commune, dont sa supérieure hiérarchique directe ;

- le conseil de discipline n'était pas régulièrement composé dès lors, d'une part, que les représentants des élus ayant siégé ne figuraient pas sur la liste des représentants des commissions consultatives paritaires du centre interdépartemental de gestion de la grande couronne et d'autre part, que ces représentants ne sont pas ceux qui lui avaient été indiqués dans sa convocation à la séance du conseil de discipline du 20 mai 2021 ;

- aucune faute de nature à justifier une procédure disciplinaire ne peut lui être reprochée ;

- le motif tenant aux manquements dans la gestion de la régie est entaché d'erreurs de fait, de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les erreurs de caisse invoquées ne lui sont pas imputables, de même que l'absence de recette sur l'année 2021 ; pour l'année 2020, la régie de la maison des jeux a bien enregistré des recettes, tandis que l'absence d'enregistrement de recette pour celle du centre social des Merisiers ne révèle aucun manquement dans les fonctions de régisseur ; il ne nie pas les autres faits qui lui sont reprochés au titre de la gestion de la régie mais ces faits ne pouvaient légalement justifier son licenciement du poste de directeur du centre social, mais seulement, le cas échéant, une décision de mettre fin à ses fonctions de régisseurs qui sont bien distinctes de son poste de direction ; en tout état de cause, ces faits ne peuvent être qualifiés de manquements graves justifiant une sanction de licenciement ;

- le motif tenant à la prétendue inaptitude managériale ne s'appuie pas sur des faits établis ; la désorganisation du service est un problème structurel qui existait avant son recrutement ; il a toujours fait preuve de professionnalisme, ainsi qu'en attestent plusieurs témoignages ; il n'a imposé aucune modification des horaires d'ouverture du centre social ; en tout état de cause, à supposer que ces prétendus manquements soient établis, ils relèveraient de l'insuffisance professionnelle et non de la faute disciplinaire ;

- le motif tenant à la négligence dans la gestion administrative et financière du centre social ne s'appuie pas sur des faits établis ; si une association est intervenue au sein du centre sans convention de mise à disposition des locaux, il n'était pas responsable de la rédaction de ces conventions et avait informé sa hiérarchie dès le début de l'intervention ; en tout état de cause, à supposer que ces prétendus manquements soient établis, ils relèveraient de l'insuffisance professionnelle et non de la faute disciplinaire ;

- s'agissant des absences du service qui lui sont reprochées, celles du 8 et 18 décembre 2020 sont justifiées ; les absences du 21 au 24 décembre 2020 sont intervenues dans un contexte particulier qui ne caractérise pas une faute disciplinaire ;

- le motif tenant à son comportement et à son attitude n'est pas étayé ;

- la sanction infligée est disproportionnée au regard des faits reprochés ;

- elle est constitutive d'un détournement de pouvoir et de procédure dans un contexte de pression psychologique proche du harcèlement moral de la part de sa directrice générale adjointe ;

En ce qui concerne ses demandes indemnitaires :

- il doit être indemnisé en raison de l'illégalité fautive de la décision de licenciement ;

- son préjudice s'établit à la somme de 9 956 euros correspondant à la privation de sa rémunération pendant sa suspension conservatoire, 27 130 euros correspondant à la perte de sa rémunération jusqu'à l'échéance de son contrat à durée déterminée, 2 317 euros correspondant à la privation de sa prime annuelle, 506 euros correspondant à la perte de sa prime de service et 5 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, la commune de Trappes, représentée par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n°2016-1858 du 23 décembre 2016 relatif aux commissions consultatives paritaires de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gallo.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A a été recruté par la commune de Trappes en contrat à durée déterminée pour une durée de trois ans à compter du 6 mai 2019 pour exercer les fonctions de directeur du centre socioculturel " Les Merisiers ". Par une décision du 21 mai 2021, le maire de Trappes a prononcé son licenciement sans préavis, ni indemnité pour motif disciplinaire. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision ainsi que la condamnation de la commune à l'indemniser des préjudices en résultant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 13 du décret du 18 septembre 1989 susvisé, applicable aux agents contractuels territoriaux par renvoi de l'article 23 du décret du 23 décembre 2016 susvisé : " Le conseil de discipline doit se prononcer dans le délai de deux mois à compter du jour où il a été saisi par l'autorité territoriale. Ce délai n'est pas prorogé lorsqu'il est procédé à une enquête. / Le délai est ramené à un mois lorsque le fonctionnaire poursuivi a fait l'objet d'une mesure de suspension () ". Les délais prévus par ces dispositions n'ont pas été édictés à peine de nullité des avis que le conseil de discipline émettrait après son expiration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces délais, inopérant, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 18 septembre 1989 : " Le conseil de discipline est convoqué par son président. L'autorité investie du pouvoir disciplinaire ne peut siéger ". L'article 6 de ce texte dispose que : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut présenter devant le conseil de discipline des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix ". L'article 7 précise que : " L'autorité territoriale est convoquée dans les formes prévues à l'article 6. Elle dispose des mêmes droits que le fonctionnaire poursuivi ". Enfin, l'article 10 de ce texte dispose que : " Le conseil de discipline délibère à huis clos hors la présence du fonctionnaire poursuivi, de son ou de ses conseils et des témoins ".

4. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que Mme D, coordinatrice administrative et financière de la coordination des centres socioculturels, Mme C, directrice générale adjointe solidarité et citoyenneté et Mme F, directrice générale adjointe engagement et vie de la cité, supérieure hiérarchique directe de M. A, ont participé au conseil de discipline du 20 mai 2021 en qualité de représentantes de l'autorité territoriale conformément aux dispositions précitées des articles 6 et 7 du décret du 18 septembre 1989, pour présenter leurs observations au conseil quant aux faits reprochés au requérant. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni n'est d'ailleurs soutenu, qu'elles auraient participé au délibéré du conseil qui s'est tenu, selon les termes de son avis, " hors la présence des intéressés et de tout autres ". Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que leur présence entacherait d'irrégularité l'avis du conseil de discipline.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 23 décembre 2016 susvisé : " Le conseil de discipline est une formation de la commission consultative paritaire dont relève l'agent contractuel concerné. Le conseil de discipline est présidé par un magistrat de l'ordre administratif, (). Le conseil de discipline comprend, outre son président, en nombre égal, des représentants du personnel et des représentants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics. Les membres suppléants ne siègent que lorsque les membres titulaires qu'ils remplacent sont empêchés. () ". Tout représentant suppléant de l'administration a vocation à remplacer tout représentant titulaire de l'administration qui se trouve dans l'impossibilité de participer à une séance d'une commission administrative paritaire, notamment quand elle siège en conseil de discipline.

6. Il ressort des pièces du dossier que le conseil de discipline du 20 mai 2021 était composé, outre son président, de deux représentants du personnel et de deux représentants de la collectivité tirés au sort. La circonstance qu'un de ces représentants a siégé comme titulaire alors qu'il avait été tiré au sort comme suppléant n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure suivie alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs soutenu, que les autres membres titulaires ne se trouvaient pas dans l'impossibilité de participer à la séance. Par suite, ce moyen n'est pas fondé.

7. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2 et 13 du règlement intérieur des commissions consultatives paritaires du centre interdépartemental de gestion de la grande couronne de la région Ile-de-France doivent être écartés comme inopérants dès lors que la commune de Trappes, qui n'est pas affiliée au centre interdépartemental de gestion, possède sa propre commission consultative paritaire.

S'agissant de la légalité interne :

8. Pour justifier sa décision de licencier M. A sans préavis ni indemnité, le maire de Trappes a relevé de graves manquements dans la tenue des régies d'avance et de recette du centre social des Merisiers et de la maison des jeux, des manquements dans le management des agents placés sous sa responsabilité, notamment un management rigide et un comportement agressif envers ses collaborateurs ayant généré un profond mal-être dans le collectif de travail, de nombreuses négligences dans la gestion administrative et financière de l'équipement dont il avait la charge ainsi que des absences du service sans autorisation.

9. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à plusieurs reprises, les agents placés sous l'autorité de M. A ont collectivement saisi la direction des ressources humaines ainsi que la supérieure hiérarchique directe de l'intéressé pour les alerter sur les méthodes managériales du requérant. Dans un courrier du 9 septembre 2020 signé de huit agents du service sur dix, et agrémenté de nombreux exemples concrets, les agents dénoncent ainsi un " mal être au travail lié à la grande désorganisation du service () des tensions liées aux changements de mission et horaires et aux nombreux mensonges du directeur ", indiquent travailler dans " un climat de défiance " et font état d'un directeur qui leur adresse peu la parole, communiquant quasi exclusivement par courriel avec son équipe alors que la structure n'est dotée que de trois postes informatiques opérationnels pour dix agents, qui exerce des pressions sur ses collaborateurs suite à des avis divergents exprimés en réunion et qui fait parfois preuve d'agressivité verbale. Malgré ce premier courrier ayant suscité des échanges entre l'équipe et M. A ainsi qu'avec ses supérieurs hiérarchiques, la situation ne s'est manifestement pas améliorée, neuf agents du service faisant état, dans un courriel du 28 octobre 2020, d'une " détresse psychologique innommable depuis plus d'un an causé par notre directeur M. A ". Les agents indiquent dans ce courriel faire " face constamment à des ordres et contre-ordres, à des changements de dernières minutes notamment dans l'organisation spatio-temporel de l'accueil des usagers, nous incitant à refaire le travail dans l'urgence et nous mettant en porte à faux avec le public ", de ce qu'ils ont vainement tenté de s'en ouvrir à M. A mais qu'il ne tient pas compte de leurs remarques et qu'il " parle vite et ne leur laisse pas le temps de s'exprimer tout en haussant le ton ". Les agents indiquent qu'une ancienne collaboratrice n'est restée que trois mois dans le service au regard du manque de bienveillance et que l'agent d'accueil, Mme B, a été placée en arrêt maladie en raison du comportement de M. A. En se bornant à remettre en cause la force probante de ces témoignages au motif qu'il s'agit de propos indirectement rapportés par les agents et non issus d'une enquête administrative, à faire valoir que des dysfonctionnements au sein du centre social préexistaient à son arrivée en tant que directeur, et à produire des témoignages favorables de quelques agents n'appartenant pas au service ou d'usagers du centre social, M. A ne conteste pas sérieusement les faits précis et étayés rapportés par les agents de son service. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que, malgré un refus du comité technique de valider le projet de M. A de modification des horaires d'ouverture du centre social, ce dernier a voulu imposé aux agents une modification à très brève échéance de leurs horaires de travail afin d'augmenter leur présence les vendredi soirs et samedi, sans concertation ni nouvelle saisine du comité technique, générant une très forte tension dans son service. Enfin, dans son rapport du 18 décembre 2020, Mme F, directrice générale adjointe " Engagement citoyen et vie de la cité ", supérieure hiérarchique de M. A fait état des signalements reçus par les agents et de ce qu'elle a pu constater que les collaborateurs de M. A n'avaient pas accès aux fournitures pour travailler en son absence. Elle témoigne également d'un comportement verbal agressif de M. A à l'égard d'un stagiaire lycéen et auprès de la coordonnatrice des centres sociaux. Elle indique également qu'à l'occasion de la gestion d'un village d'été, M. A a mis en difficulté une animatrice du service jeunesse qui n'était pas d'accord avec lui et a ensuite fait des remarques désobligeantes à haute voix sur cet agent en sa présence.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été nommé, dès le 27 août 2019, régisseur titulaire de la régie d'avance du centre social et régisseur suppléant de la régie de recette de la maison des jeux. S'il n'a été nommé régisseur de recette titulaire des deux régies qu'à compter du mois de mars 2020, il ressort des témoignages des agents, qui ne sont pas sérieusement contestés, que plusieurs erreurs de caisse constatées entre octobre 2019 et février 2020, étaient dues à des prélèvements dans la caisse des régies effectués hors de tout cadre comptable par M. A et qu'en raison des difficultés rencontrées par les régisseurs titulaires pour que l'intéressé reverse les sommes et respecte le cadre de gestion des régies, ces derniers ont préféré démissionner de cette tâche. Il ressort également du compte-rendu d'un contrôle effectué sur les deux régies en janvier 2021 par un agent du Trésor public que des erreurs de caisse ont également été constatées alors que les régies étaient sous la responsabilité pleine et entière de M. A. A l'occasion de ce contrôle, il a été notamment relevé l'absence totale de tenue de documents comptables par M. A ainsi que l'absence inexpliquée de recettes enregistrées tant pour la Maison des jeux que pour le centre social pour l'année 2020, alors que ces structures ont organisé des activités payantes sur cette période (adhésions individuelles et prêts de jeux pour la Maison des jeux et organisation de sorties pour le centre social). En indiquant qu'il aurait pris la décision de ne pas facturer les adhésions en septembre 2020 pour la Maison des jeux compte tenu de l'incertitude pesant sur l'activité en raison de la situation sanitaire, M. A n'explique pas l'absence de recettes sur l'ensemble de l'année et pour les deux régies. Il est par ailleurs constant que M. A encaissait des recettes sans remettre de preuve d'encaissement et opérait régulièrement des confusions entre les deux régies placées sous sa responsabilité.

11. Il ressort également de nombreuses pièces du dossier, notamment les deux rapports rédigés par la directrice générale adjointe, Mme F, mais aussi des nombreux échanges de courriel produits au dossier ainsi que les témoignages des agents de la structure, que M. A n'assurait pas une gestion administrative et financière rigoureuse de sa structure, en ne respectant pas les procédures mises en place pour la gestion des congés, le suivi des agents et du budget (notamment les bons de commande et factures) ou en laissant intervenir au sein du centre une association sans convention et ce malgré des demandes répétées de sa hiérarchie pour mettre la situation en conformité. De manière générale, la supérieure hiérarchique de M. A indique, en étayant son propos de plusieurs exemples, la tendance de l'intéressé à se dédouaner de ses responsabilités sur les tiers, n'hésitant pas à recourir à la mauvaise foi voire au mensonge.

12. Enfin, M. A ne justifie par aucun élément probant ses absences du service des 8 et 18 décembre 2020, tandis qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est parti en congés pour deux semaines à compter du 21 décembre 2020 en s'affranchissant de la procédure habituelle de validation des congés alors que sa hiérarchie avait indiqué que les directeurs ne pourraient poser que la dernière semaine de l'année.

13. Il découle ainsi de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis.

14. En deuxième lieu, si les faits relevés aux points précédents sont révélateurs de graves lacunes professionnelles, il n'en demeure pas moins qu'ils caractérisent surtout de la négligence dans l'exercice des missions confiées, un défaut de loyauté et d'obéissance hiérarchique, ainsi qu'un manquement au devoir d'exemplarité et aux obligations professionnelles élémentaires d'un chef de service vis-à-vis de ses collaborateurs. Par suite, l'ensemble des faits reprochés à M. A caractérisent des fautes de nature disciplinaire et ce dernier n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit en ce que les faits reprochés ne pouvaient donner lieu le cas échéant qu'à un licenciement pour insuffisance professionnelle et non à un licenciement disciplinaire.

15. En troisième lieu, les fautes commises dans l'exercice des attributions de régisseur de recettes ne sont pas dissociables des autres missions que M. A exerçait en tant que directeur du centre social et de la Maison des jeux. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que ces faits ne peuvent légalement fonder la décision de le licencier de son poste de directeur.

16. En quatrième lieu, eu égard au cumul des fautes relevées et à leur gravité, incompatibles avec le maintien de l'intéressé à un poste de direction, M. A n'est pas fondé à soutenir que la sanction de licenciement sans préavis ni indemnité présente un caractère disproportionné.

17. En cinquième et dernier lieu, le détournement de pouvoir et de procédure allégué ne ressort pas des pièces du dossier.

18. Il découle de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 mai 2021 prononçant le licenciement de M. A pour motif disciplinaire doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

19. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, la décision de licenciement de M. A n'étant pas illégale, ce dernier n'est pas fondé à demander l'engagement de la responsabilité de la commune de Trappes à raison de l'illégalité fautive de cette décision. Par conséquent, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Trappes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A, le versement à la commune de Trappes de la somme qu'elle demande en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Trappes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la commune de Trappes.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

B. Maitre

Le président,

Signé

C. Gosselin

Le greffier,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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