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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106987

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106987

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantBOUZALGHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 août 2021 et le 23 mai 2022, Mme F, représentée par Me Bouzalgha, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2021 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la date de la décision à intervenir ;

3°) à défaut d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 320 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi relative à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre :

-est signée par un auteur dont la compétence n'est pas établie ;

-n'est pas motivée et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière, l'avis du collège des médecins de l'OFII, qui n'a pas été signé par le docteur E, étant irrégulier en la forme ;

-méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que, compte tenu d'une part des caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, la République démocratique du Congo, et d'autre part de la faiblesse de ses moyens de subsistance, elle ne pourrait y bénéficier d'un traitement effectif et approprié à ses pathologies ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

-comporte de grave conséquence pour sa situation personnelle, dès lors notamment qu'elle a fixé en France ses attaches privées et familiales ;

La décision fixant le pays de renvoi :

-a été prise par un auteur dont la compétence n'est pas établie ;

-viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle fait l'objet de " recherches de la part de son pays d'origine " et craint d'y subir des " persécutions en cas de retour ".

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2021, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Par une décision du 13 décembre 2021, le bureau de l'aide juridictionnelle a accordé à de Mme G le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante de nationalité congolaise née le 25 décembre 1959, est entrée en France au cours de l'année 2017. Elle a déposé une demande d'asile le 26 septembre 2017, dont le refus opposé le 28 décembre 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été confirmé par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 8 novembre 2018. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juin 2021 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions de la requête

En ce qui concerne la décision portant refus de titre

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2021-03-01-010 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2021-047 du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme B C, directrice des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), précise les conditions d'entrée et de séjour en France du requérant et indique qu'il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté ne pouvait comporter davantage de précisions sur la possibilité pour l'intéressée de suivre un traitement approprié en République démocratique du Congo, dès lors que le respect des règles du secret médical interdisait au collège de médecins de l'OFII de révéler des informations sur les pathologies dont souffre Mme F et sur la nature des traitements médicaux qu'il nécessite. L'arrêté attaqué examine également la situation personnelle de l'intéressée au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient la requérante, l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 4 juin 2021 a été signé par le docteur E. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière pour ce motif.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 429-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. / Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre. "

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et d'un accès effectif à ce traitement. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi ; que la conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Yvelines a notamment fondé son appréciation sur l'avis émis le 4 juin 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration précisant que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut n'est toutefois pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En l'absence de tout élément permettant au tribunal d'en apprécier la portée, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire

8. Aux termes de l'article 8 de la convention l'européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme F, entrée en France en 2017, est veuve et mère d'un enfant majeur qui réside en France depuis 2009. Toutefois, elle n'allègue pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 58 ans, et ne produit aucun élément permettant de justifier de l'intensité d'une vie privée et familiale en France. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire aurait porté à son droit à la protection de sa vie privée et familiale une atteinte démesurée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été rappelés au point 2 de la présente décision, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si Mme F soutient qu'elle fait l'objet de " recherches de la part de son pays d'origine " et craint d'y subir des " persécutions en cas de retour ", elle n'apporte aucune précision et ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations de nature à établir l'existence de risques auxquels elle serait personnellement exposée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme F, tendant à l'annulation des décisions du 8 juin 2021, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article 37 de la loi relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Delage, président,

Mme Julie Florent, première conseillère,

M. Grégoire Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. D

Le président,

Signé

Ph. DelageLa greffière,

Signé

F. Sabot

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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